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En vue des européennes, le champagne alerte sur la dérégulation

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Les vignerons de Champagne interpellent les candidats aux élections européennes sur la future réforme de la Politique agricole commune (Pac), les alertant sur un risque de libéralisation des plantations de vignes au-delà de 2030. Dans un communiqué publié le 21 mars, le Syndicat général des vignerons de la Champagne (SGV) attire leur attention sur la rare occasion de mettre ce sujet sur la table : les discussions sur la réforme de la Pac commencent.

À quelques semaines des prochaines élections européennes, qui se tiendront fin mai, le syndicat des vignerons de la Champagne interpelle les eurodéputés sur le risque de libéralisation des plantations de vignes, le régime actuel de régulation des plantations devant prendre fin en 2030. Le SGV demande une prolongation de ce régime au-delà de 2030. « Nous demandons la suppression de la date limite fixée à 2030 », a indiqué Maxime Toubart, président du SGV, dans un communiqué diffusé le 21 mars. 

Son entourage indique que la période actuelle est une fenêtre de tir qui ne se reproduira pas de sitôt, parce que la prochaine réforme de la Pac est « en cours de discussion ». La commission de l’agriculture du Parlement européen (Comagri) votera probablement en faveur de la reconduction du régime d’autorisations de plantations, mais ce n’est pas une garantie suffisante d’obtenir cette prolongation, calcule-t-on au SGV. « Nous attendons du Parlement européen qu’il légifère sur cette question », ajoute-t-on.

La viticulture ne veut pas connaître la dérégulation comme les secteurs du lait et du sucre

La fin du régime d’autorisations inaugurerait une libéralisation de planter des vignes sans maîtrise de la production, avec tous les aléas de surproduction et de chute des prix qu’on peut imaginer. Le secteur du lait, puis celui du sucre, qui ont abandonné les quotas de gré ou de force ont connu ou connaissent des situations économiques très difficiles, fait-on valoir au SGV.

Les appellations « ne peuvent pas courir le risque » de voir des milliers d’hectares de nouvelles surfaces devenir du jour au lendemain libres à la plantation », commente-t-il dans son communiqué. « L’outil de régulation est indispensable car il permet de gérer la croissance du vignoble en lien avec le développement des marchés, de maintenir une production de qualité et un tissu d’exploitations viticoles viables et qui permet l’installation de jeunes », explique Maxime Toubart. En outre, « il est nécessaire de pérenniser cet outil de régulation qui ne coûte rien aux États membres », appuie-t-il. 

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Le risque de bloquer les perspectives de développement

Face au « risque de surproduction qui pourrait déstabiliser les AOC et des régions entières », les appellations, qui comme celle de la Champagne ont un chantier d’agrandissement de leur aire, pourraient faire le choix de suspendre dès maintenant les travaux de délimitation en cours, n’ayant pas l’assurance de la sérénité après 2030. Les conséquences de ce manque de confiance en l’avenir post-2030 seraient dommageables : « Les appellations seraient alors figées et les perspectives de développement bloquées », redoute le président du SGV. Cette situation serait inédite : jusque-là tous les chantiers de révision ont été menés dans un cadre de régulation.

En interpellant les candidats aux européennes, le syndicat des vignerons champenois rappelle que le secteur viticole a réussi à renverser le projet de 2008 de la Commission d’abolir la régulation des  plantations : sous l’action combinée des viticulteurs, des régions et des pays producteurs, un nouveau mécanisme de gestion des autorisations de plantations, limitées à une hausse de 1 % des surfaces de vignes par an et par État-membre, a été décidé en 2013, et est applicable depuis 2016 et ce jusqu’en 2030. Ce plafond de 1 % d’augmentation des surfaces viticoles concerne toutes les catégories de vignes : les vignes sous AOC, sous IGP et les vignes sans indication géographique, rappelle le syndicat champenois.

Le secteur viticole a réussi à renverser le projet de 2008 de Bruxelles d’abolir la régulation des plantations