Afin de diminuer l’empreinte carbone des engrais azotés, le ministère de la Transition énergétique envisage la création d’une taxe pour encourager la vente d’engrais azotés fabriqués avec de l’hydrogène vert.
À l’occasion de l’assemblée générale de l’Unifa (fabricants d’engrais) le 1er juin, le directeur adjoint du cabinet de la ministre de la Transition énergétique, Pierre Jérémie, a évoqué une « piste exploratoire » pour diminuer l’empreinte carbone des engrais azotés. Des « travaux interministériels sont en cours pour répliquer, dans le monde des engrais, le principe de la taxe incitative à l’incorporation de biocarburants (Tirib), précise le cabinet d’Agnès Pannier-Runacher à Agra Presse.
L’idée serait d’inciter à la vente d’engrais azotés fabriqués avec de l’hydrogène vert (issu des énergies renouvelables), moins émetteurs de gaz à effet de serre. Pour rappel, la Tirib repose sur un mécanisme incitatif à l’égard des distributeurs de carburants. Son taux, fixé à 7,9 %, diminue à proportion de la part d’énergie renouvelable incorporée dans les carburants vendus.
Un outil aux effets « plus doux »
Dans son projet initial de loi Climat en 2021, le gouvernement prévoyait la création d’une taxe sur les engrais azotés à horizon 2024. Lors de l’examen, les parlementaires avaient conditionné sa mise en place à deux « années consécutives » de non-respect des objectifs de réduction des émissions d’ammoniac et de protoxyde d’azote. Prenant acte du rejet par l’industrie des fertilisants d’une redevance forfaitaire sur les engrais azotés, le ministère de la Transition énergétique à « réfléchi » à plusieurs pistes, dont « ce type d’outil qui a des effets plus doux », indique le cabinet.
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« Une fausse solution », aux yeux de l’association environnementale des Amis de la Terre. Dans un communiqué de presse paru le lendemain, elle dit vouloir « alerter le gouvernement sur le fait que le recours aux engrais de synthèse "bas carbone" est […] désastreuse pour le climat et la santé ». Selon Sarah Champagne, chargée de campagne pour l’association, « les engrais décarbonés ne sont qu’un vaste mirage censé permettre à cette industrie polluante de perpétuer ses activités, et qui nous éloigne encore un peu plus d’une véritable transition agroécologique ».
Aussi, les Amis de la Terre demandent que soit maintenu le projet de taxe initialement prévu dans la loi Climat en 2021. « L’épandage d’engrais de synthèse, si décarbonée que soit leur production, continuerait à être fortement émetteur de protoxyde d’azote, un gaz près de 300 fois plus réchauffant que le CO2. Par conséquent, loin d’être la solution miracle promue par l’industrie, les engrais décarbonés continueront à polluer nos sols et notre atmosphère », estiment Les Amis de la Terre. Contactée, l’Unifa n’a pas réagi à la proposition du ministère de la Transition énergétique, ni aux propos des Amis de la Terre.