Le premier site de production de chocolat d’Ethiquable sera construit dans le Gers. D’un montant de 15 millions d’euros, le projet peut voir le jour grâce à la création d’une co-entreprise avec la Caisse des dépôts. Il s’inscrit dans la stratégie de la Scop Ethiquable consistant à intégrer peu à peu la transformation, comme c’est déjà le cas pour le café et les biscuits.
De l’amont vers l’aval : tel est le chemin emprunté par Ethiquable ces dernières années. Celui-ci vient de s’illustrer de façon éclatante le 17 décembre avec la pose de la première pierre de la future chocolaterie à Fleurance, dans le Gers, où sont déjà installés la préparation de commandes et le stockage d’une partie des produits de la Scop spécialiste des produits d’épicerie biologiques issus du commerce équitable.
« C’est un projet chiffré à 15 millions d’euros, donc très important pour nous, dont 10 millions d’euros pour la construction d’un bâtiment très performant d’un point de vue environnemental, et 5 millions d’euros pour les équipements de production de chocolat », explique Christophe Eberhart, co-dirigeant et co-fondateur de la Scop Ethiquable, chargé plus particulièrement des produits et des filières.
Le montant particulièrement conséquent du projet a amené Ethiquable à rechercher des partenaires financiers pour le mener à bien. « Nous avons créé avec la Banque des Territoires Occitanie, qui appartient à la Caisse des dépôts, une co-entreprise nommée Etimmo, propriétaire du foncier et du bâti, à qui Ethiquable va payer un loyer pour l’utiliser », détaille Christophe Eberhart. Etimmo, détenu à 55 % par la Scop (qui apporte notamment le foncier), se finance auprès des banques pour l’investissement, en s’appuyant sur la garantie apportée par l’État via la Caisse des dépôts. Le projet est accompagné par les partenaires historiques de la Scop (le Crédit coopératif, la Nef, la Socoden), des fonds spécialisés dans la finance solidaire (Mirova, France Active, Mandarine Gestion), des banques régionales (Crédit agricole, Caisse d’épargne, Banque populaire, BNP Paribas) et des fonds d’investissement régionaux (Gsoc, Pegedev, Multi Croissance et Sorepar).
Bâtiment très performant énergétiquement
L’usine de Fleurance, berceau d’Ethiquable, va donc prendre du poids avec ce nouvel équipement construit sur la réserve foncière existante et après la démolition de bâtiments anciens et vétustes. L’idée de la Scop est d’édifier un bâtiment de 5 500 m2 doté des meilleures performances énergétiques et d’une empreinte carbone la plus basse possible, et qui réponde aux exigences du cahier des charges de l’appel à projet In’NoWatt de la région Occitanie. Dans ce cadre, 40 % des surcoûts environnementaux peuvent être pris en charge. D’autres aides pourraient entrer en ligne de compte dans le plan de financement.
La nouvelle usine fonctionnera grâce aux machines acquises directement par Ethiquable, via un prêt classique. À partir de mai 2021, elle pourra produire 1 300 tonnes de chocolat par an, en fonctionnant avec une seule équipe. Ethiquable va ainsi pour la première fois devenir fabricant de son propre chocolat dont les 1 500 tonnes commercialisées en 2019 sont actuellement fabriquées chez un façonnier italien. « Le nouvel équipement va permettre la création de 15 à 20 emplois », souligne Christophe Eberhart, qui juge cette nouvelle activité inscrite dans la logique de renforcement des compétences d’Ethiquable comme spécialiste du chocolat. Sur les 60 millions d’euros de chiffre d’affaires d’Ethiquable en 2019, 45 % du chiffre d’affaires vient du chocolat.
