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Concurrence internationale États-Unis et Brésil prêts à l’offensive avec des engrais à bas prix

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Les États-Unis et le Brésil se préparent à devenir offensifs sur les marchés agricoles avec des engrais ultra-compétitifs, a-t-on appris le 9 mai lors de la présentation du rapport annuel Cyclope sur les matières premières. Cela grâce aux énormes gisements de gaz naturel qu’ils ont découverts, notamment les gisements de gaz de schistes.

Les États-Unis sont en train de relocaliser une partie de leur industrie, des engrais entre autres, et de la mettre au service de leur agriculture, pour que celle-ci reprenne son offensive sur les marchés, alors que le cycle de Doha est « encalaminé », a indiqué Philippe Chalmin, coordonnateur du rapport Cyclope, présentant cet ouvrage annuel sur les matières premières. Cela grâce à l’exploitation des gaz de schistes, qui sont cinq fois moins cher que le gaz acheté par l’UE (3 dollars par Mbtu, contre 15 dollars).
Les Américains s’apprêtent ainsi approvisionner leur agriculture en engrais azotés bon marché, et à pratiquer des prix plus bas sur les marchés agricoles, notamment celui du maïs. Au-delà de leurs utilisations d’engrais, ils pourront devenir exportateurs de nitrates. Enfin, pour illustrer le bouleversement qu’induit la maîtrise de l’exploitation des gaz de schistes, les États-Unis deviendront exportateurs nets de gaz en 2017, a souligné Ralph Ichter, consultant français en poste à Washington sur les questions agricoles.
Le Brésil, de son côté, est en train de devenir un géant du pétrole et du gaz naturel, en raison de la découverte d’importants gisements, a ajouté Jean-Yves Carfantan, universitaire français établi maintenant au Brésil comme consultant sur les questions agricoles. Le pays pourra d’autant plus pratiquer des prix bas sur les engrais azotés que les sucreries-distilleries de canne produisent des co-produits, les vinasses, qui sont riches en azote.

Le complexe sucre-éthanol brésilien en crise mais prêt à repartir

Autre ligne de force, le complexe sucre-éthanol brésilien est en crise, marquée par un désinvestissement dans la culture de la canne depuis 2009, mais il sera relancé, selon Jean-Yves Carfantan. D’une part la crise économique de 2008-2009 a fait chuter la demande d’éthanol dans les pays importateurs, d’autre part le gouvernement brésilien a remis en cause l’avantage fiscal dont bénéficiait l’éthanol par rapport à l’essence, le pays devenant un producteur de pétrole significatif. Résultat : les planteurs de canne ont moins renouvelé leurs cultures. Or, la canne est plantée tous les 6 ans, et faute de renouvellement, les rendements diminuent. C’est ce qui s’est passé.
L’ouverture du marché américain de l’éthanol en février 2012 pourrait changer la donne, selon le consultant. Après de laborieuses négociations, qui duraient depuis près de dix ans, Washington a accepté de réduire ses taxes à l’entrée de l’éthanol brésilien. Ce nouveau débouché est ressenti par la filière de la canne comme un signal positif, qui encourage la reprise des investissements dans le renouvellement des cultures, assure Jean-Yves Carfantan, auteur d’un chapitre sur l’Amérique du Sud dans Cyclope.

Le retour d’une croissance chinoise à 9% par an relancerait les marchés céréaliers

Une question de fond que se posent les milieux céréaliers est celle-ci : « La Chine va-t-elle se mettre à acheter massivement du maïs de la même façon qu’elle achète du soja, ou va-t-elle se mettre à produire son maïs ? », selon François Luguenot, responsable de l’analyse des marchés chez InVivo et auteur du chapitre sur les céréales dans Cyclope. Pour les autorités chinoises, l’achat de maïs est un « luxe » que les Chinois se permettent pour manger davantage de viande, au risque de dépendre un peu plus des approvisionnements américains, argentins ou brésiliens. Et cette marge qu’ils peuvent se permettre dépend de la croissance de leur économie.
Or, l’été prochain, une nouvelle équipe dirigeante chinoise doit prendre le pouvoir. Le choix n’est pas encore tranché, mais Philippe Chalmin estime que, vu les forces en présence, l’équipe qui en sortira prendra des orientations de relance de l’économie. « Alors que le taux de croissance de l’économie chinoise a été ralenti, à 8,2% ces derniers mois par la volonté de Pékin d’éviter la surchauffe de l’économie du pays, je table sur un taux de 9 à 9,5% annuels, et cela changera la donne des marchés mondiaux de matières premières », a pronostiqué l’économiste historien, professeur à Paris-Dauphine.
Les achats massifs de maïs par les opérateurs chinois sont rendus d’autant plus plausibles que les disponibilités en maïs sont abondantes, les stocks américains étant étoffés du fait de la moindre consommation des industries américaines d’éthanol.
Parallèlement, l’appétit boulimique de la Chine pour les matières premières se confirme, avec d’importants projets de cultures de soja (12 millions d’hectares en tout) dans le nord-est du Brésil, sous régime d’intégration des producteurs avec les usines d’aliments du bétail et des élevages de poulets, a révélé Jean-Yves Carfantan.

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