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Tempête Etat d’urgence dans le Sud-Ouest

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Près d’une semaine après la tempête qui a dévasté une grande part du Sud-Ouest, l’état d’urgence régnait encore dans la région. Un tiers de la forêt des Landes a été abattue et les sylviculteurs se demandent encore comment ramasser les chablis, les protéger de la dégradation et les remettre peu à peu dans les circuits économiques sans risquer d’effondrer des cours déjà très bas. Pour l’agriculture elle-même, les ravages étaient peut-être moins spectaculaires mais également meurtriers. Le maraîchage, l’élevage, les bâtiments agricoles ont subi des dégâts considérables. A cela se sont ajoutées les conséquences d’une méga-panne d’électricité. Les assureurs se sont rapidement mis au travail pour évaluer les dégâts et envisager de premières indemnisations. Mais il faudra beaucoup de temps pour évaluer précisément les dommages.

«Nous avons reçu en trois jours plus de 5 000 déclarations de sinistres », témoigne Jean-René Briant, responsable technique national chez Pacifica, la société d’assurance du Crédit agricole. C’est dire l’importance des dégâts provoqués par la tempête qui a sévi le 24 janvier dans le Sud-Ouest. Pacifica s’attend, au total, à recueillir entre 30 000 et 40 000 déclarations de sinistres. Chez le leader de l’assurance agricole Groupama, on attend encore quelques jours avant de dresser un bilan définitif. Presque toutes les productions ont été affectées, qu’il s’agisse des forêts de pins (lire page5) dont des millions d’arbres ont été arrachés du sol ou des bâtiments agricoles dont les toits ont été dévastés. Une dizaine de départements de la région ont été durement touchés. « Il faut être sur place pour s’en rendre compte,témoigne Arnaud Tachon, un jeune agriculteur à Luglon dans les Landes : on dirait un paysage de guerre ».

Gros dégâts sur le maraîchage

Côté agriculture, les dégâts ont été particulièrement importants en maraîchage. Ce sont les tunnels de plastique maraîchers qui ont été les plus touchés, pour les productions de légumes et de fraises, indique François Lafitte, président de l’Association des producteurs de fruits et légumes du Sud-Ouest. Les serres en verre ont, quant à elles, résisté. « Plusieurs centaines » de tunnels en plastique ont été dévastés en Lot-et-Garonne, Gironde et dans le sud de la Dordogne, précisait François Lafitte. Actuellement, les cultures sous ces abris sont notamment les salades d’hiver et les fraises de printemps du Périgord et du Lot-et-Garonne.

Les maraîchers des Pyrénées-Orientales (environ 600 exploitations) ont également été très touchés par la tempête qui a dévasté les équipements de plastique, endommagé les serres en verre et couché des haies de cyprès. Une part des récoltes, qui reste à évaluer, est perdue. Dans l’arrière-pays (Conflent, Vallespir, Aspres), les bâtiments d’élevage ovins et bovins ont été endommagés, provoquant des problèmes d’alimentation et de traite des animaux. Le massif forestier a été également touché. Dans l’Aude, les bâtiments d’élevages, les haies et palissages ont subi de nombreux dégâts.

L’armée mobilisée

Les vergers de pruniers d’Agen ont également subi des dommages importants, les arbres ayant une forte prise au vent, parce qu’ils sont espacés. De nombreux pruniers ont été déracinés. Dans le Lot-et-Garonne, les pruniers arrachés peuvent représenter un quart à un tiers du verger, selon Patrick Cossart, directeur de l’association des producteurs du Sud-Ouest. Devant l’étendue des dégâts en maraîchage, la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne a obtenu de l’armée la mise à disposition de main d’œuvre pour remettre en place les tunnels de maraîchage.

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Les noyers du Périgord ont été nettement moins atteints qu’en 1999, note Patrick Cossart. C’est le cas aussi du verger de pommiers et de kiwis. La raison : ces arbres sont palissés. Ils ont été préservés par des piquets et des fils, conçus pour les soutenir. Mais de nombreux filets para-grêle ont été emportés par le vent.

Poulet des Landes et canards à gaver

« C’est extrêmement difficile de faire un inventaire précis des dégâts causés par la tempête Klaus, confiait le 27 janvier Gérard Mutolo, le directeur de la FRSEA Aquitaine. Il y a encore des zones inaccessibles. Pour preuve, j’habite à 25 km de Bordeaux et, quatre jours après la tempête je n’ai toujours ni électricité ni téléphone ». Dans ce contexte, faire une première estimation chiffrée des dégâts est « prématuré ». Toutefois, une certitude : la spécificité régionale du poulet des Landes et du canards à foie gras est très touchée. En effet, les volatiles se déplacent librement et trouvent d’ordinaire refuge dans des cabanes mobiles. Celles-ci ont été soufflées, entraînant une mortalité importante. Les autres dommages concernent les bâtiments d’élevage, les productions sous serres, les cultures de fraises ou encore l’arboriculture. Gérard Mutolo insiste aussi sur les dégâts indirects liés au chômage technique dans les sites d’abattage. Sans pouvoir apporter de chiffres précis, la Confédération française de l’aviculture (CFA) indiquait, dans un communiqué du 29 janvier, que les élevages de volailles et palmipèdes gras du Sud-Ouest ont été durement touchés par la tempête. Un grand nombre d’éleveurs ont perdu leurs bâtiments et leurs élevages et risquent de se retrouver sans revenus durant les prochains mois. Les toitures de certains bâtiments d’élevage se sont envolées et des cabanes mobiles des élevages en plein air de poulet des Landes ont été détruites. La CFA demande aux pouvoirs publics français des mesures d’urgence pour les éleveurs avec, en particulier, des aides pour les pertes d’exploitation qui ne sont pas couvertes par les assurances.

A la recherche de groupes électrogènes

Dans le département du Lot-et-Garonne, la chambre d’agriculture a lancé un appel pour rechercher des groupes électrogènes à prêter au plus vite aux agriculteurs manquant de courant. Il y avait urgence, dans ces jours qui ont suivi la tempête. Elle a privé bon nombre d’agriculteurs d’électricité alors que les besoins étaient nombreux : salles de traite, chambres froides, bâtiments d’élevage…, souligne Denis Barrault, le directeur de la chambre d’agriculture. Dans le département, les dégâts principaux concernent les tunnels plastiques qui sont implantés sur environ 500 ha. Entre un tiers et trois quarts de ces tunnels sont abîmés, souligne le directeur. Autre dommage : les séchoirs à tabac qui sont touchés à 90 %. Sans oublier les peupleraies qui sont détruites à 50 % voire 70 %. Heureusement, dans le Lot-et-Garonne, l’ensemble du verger a été relativement épargné par le tempête. « Le vent est passé au travers même s’il y a quelques dégâts sur des filets contre la grêle par exemple », commente Denis Barrault. Mais une autre castastrophe menace ces vergers après le passage de la tempête : l’inondation suite à la montée des eaux des rivières du département. « Les vergers ne se remettraient pas d’une trop longue immersion des racines dans l’eau », conclut le directeur de la chambre d’Agriculture.