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FCO : Barnier annonce 75 M€ pour les pertes dues au sérotype 3

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Le Premier ministre s’est rendu au Sommet de l’élevage pour annoncer un « fonds d’urgence » de 75 M€ afin d’indemniser les pertes dues à la fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 (FCO-3). Quelques jours plus tard, la ministre de l’Agriculture indiquait sa volonté de travailler sur une stratégie sanitaire européenne.

En visite au Sommet de l’élevage le 4 octobre, Michel Barnier a annoncé « une enveloppe de 75 millions d’euros » (M€) pour indemniser les pertes directes des éleveurs dues à la fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 (FCO-3), rapporte l’AFP. Il s’agira d’aides directes de l’État, car ce sérotype arrivé en France début août est « émergent et pas pris en compte » dans les systèmes d’indemnisation existants, a rappelé le Premier ministre à la presse. Le fonds concerne toutes les espèces, a précisé Matignon à Agra Presse. Les animaux les plus touchés par la maladie sont les ovins, avec une importante mortalité. Mais les bovins – et dans une moindre mesure les caprins – sont aussi sensibles. Au 3 octobre, l’Hexagone comptait 4 644 foyers confirmés de FCO-3, selon le dernier bilan du ministère.

Interrogé par France Info TV le jour même, le secrétaire général de la FNSEA Hervé Lapie a salué « une première avancée », mais qui « ne sera certainement pas suffisante, car les taux de pertes sont assez significatifs, à hauteur de 10 %, 40 %, voire 50 % dans les exploitations ». Selon cet éleveur de la Marne, la FNSEA estime les besoins « plutôt autour de 200 M€ ». En septembre, le président de la FNSEA avait évoqué devant les députés une fourchette de 100 à 150 M€ pour les seuls ovins. Reste aussi la question des pertes indirectes, actuellement hors du champ d’indemnisation et évaluables à plus long terme.

Pas de vaccins FCO-8 avant juin 2025

« S’il faut aller au-delà, il appartiendra au gouvernement d’en étudier la possibilité », a indiqué la ministre de l’Agriculture Annie Genevard le 8 octobre au Sénat, insistant sur « l’importance de calibrer l’aide en fonction des besoins ». À l‘occasion d’un débat sur la crise agricole au Palais du Luxembourg, elle a annoncé la mise en place d’un « comité de suivi des besoins » au sein de son ministère. Celui-ci réunira « l’ensemble des services concernés » (DGAL, DGPE, cabinet, Draaf). Le fonds annoncé par M. Barnier ne concerne que le sérotype 3 de la FCO. Les pertes dues au sérotype 8 (endémique) et à la maladie hémorragique épizootique (MHE) sont, elles, prises en charge par le FMSE (fonds professionnel), avec cofinancement de l’État. La ministre de l’Agriculture a annoncé le prolongement de ce programme jusqu’à la fin de l’année, au lieu de fin août. Or, selon la Confédération paysanne, l’intervention du FMSE pâtit d’une enveloppe « très contrainte » et de « délais d’instruction et de paiement trop longs ». Contrairement à la FCO-3, « la question de la FCO-8 est passée sous silence et traitée comme un problème de seconde zone », s’agace le syndicat dans un communiqué du 4 octobre, dénonçant un « tri entre éleveurs […] inadmissible et indigne ».

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Pour sa visite au Sommet de l’élevage, Michel Barnier était accompagné du ministre de l’Économie Antoine Armand et de sa collègue de l’Agriculture ; elle avait annoncé la veille le principe de ce fonds d’urgence, sans en dévoiler le montant. Mme Genevard s’était bornée à annoncer l’extension de la vaccination gratuite contre la FCO-3 à toute la France. « Nous avons les stocks de vaccins nécessaires », avait-elle assuré. Une affirmation qui ne vaut pas pour la FCO-8 : « Nous n’avons pas de vaccins disponibles » contre ce sérotype, a-t-elle déploré devant les sénateurs. « Le laboratoire français susceptible de nous les fournir ne pourra pas le faire avant le mois de juin 2025 », a-t-elle précisé, alors que le sérotype 8 cause d’importants dégâts dans une large moitié sud du pays. En France, « nous n’avons pas de laboratoire en capacité de nous fournir les vaccins dont nous avons besoin », a-t-elle appuyé devant les députés le 9 octobre. Les fabricants des vaccins sont espagnols (CZ Vaccines) et allemands (Boehringer Ingelheim).

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Genevard veut une stratégie européenne

Un manque français dont Annie Genevard semble vouloir tirer les leçons. Lors du prochain Conseil des ministres de l’Agriculture de l’UE, le 21 octobre, Paris et Madrid vont « faire une proposition » pour que la question des maladies animales « soit véritablement traitée au niveau européen pour une meilleure anticipation », a-t-elle indiqué le 9 octobre. Une orientation réclamée depuis des semaines par de nombreux responsables professionnels et parlementaires. « Il nous faut une stratégie européenne pour mieux anticiper, en matière de recherche, en matière de prévention, en matière de stockage des vaccins », a précisé la ministre lors des questions au gouvernement.

« Les maladies vectorielles se jouent des frontières », a-t-elle rappelé la veille au Sénat, alors que quatorze pays européens sont touchés par la FCO-3 et quatre par la MHE (maladie hémorragique épizootique). Sans oublier les autres maladies qui frappent actuellement le Vieux continent : influenza aviaire, peste porcine africaine, peste des petits ruminants, etc. L’ex-députée du Doubs s’est dite « assez préoccupée » par le sujet. « Ce qui est à craindre, c’est que comme les crises sanitaires se multiplient et se développent, l’Union européenne dise : " C’est trop large, chacun se débrouille ". Or non, ce n’est pas possible », car « nos budgets nationaux ne suffiront pas ».

« On sera condamnés à courir après une nouvelle maladie vectorielle si on n’a pas de meilleure stratégie d’anticipation et de prévention, et ça ne peut se faire qu’au niveau européen », a estimé l’ancienne députée du Doubs lors du débat au Sénat la veille. À cette occasion, elle s’était aussi dite favorable à « reprendre l’idée » de son prédécesseur Marc Fesneau de mettre en place une « banque d’antigènes pour travailler des vaccins qui soient multi-cibles ».

La FNSEA estime les besoins « plutôt autour de 200 M€ »

« Les maladies vectorielles se jouent des frontières »