Abonné

États-Unis/Chine : un accord qui interroge

- - 4 min

40 à 50 milliards $ par an entre 2020 et 2021, c’est le montant avancé par les États-Unis de produits agricoles américains que la Chine se serait engagée à acheter dans le cadre de l’accord commercial préliminaire conclu entre les deux puissances le 13 décembre. Toutefois, de nombreuses questions restent en suspens quant au réalisme de ces chiffres.

Après 19 mois de guerre commerciale marquée par des hausses respectives de droits de douane, les États-Unis et la Chine ont annoncé le 13 décembre un accord commercial préliminaire impliquant des concessions de la part de Pékin sur la propriété intellectuelle, le transfert de technologie, l’agriculture ou encore les services financiers. Le secrétaire américain au Commerce, Robert Lighthizer a précisé le 15 décembre, que « les Chinois avaient accepté de dépenser un minimum de 200 milliards de dollars en fabrication, agriculture, services, énergie, etc. Et pour ce qui est des chiffres sur l’agriculture, on pourrait penser à 80 à 100 milliards $ en nouvelles ventes pour l’agriculture au cours des deux prochaines années ». La Chine devrait également réduire les barrières non tarifaires pour des produits tels que la viande, la volaille, les fruits de mer, le riz, les produits laitiers, les préparations pour nourrissons, les produits horticoles, les aliments pour animaux et les additifs alimentaires, les aliments pour animaux domestiques et les produits de biotechnologie agricole. Washington maintiendra de son côté les droits de douane de 25 % sur les importations en provenance de Chine d’une valeur d’environ 250 milliards $ portant, entre autre, sur les produits alimentaires, introduits en mars 2018, mais réduira de moitié à 7,5 % les droits sur une deuxième liste de produits importés de Chine, d’une valeur de 120 milliards de $, imposés depuis le 1er septembre.

Des chiffres à confirmer

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Les engagements chinois à acheter des produits agricoles américains, à hauteur de 40 à 50 milliards $ par an, sont uniquement avancés par l’administration américaine. Pékin n’a, de son côté, pas encore précisé de chiffre. Si le montant avancé par l’administration américaine se confirmait, cela constituerait une très nette augmentation car au plus haut des achats de produits agricoles américains, les Chinois avaient importé pour 26 Mrds $ en 2012-2013, contre seulement 9,2 Mrd $ aujourd’hui. À cette période par exemple, le soja se vendait entre 13 et 17 $ contre environ 9 $ actuellement. Aussi pour qu’un tel chiffre puisse être atteint, « il faudrait que la Chine acquière bien plus de maïs, de blé ou de coton et que soit par exemple intégré l’éthanol dans la catégorie des produits agricoles », a indiqué Bil Nelson, économiste pour le cabinet Doane Advisory services, dans une interview donnée à l’AFP. Et ce n’est pas non plus l’augmentation de 55 % en volume d’importations de porc américain qui changera la donne puisque selon la Fédération américaine des exportations de viande, cela ne représente en valeur absolue que 975 millions $. En attendant plus de précisions, la Chine a tout de même déjà commencé à faire plusieurs gestes de bonne volonté notamment en s’engageant début décembre, à « acquérir pour près de 9,8 Mio de tonnes de soja américain issus de la récolte de cet été », selon le département américain de l’Agriculture. « Un niveau qui reste encore loin des 21,5 Mio de tonnes enregistrées en 2017 », indique-t-il. Par ailleurs, l’Empire du Milieu a aussi annoncé le 6 décembre avoir commencé à exempter de droits de douane « certaines » importations de soja et de porc américains (1) et avait levé en octobre un embargo sur la volaille américaine en vigueur depuis 2015.

(1) Voir n°3721 du 16/12/2019