Les pertes dues à la fièvre catarrhale ovine (FCO) ne devraient pas empêcher les éleveurs d’accéder aux aides de la Pac, a confirmé le ministère de l‘Agriculture. Par ailleurs, alors que l’épizootie continue de s’étendre, la vaccination contre la FCO-3 a été étendue à la Bretagne.
Les éleveurs ayant perdu des animaux à cause de la fièvre catarrhale ovine (FCO) pourront invoquer la « force majeure » pour bénéficier de dérogations et accéder à certaines aides de la Pac malgré ces mortalités, confirme le ministère de l’Agriculture dans une note envoyée aux organisations professionnelles et consultée par Agra Presse. Ces dérogations concernent des aides surfaciques (ICHN, aides découplées sur les surfaces pastorales ligneuses), des aides animales (ovine, bovine, caprine), ainsi que l’aide à la conversion bio et certaines MAEC. Pour bénéficier de ces subventions, les éleveurs doivent respecter des seuils minimums d’effectifs d’animaux, de taux de chargement ou de ratio de productivité. Des obligations qui peuvent être remises en cause par les importantes pertes dues à la FCO.
Ces dérogations ne sont pas automatiques : chaque éleveur concerné doit en faire la demande auprès de sa DDT (préfecture). Elles sont valables pour les campagnes 2024 et 2025. La note ne mentionne pas la campagne 2026, pour laquelle la FNO (éleveurs d’ovins, FNSEA) demande aussi des dérogations. « Le calcul du taux de productivité pour l’aide ovine de 2026 sera basé sur les agneaux nés en 2025. Or, en raison de la FCO, il y aura clairement moins d’effectifs en 2025 », indique-t-on au sein du syndicat. Et d’ajouter : « Nous sommes inquiets des effets à long terme. Les retours que l’on a sur la FCO-8 (arrivée à l’été 2023, NDLR) montrent que ses effets se font sentir longtemps après la maladie. »
Effets en cascade à venir
Demandées par les représentants des éleveurs, ces dérogations sont « salutaires », a réagi le député André Chassaigne (PCF, Puy-de-Dôme) dans un courrier adressé à Michel Barnier le 17 septembre. Mais elles « doivent impérativement s’accompagner d’une information claire pour tous les éleveurs », doublée « d’un accompagnement exceptionnel dans leurs démarches administratives », plaide-t-il. Si ces mesures permettent d’éviter une double peine pour les éleveurs, elles « ne compenseront pas les pertes économiques subies », rappelle M. Chassaigne. De son côté, Arnaud Rousseau a estimé, le 18 septembre devant les députés de la commission des Affaires économiques, qu’« à la fin il y aurait à peu près 10 % [du cheptel ovin] sur le carreau ». À raison de 300 euros par brebis, « il va falloir entre 100 et 150 millions », évalue le président de la FNSEA.
Selon André Chassaigne, « beaucoup d’exploitations se retrouvent avec des taux de mortalité supérieurs à 30 % », avec des effets en cascade à venir au niveau des exploitations comme de la filière. « Au regard de l’ampleur de l’épizootie, très peu de brebis de renouvellement se retrouveront ainsi sur le marché cet automne et cet hiver », prédit le député auvergnat. Avec à la clé « des risques de fortes hausses sur les prix d’achat » et donc des cheptels plus chers à renouveler. En toute logique, l’élu communiste s’attend à une « forte baisse de mise en marché d’agneaux » l’année prochaine.
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Des élus de gauche font pression
Sur le front sanitaire, l’épizootie continue de progresser, avec 2 812 foyers de sérotype 3 au 19 septembre. La zone où les vaccins des ovins et des bovins contre la FCO-3 sont pris en charge par l’État va être étendue « à l’ensemble de la région Bretagne », a annoncé le 19 septembre le ministère de l’Agriculture dans un communiqué. « La vaccination sera gratuitement mise à disposition des éleveurs dans toute cette région, qui vient s’ajouter à la zone vaccinale actuelle » (1), rappelle-t-il. Le coût de cette vaccination est de près de 30 millions d’euros pour l’État, selon le ministère de l’Agriculture. Dans son communiqué, la Rue de Varenne n’évoque pas de commande supplémentaire au-delà des 11,7 millions de doses déjà commandées (pour ovins et bovins). « Il y a très peu de moutons en Bretagne », indique-t-on à la FNO, avec 57 000 brebis en 2022 (sur 5,2 millions en France). Et bien que les stocks de doses FCO-3 ovines soient largement consommés, « la DGAL a ouvert la possibilité d’utiliser des doses bovines FCO-3 pour vacciner les ovins », explique-t-on à la FNO.
Au-delà des éleveurs, des politiques réclament à l’exécutif de renforcer la vaccination. Dans un courrier adressé le 24 septembre à la nouvelle ministre de l’Agriculture, les 66 députés du groupe Socialistes et apparentés demandent à Annie Genevard la « prise en charge intégrale par l’État de la vaccination pour le sérotype 8 » de la FCO. Les pouvoirs publics financent la vaccination contre la FCO-3, qui est émergente, mais pas contre la FCO-8, qui est endémique. Concernant l’accompagnement des éleveurs, ils demandent l’activation de la réserve de crise européenne, l’abondement par l’État du FMSE (fonds professionnel), ainsi que la mise en place de « prêts garantis par l’État » (également demandée par la FNSEA). De leur côté, sept élus socialistes et écologistes de Drôme et d’Isère ont aussi envoyé un courrier au Premier ministre le 12 septembre, lui demandant de « soutenir les structures locales de soin vétérinaires et d’analyses sanguines » ou encore un « soutien spécifique aux élevages en bio qui ne peuvent pratiquer l’insémination artificielle pour renouveler leur cheptel ».
Critiques sur la stratégie sanitaire
Plus largement, les 66 députés socialistes estiment qu’« une réflexion de fond doit être conduite sans tarder » sur la stratégie sanitaire. « Notre dispositif national n’est plus adapté », considèrent-ils, alors que le changement climatique « augmente les risques épizootiques ». Ils appellent donc à remettre sur l’ouvrage la « stratégie nationale de vaccination et de gestion des risques sanitaires et son articulation à l’échelle européenne ». Une orientation aussi défendue par André Chassaigne : dans son courrier au Premier ministre le 17 septembre, l’élu du Puy-de-Dôme appelle à construire « un vrai système public de prévention et de gestion des risques » (sanitaires et climatiques), qui couvre « toutes les productions agricoles et toutes les exploitations ».