Ingrédient de la fabrication de l’acide phosphorique et donc des engrais phosphatés, le soufre est aujourd’hui presque entièrement issu de la désulfuration du pétrole brut et du gaz naturel. Selon une étude parue dans Nature Food, la décarbonation menace ainsi les rendements agricoles.
Une étude parue le 2 juin dans la revue scientifique Nature Food met en avant « l’interdépendance qui existe entre le soufre dérivé des combustibles fossiles et la production d’engrais phosphatés », et le risque que fait porter la sortie des énergies fossiles « sur la productivité agricole et la sécurité alimentaire ».
Le soufre est aujourd’hui « presque entièrement issu de la désulfuration du pétrole brut et du gaz naturel », rappellent les chercheurs. Or, selon eux, « 60 % de la production mondiale de soufre est utilisée pour fabriquer des engrais phosphatés ». Autrement dit, la production d’engrais phosphatés dépend du secteur pétrolier et gazier pour fournir « de grandes quantités de matières premières soufrées bon marché ».
Augmentation de la demande en soufre
Selon leurs estimations, plus de 246 Mt d’acide sulfurique sont utilisées chaque année, dont une grande partie sert à la production d’engrais phosphatés. Parallèlement, « la demande en soufre pour d’autres types d’utilisation devrait augmenter, notamment pour la production de métaux critiques présents dans les batteries, et pour laquelle le recours à l’acide sulfurique est indispensable », précisent les chercheurs.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Dans un contexte de « transition vers une économie verte », ces technologies sont susceptibles « de surenchérir au-delà des prix proposés par les producteurs d’engrais », prévient l’étude. « Sans contraintes sur la disponibilité en soufre, on pourrait s’attendre à ce que son utilisation atteigne plus de 400 Mt d’ici 2040 », précise l’étude. Mais « en fonction de la rapidité à laquelle s’opère la décarbonation mondiale, il pourrait y avoir un déficit de l’approvisionnement annuel en acide sulfurique de 100 à 320 Mt d’ici 2040 », préviennent les auteurs.
Deux voies sont envisageables pour produire de l’acide phosphorique à partir de la roche phosphatée. À l’heure actuelle, le procédé par voie humide – recourant à de l’acide sulfurique – est de loin le plus répandu, « mais acides nitriques ou chlorhydriques peuvent également être utilisés », souligne Fernando Pereira, docteur en génie des procédés dans sa thèse.
Pour limiter une possible pénurie, l’étude évoque aussi la possibilité d’utiliser de la roche phosphatée non traitée broyée comme engrais, « mais le P à faible disponibilité serait très inefficace et entraînerait des risques environnementaux potentiellement graves par eutrophisation des rivières, des lacs et des zones côtières ». Aussi, l’étude recommande plutôt d’augmenter le recyclage du soufre et du phosphore, via par exemple la réutilisation des eaux usées traitées.