Spécialiste de l’amont dans les pays du Sud, du mode de production biologique et de commerce équitable, Ethiquable couvre désormais toute la filière du cacao jusqu’à la commercialisation. La Scop, très attachée à la dimension équitable, veut que les 6 800 producteurs de fèves du Sud soient aussi gagnants dans cette évolution. « Nous nous chargions déjà de l’achat des fèves qui étaient acheminées chez notre façonnier italien, mais désormais nous accompagnons nos petits producteurs qui se dotent d’un outil de fabrication de la masse de cacao que nous allons leur acheter », explique Christophe Eberhart. Ethiquable soutient ainsi financièrement la construction de l’usine de torréfaction de la coopérative péruvienne Norandino, son partenaire historique. Ethiquable y voit une façon de mieux répartir la valeur ajoutée au profit de l’amont de la filière. Autres avantages à se doter de son propre outil : renforcer l’innovation en développant ses propres recettes, une plus grande liberté dans le choix des ingrédients et davantage de souplesse dans la production en pouvant fabriquer ses petites séries.
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Café Michel et Gourmandises & Cie, Scop filles d’Ethiquable
L’intégration de la fabrication du chocolat est le plus important projet porté ces dernières années par la Scop Ethiquable. Celle-ci s’est lancée dans un vaste chantier stratégique : créer un groupement de Scop afin de peser davantage dans un marché des produits biologiques de plus en plus concurrentiel et dont certains acteurs veulent attendre une taille critique. En 2018, la Scop Café Michel à Pessac (Gironde) s’est rapproché d’Ethiquable grâce à un échange de participations, la première devenant « Scop fille » et la seconde « Scop mère ». Au passage, Café Michel a pu investir 2 millions d’euros pour renforcer son outil industriel. Le même schéma a été appliqué avec la biscuiterie de Castanet-Tolosan (Haute-Garonne) Gourmandes & Cie, reprise de cette façon en 2018, et qui affiche un chiffre d’affaires de 800 000 euros en 2019. « Cette organisation s’accompagne de coopérations industrielles : Café Michel garde sa marque diffusée dans les réseaux spécialisés mais fabrique aussi désormais sous la marque Ethiquable. Même chose avec la biscuiterie qui produit en plus pour nos marques Paysans d’ici et Ethiquable », explique Christophe Eberhart. « La biscuiterie aujourd’hui artisanale pourrait à l’avenir bénéficier d’investissements pour développer ses capacités de production », poursuit-il.
Ethiquable regarde aussi au-delà des frontières françaises avec des structures sœurs en Belgique, en Allemagne et en Espagne. Certaines commercialisent des produits d’Ethiquable France, font fabriquer leurs propres recettes, qui sont parfois diffusées par Ethiquable France. C’est par exemple le cas des pâtes à tartiner dont les recettes ont été mises au point par Ethiquable Belgique.
D’autres opérations de rapprochement pourraient avoir lieu, sur le même mode, afin de créer un groupe de Scop autour de la Scop mère Ethiquable, dans le but d’intégrer de nouvelles productions ou de se lancer sur de nouveaux marchés. « On reste ouverts mais rien de concret n’est aujourd’hui envisagé », tient à préciser Christophe Eberhart.
Les groupements de Scop, une solution pour atteindre la taille critique
Encore peu utilisé, le groupement de Scop, institué par la loi ESS (économie sociale et solidaire) du 31 juillet 2014, permet à des Scop de se développer à l’intérieur du statut coopératif. « Concrètement, la loi permet désormais à une Scop “mère de détenir jusqu’à 51 % du capital et des droits de vote d’une ou plusieurs Scop filiales », rappelle l’Union régionale des Scop de l’Ouest.
Par rapport à la situation antérieure, une Scop qui veut grandir n’est plus obligée de conserver des filiales classiques. Elle peut acquérir des entreprises puis les transformer en Scop et donc réaliser un « essaimage coopératif ». Avantage : atteindre une taille critique, gagner en compétitive, associer les salariés à la gouvernance et aux résultats de l’entreprise et accroître le financement du groupe par l’actionnariat des salariés.