D’après un sondage Cevipof/Agro Toulouse/Réussir, l’extrême droite pourrait récolter une bonne partie du vote des jeunes agriculteurs le 9 juin prochain. Chez l’ensemble des agriculteurs, l’enquête confirme un « tropisme de droite », bien qu’ils restent une majorité à « préférer la droite républicaine au RN ».
Presque un jeune agriculteur sur deux : environ 46 % des agriculteurs répondants de moins de 40 ans indiquent leur intention de voter pour une liste d’extrême droite (1) aux élections européennes du 9 juin, d’après une enquête Cevipof/Agro Toulouse/Réussir dévoilée le 28 mai. Environ 37 % des jeunes agriculteurs pensent voter pour la liste RN, soit davantage que la moyenne des agriculteurs (26 %) et que l’ensemble des Français (30 %). À titre de comparaison – partielle – sur l’ensemble de la population, 32 % des jeunes de 18 à 24 ans qui sont certains de voter le 9 juin choisiraient la liste RN (enquête Ipsos pour Le Monde). Pour revenir aux agriculteurs, comme le précisent les auteurs de l’enquête François Purseigle (Agro Toulouse) et Pierre-Henri Bono (Cevipof), « quelles que soient les catégories d’âge, c’est dans le quart nord-est que le tropisme pour l’extrême droite est le plus fort », avec 43 % des répondants contre 31 %.
Mené par courriel auprès de 1 258 exploitants, ce sondage permet aussi d’éclairer les liens entre proximité syndicale et intentions de vote. Résultat : « Les proches de la Coordination rurale n’hésitent plus à affirmer leur intention de vote pour Jordan Bardella », la tête de liste RN (47 %), de même que pour l’ensemble des listes d’extrême droite (62 %). Et les auteurs de rappeler que « pendant très longtemps, cette organisation et ses leaders rejetaient toute proximité idéologique avec le Rassemblement national ». Les sympathisants FNSEA/JA, eux, sont ceux « qui contribuent le plus au maintien des positions de la droite républicaine et du centre », analysent François Purseigle et Pierre-Henri Bono, avec une répartition équitable entre LR (25 %), Renaissance (25 %) et le RN (24 %). Sans surprise, EE-LV arrive en tête chez les militants de la Confédération paysanne et du Modef (39 %), suivi par LFI (22 %).
« Très forte différence » entre bio et conventionnels
Les deux chercheurs relèvent que les agriculteurs pris dans leur ensemble forment « un isolat électoral encore repérable », caractérisé notamment par leur « tropisme de droite » : 14 % d’intentions de vote pour LR (contre 6,5 % pour l’ensemble des Français), 7,4 % pour Reconquête (contre 4 %) et 7,7 % pour la liste Alliance rurale de Willy Schraen (contre 0,9 %). Les agriculteurs « continuent de préférer la droite républicaine au RN », résument-ils, avançant une explication qui résiderait dans « la proximité entre le parti LR et un grand nombre de responsables professionnels agricoles ». Même si ce phénomène était bien connu de nombreux observateurs, l’enquête Cevipof/Agro Toulouse/Réussir apporte pour la première fois une estimation précise assise sur un échantillon large et représentatif. De l’autre côté de l’échiquier politique, « pour les partis de gauche, les intentions de vote des agriculteurs sont systématiquement plus faibles que celles des Français ».
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Pour autant, l’électorat agricole apparaît « de plus en plus bigarré », constatent MM. Purseigle et Bono, qui observent « un renforcement notable de certains écarts dans leurs attitudes politiques ». Des divergences qui peuvent concerner « leur regard sur l’Europe et la Pac, ou dans la perception de la crise agricole ». Symbole d’une France agricole de plus en plus clivée, la « très forte différence » dans les opinions affichées par les agriculteurs bio et leurs homologues en conventionnel. Qu’il s’agisse d’EE-LV (25 %), de LFI (12 %) ou encore du PS (11 %), « les partis de gauche récoltent bien plus d’intentions » chez les exploitants bio, logiquement plus tournés vers la protection de l’environnement. « Tant qu'à voter pour la gauche, les agriculteurs préfèrent souvent les écolos», a résumé François Purseigle lors du Grand oral sur l'agriculture et les européennes, au cours duquel a été présentée l'étude.
La Pac dans le viseur
Autre enseignement précieux : l’avis des agriculteurs sur les politiques européennes. Plus de 70 % des répondants estiment que l’UE a « une influence négative » sur l’agriculture française. « Ce constat pourrait surprendre lorsque l’on a en tête que la France est le premier bénéficiaire des 27 pays de l’UE concernant les soutiens de la PAC », relèvent les chercheurs. « Malgré cette redistribution favorable aux agriculteurs français, ces derniers ont le sentiment que l’Europe ne les protège pas suffisamment », avancent-ils. Pour les répondants, une politique agricole (nationale ou européenne) devrait suivre ces trois principaux objectifs : « garantir la souveraineté alimentaire nationale » (71 %), « soutenir les agriculteurs et assurer le renouvellement des actifs agricoles » (60 %), et enfin « renforcer le secteur agricole » du point de vue économique » (46 %).
Les proches de la CR « n’hésitent plus » à revendiquer leur vote RN
« Renforcement notable » des divergences au sein de l’électorat agricole
Participation : six agriculteurs sur dix sont sûrs d’aller voter
D’après l’enquête Cevipof/Agro Toulouse/Réussir, 61 % des agriculteurs répondants « déclarent être certains d’aller voter » aux élections européennes le 9 juin, soit largement plus que la moyenne des Français (45 %). En toute logique – et vu le poids de l’échelon européen dans la chose agricole –, quasiment les trois quarts des agriculteurs se disent « intéressés » par le scrutin (74 %), contre 67 % pour l’ensemble des Français. Un exploitant sur cinq avoue même porter « énormément d’intérêt » (note maximale) pour les élections européennes. Concernant les raisons de leur vote, 53 % des répondants agriculteurs affirment qu’ils tiendront compte « avant tout » des questions agricoles au moment de glisser leur bulletin dans l’urne, contre 47 % pour les « questions de politique générale ».