Abonné

Biomasse « Faire la preuve d’un bilan environnemental satisfaisant »

- - 4 min

Affirmer que les filières biomasse ont un meilleur bilan environnemental que les filières pétrochimiques ne suffit pas. Il faut le prouver. C’est ce qu’affirme Thierry Stadler, le directeur du pôle de compétitivité IAR (Industries et Agro-ressources). Le responsable professionnel appelle la filière à se doter rapidement d’outils d’analyse de cycle de vie pour leurs produits.

«On ne pourra entrer sur le marché de la chimie que si on montre qu’on a un bilan satisfaisant et qu’on fait mieux que les produits pétroliers. Si on ne passe pas cette barrière, ce n’est même pas la peine de se battre sur le volet économique ». Thierry Stadler, le directeur du pôle de compétitivité IAR (Industries et Agro-ressources), n’a pas usé de la langue de bois lors de son intervention le 24 février au Salon du machinisme agricole (Sima). Invité à intervenir lors d’un colloque sur la biomasse organisé par Arvalis, le responsable du pôle de compétitivité a jugé impératif que les filières biomasse – et celle de la chimie du végétal en particulier – se dotent d’outils d’analyse de cycle de vie. Une étude sur le sujet vient d’être lancée par l’Ademe, précise le directeur du pôle IAR.

Prix du pétrole

De fait, la chimie du végétal a des atouts à faire valoir. Elle permet de répondre à un certain nombre de demandes formulées par une industrie chimique à la recherche d’une consommation énergétique plus faible et moins émettrice de CO 2. Citant une étude réalisée par la Commission européenne, le responsable du pôle IAR indique que la chimie du végétal permet de faire baisser de 16 à 50% les consommations énergétiques de l’industrie. Pour les émissions de carbone, la réduction peut aller jusqu’à 70%. Des avantages auxquels s’ajoute le caractère biodégradable des produits commercialisés. « Mais souvent on ne passe pas en termes de prix… », regrette Thierry Stadler. De fait, le cours du pétrole continue d’être une donnée centrale dans le développement des filières. « Il faudrait que le prix du baril reste élevé, c’est-à-dire à plus de 70 ou 80 dollars le baril », estime Thierry Stadler. De manière générale, « la partie est encore loin d’être gagnée » pour la chimie du végétal et « une forte activité de R&D reste à faire ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

machinisme
Suivi
Suivre

Du retard en cogénération

Concernant les bioénergies, Thierry Stadler souligne que le pôle IAR « se place plutôt sur la pyrogazéification ». Raison de ce positionnement : la France a pris du retard par rapport à ses voisins en matière de cogénération. Les biocarburants de 2 e génération, dont la maturité industrielle devrait survenir vers 2015-2016, devraient permettre pour leur part d’ouvrir les marchés vers la chimie, se félicite Thierry Stadler. « Les lignines pourront être produites en grande quantité, ce qui assurera une sécurité d’approvisionnement aux industriels ». Le fractionnement de la lignocellulose est un enjeu central pour les années à venir. Y parvenir permettrait d’avoir de nouvelles sources de sucres fermentescibles « sans avoir à aller sur le marché des cultures alimentaires ».

Pour ce qui est des écomatériaux, quelques gros marchés existent déjà, qu’il s’agisse de celui des laines d’isolation, du bâtiment, des bétons allégés etc. Mais là encore, l’innovation doit être stimulée. « Il faudrait développer des murs porteurs 100% d’origine végétale », lance le directeur du pôle IAR.