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Engrais azotés : l’Afrique en route vers l’autonomie

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Le milliardaire Aliko Dangote, propriétaire de la première usine d’engrais azotés d’Afrique, compte doubler sa production d’urée, pour assurer au continent son indépendance en engrais. Ce projet pourrait avoir un effet sur les flux mondiaux de fertilisants.

L’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote a annoncé le 27 juin son projet de doubler la capacité de production de son usine d’engrais. Inauguré en mars 2022, ce complexe d’urée de 2,5 milliards de dollars s’étend sur 500 ha dans la périphérie de Lagos. Il s’agit de la plus grande usine d’engrais azotés d’Afrique, avec une capacité de production de 3 mt/an, et de la deuxième au monde après le complexe de Donaldsonville, aux Etats-Unis (8 mt/an). Elle est alimentée par du gaz nigérian, le pays possédant la 9e réserve mondiale, avec environ 5 284 milliards de m3.

« Au cours des 40 prochains mois, l’Afrique n’importera plus d’engrais. Nous suivons actuellement une trajectoire très ambitieuse », a déclaré Aliko Dangote, avant d’ajouter que le Nigeria ambitionne de passer devant le Qatar, qui produit 6 Mt d’urée par an. L’Afrique est aujourd’hui exportatrice nette d’engrais, en raison des volumes particulièrement importants de phosphates commercialisés par le Maroc et la Tunisie. Mais les agriculteurs africains sont fortement dépendants des importations d’azote et de potasse. La fondation Farm le rappelle, dans une étude parue fin juin : l’utilisation d’engrais reste faible en Afrique de l’Ouest, avec seulement 15 kg/ha de NPK, contre 120 kg/ha dans le reste du monde et 25 kg/ha à l’échelle du continent. La promesse d’Aliko Dangote pourrait ainsi apporter de la compétitivité à une région du monde qui peine à nourrir une population en forte croissance.

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Concurrence russe

Mais l’autonomie de l’Afrique rebattrait aussi les cartes de la géopolitique des engrais, car l’Afrique est un débouché stratégique de la Russie. La part d’engrais russes exportés en Afrique a plus que doublé ces cinq dernières années. Le géant russe des fertilisants azotés, Uralchem, prévoit de multiplier par cinq ses exportations, d’environ 1 mt/an, d’ici 2030. Le groupe a d’ailleurs fourni gratuitement 134 000 t d’engrais à des pays africains. Cette stratégie constitue un levier diplomatique important pour Moscou, qui souhaite renforcer ses relations bilatérales et consolider sa présence en Afrique, où les Etats-Unis, l’Europe et la Chine sont déjà bien implantés. L’autonomie du continent constituerait ainsi un revers pour Moscou, qui pourrait chercher à renforcer ses partenariats commerciaux avec l’Asie et l’Amérique latine, ou à imposer une politique de prix agressive pour rester compétitive, et ce, malgré les droits de douane européens contre les engrais russes, entrés en vigueur le 1er juillet. Une surproduction mondiale, ou une politique tarifaire à la baisse pourrait fortement déstabiliser les cours des engrais, déjà très chahutés ces dernières années.

L’Afrique est un débouché stratégique de la Russie