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Face à la crise, André Bazin joue la montée en gamme

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Le fabricant de charcuterie et salaisons André Bazin double le plan d'investissement qu'il prévoyait initialement. L’objectif vise à adapter l'outil à une production plus naturelle et d'une meilleure qualité. Une parade à la chute de la restauration hors foyer.

En 2020, la crise de la Covid-19 n'a pas épargné la société André Bazin, basée à Breuches-les-Luxeuil (Haute-Saône). Ce spécialiste de la charcuterie et des salaisons a vu son activité baisser de 30% et même de... 80% sur le pôle Restauration hors foyer (RHF) qui assure traditionnellement 35% du chiffre d'affaires. Son président, Philippe Wagner, a eu recours au dispositif de chômage partiel pour une partie de ses trois cents salariés. Mais en parallèle, loin de renoncer au plan d'investissement de 6 M€ qu'il prévoyait pour améliorer l'outil de production... il l'a doublé : 12 M€ sont prévus jusqu'en 2023 pour agrandir, réaménager et moderniser l'usine et entamer ainsi un virage stratégique. « Face à la crise, j'ai décidé d'agir autrement », explique en effet Philippe Wagner, qui a lancé, courant 2020, une marque de produits sans nitrite ajouté, portant son nom. Une dizaine de produits (saucisses de Morteau ou de Montbeliard IGP, knacks, lard à l'ancienne, jambon, etc.) sont ainsi fabriqués avec du sel simple, des plantes aromatiques et autres ingrédients naturels remplaçant le sel nitrité. Leurs matières premières sont par ailleurs conformes au cahier des charges de l'association Bleu Blanc Cœur.

Cette gamme est présentée en bacs et avec une publicité spécifique, et un plan de communication de 300 K€ a accompagné sa sortie. Grâce à quoi la marque est aujourd'hui entièrement référencée par Intermarché, en grande partie par E. Leclerc ou encore chez Monoprix, nouveau client d'André Bazin (150 magasins actifs toutes enseignes). Alors que la grande distribution ne représentait jusqu'ici que 15% de l'activité, Philippe Wagner projette d'atteindre 30% dans les trois ans.

Une cheffe pour les recettes de PAI

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Ayant réussi à préserver la rentabilité en 2020, il pense même la voir augmenter dans les six prochains mois. Le chiffre d'affaires est également passé de 84 M€ en 2019 à 87 M€ en 2020, pour une production réduite de 21 000 à 19 000 tonnes. En effet, si le procédé « sans nitrite ajouté » induit une durée de conservation réduite de 30 à 40% – et donc des visites en magasins plus fréquentes –, il permet des prix supérieurs de 10% par rapport aux produits classiques.

Une montée en gamme que la PME assure aussi sur sa production destinée aux industriels du Produit alimentaire intermédiaire (PAI), qui représente 50% de son activité. « Ils nous ont sollicités pour de nouvelles recettes », rapporte Philippe Wagner. Outre ses huit salariés du service recherche et développement, il a fait appel pour cela à une cheffe, Lorraine Pierrat.

Si Philippe Wagner n'envisage pas de développer immédiatement l'export au-delà des 6% du chiffre d'affaires qu’il représente actuellement, il a mis en place un réseau d'agents et importateurs aptes à lancer sa nouvelle gamme en Allemagne. « Nous augmenterons ensuite, mais nous procédons à notre mesure, c'est-à-dire étape par étape », commente le président. Après l'Allemagne, il vise la Chine pour 2022-2023, où un agent importateur sera chargé de commercialiser les saucisses de Morteau et de Montbéliard.