Abonné

Viticulture Faut-il produire des vins sans indication géographique ?

- - 4 min

Faut-il produire en France des vins sans indication géographique à fort rendement et à plus bas prix pour conquérir des parts de marché à l’exportation ? Les avis des professionnels sont divergents. Et les chiffres d’Agreste montrent que les prix des vins français sont déjà compétitifs.

«Produire du vin sans indication géographique avec ou sans cépage est un souhait du négoce qui cherche une offre performante en termes de prix par rapport à la concurrence internationale », explique Pascal Chiaroni, directeur général d’Alliance Loire, structure de commercialisation de neuf coopératives.
« Mais je n’invite pas les vignerons coopérateurs du Val de Loire à s’engager dans cette voie. Le vignoble du Val de Loire n’est pas adapté pour lutter contre une offre technique de vins d’Italie ou du Nouveau monde. Si nous faisons 120 hl/ha, le vin ne sera pas bon », ajoute t-il.
« On doit persister dans une offre liée aux AOC, avec une notion de qualité soutenue pour faire la différence. Il faut capitaliser sur les AOC comme sur des marques, ce travail a été fait depuis plus de 70 ans, il est justifié par la qualité. Si nous abandonnons cela, c’est 70 ans d’investissement qui seront perdus », estime le directeur général d’Alliance Loire.

Augmenter les rendements et baisser les coûts à l’hectare
« Il y a une dynamique à retrouver autour du vin français de qualité avec des prix plus bas », estime de son côté Franck Crouzet, directeur communication du groupe Castel, au sujet des vins sans IG. « Il faut changer de mentalité, produire des vins avec plus de rendements et à coûts moins élevés. Le label France pourra justifier à l’exportation de soutenir le niveau de prix sur ces vins », poursuit-il.
L’augmentation des rendements permettra de baisser les coûts de production à l’hectare. Quant à savoir si cela suffira à compenser les écarts de coûts de main d’œuvre d’un pays à l’autre par exemple ou encore les taux de change entre monnaies, le responsable de Castel ne peut rien affirmer. D’autre part, il reconnaît qu’« il faut voir » si techniquement, l’irrigation ainsi que l’usage plus massif d’engrais et de produits phytosanitaires, seront acceptables pour le viticulteur et l’environnement.

« Si l’on fait des volumes (…), la vigne durera huit ans »
Jacques Gravegeal, président du syndicat des vins de pays d’Oc, estime que cette carte n’est pas jouable.
« Si l’on fait du volume en utilisant des engrais et l’irrigation pour produire des vins à bas prix, la vigne durera huit ans. Après, on verra apparaître des maladies et le taux de mortalité de la vigne augmentera vite. Sans compter que le bilan environnemental – bilan carbone, nitrates… – risque d’être négatif et contraire à ce qui est demandé aujourd’hui aux agriculteurs », a t-il déclaré le 2 février à Paris, à l’issue de la première réunion du comité des vins IGP qu’il préside.
Le bilan environnemental de la viticulture est déjà médiocre. La vigne, qui occupe moins de 3% de la surface agricole utile, reçoit 20% des pesticides épandus en France (à 80% des fongicides), selon l’Observatoire des résidus de pesticides. Le Grenelle de l’environnement impose d’aller vers une réduction de ces usages et non vers une intensification.

Les vins de pays français moins chers que ceux des Amériques
D’autant que la réponse n’est pas claire à cette question de fond : le succès des exportations françaises se joue-t-il sur les prix ? Les chiffres du dernier Agreste conjoncture (janvier 2010) laissent dubitatifs. Sur la période 2000-2007, avec « un prix moyen de 1,42 €/litre », « les vins de table et de pays français concurrencent, en niveau de prix, les vins d’Amérique du Sud (1,45 €/litre) et d’Afrique du Sud (1,46€/l). Les vins provenant d’Amérique du Nord sont nettement plus chers (1,80€/l) », selon Agreste. Et pourtant, alors que la consommation mondiale s’accroissait (depuis 1997), les nouvelles parts de marché étaient prises par les vins dits du Nouveau monde. Les exportations européennes de vins gagnaient 4 points par an de 2000 à 2007, tandis que celles des vins d’Amérique du Sud, d’Afrique du Sud et d’Australie connaissaient respectivement des hausses de 21%, 20% et 14% par an. Seule raison invoquée par Agreste : le taux de change en hausse de l’euro face aux dollars américain ou australien ou au rand sud-africain.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

indication géographique
Suivi
Suivre