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ExtraBark explore le potentiel des écorces d’arbres

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L'écorce reste sous-valorisée par l'industrie du bois. Crédits : © The MunshMaker/Pixabay

Le projet européen ExtraBark explore le potentiel des écorces de différentes essences d’arbres afin de les valoriser dans les secteurs de l’agriculture et du bois, dans une optique d’économie circulaire. 

La filière du bois génère chaque année des millions de tonnes d’écorces, encore peu valorisées autrement qu’en paillage ou en combustible. Lancé en mars 2024 dans l’Interreg Grande Région (1), le projet européen ExtraBark cherche à explorer le potentiel des écorces de différentes essences d’arbres afin de mettre en place une filière autour des alternatives aux produits phytosanitaires conventionnels pour l’agriculture et l’industrie du bois

Prévu pour se terminer en février 2027, ce projet européen est doté d’un budget de plus de 3 M€, cofinancé par la Wallonie et l’Union européenne, notamment via le Fonds Européen de Développement Régional (FEDER) qui soutient les projets de l'Interreg Grande Région. ExtraBark réunit 7 équipes multidisciplinaires à travers la Belgique, le Luxembourg et la France (2). En France, c’est le Centre Régional d'innovation et de Transfert de Technologie pour l’industries du bois (CRITT) et le Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur le Matériau Bois (LERMaB) de l’université de Lorraine qui participent au projet. 

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Pour Philippe Gerardin, professeur à l’université de Lorraine et responsable du projet au Lermab, « la réussite du projet va dépendre de la valeur ajoutée que nous pouvons apporter pour la valorisation des extractibles. Si elle est suffisante, nous pouvons envisager que les professionnels détournent leurs écorces pour en extraire les molécules d’intérêt, plutôt que de les brûler. Après extraction, les écorces épuisées peuvent toujours être brûlées. » 

Deux à trois molécules d’intérêt sélectionnées 

Dans le cadre du projet, dix essences d’arbres sont étudiées, 6 résineux (épicéa, douglas, pin sylvestre, mélèze, pin maritime et sapin) et 4 feuillus (chêne, hêtre, peuplier et robinier). Après une présélection des molécules d’intérêt à l’aide de trois technologies d’extraction (hydrodistillation, extraction au CO2 supercritique et macération hydroalcoolique), les chercheurs ont récupéré « deux à trois molécules d’intérêt, sur les dix de départ », note le professeur. 

Pour évaluer l’activité herbicide des différentes molécules, les chercheurs ont mené des essais sur deux adventices, le ray-grass anglais et le trèfle des prés, afin « de développer des alternatives au glyphosate », explique Valbiom, centre de référence de l'économie biosourcée en Wallonie, dans son communiqué du 1er octobre 2025. Quant à l’activité fongicide, les tests « ont ciblé les champignons responsables de la pourriture du bois », la pleurote en huître et le champignon des caves. Dans les premiers résultats, Valbiom note que les méthodes d’extraction ne sont pas toutes égales. Ainsi, les extraits aqueux « présentent la meilleure efficacité herbicide », tandis que les extraits éthanoliques « montrent de meilleures performances contre les champignons lignivores ». 

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« Globalement, notre constat est que les écorces contiennent beaucoup de substances extractibles, explique Philippe Gerardin. Et certaines essences ont des propriétés d’inhibition de croissance ou des propriétés herbicides plus prononcées. » De futurs biopesticides élaborés avec ces molécules auraient l’avantage d’être biodégradables et avec un impact moindre que des produits de synthèse. 

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Désormais, les équipes du projet procèdent « à l’extraction à plus grande échelle » des molécules les plus prometteuses, « en passant de quelques centaines de grammes de poudre d’écorce à plusieurs kilos », indique le professeur. À terme, l’objectif du projet est de se rapprocher d’un produit commercial d’ici 2027. « À la fin du projet, le but est de transférer nos découvertes à des industriels qui pourront aller plus loin dans le développement de produits biosourcés à partir de ces molécules. » 

 

(1) Financée par l'Union européenne, l’Interreg Grande Région réunit les régions frontalières de France, Belgique, Luxembourg et Allemagne. 

(2) Le projet ExtraBark rassemble 7 partenaires : 4 en Belgique (Valbiom, université de Liège, Filière Bois Wallonie et Celabor), 1 au Luxembourg (Luxembourg Institute of Science and Technology, LIST, et 2 en France (CRITT Bois et le Lermab, Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur le Matériau Bois de l’université de Lorraine).