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Fertilaine valorise la laine de mouton sous forme d'engrais dans les jardins

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Les granulés d'engrais de Fertilaine sont composés à 100% de laine de mouton Crédits : © Fertilaine

Apporter une solution locale aux éleveurs qui ne savent plus quoi faire de la laine issue des tontes annuelles de moutons en récréant de la valeur autour d’un produit vertueux. C'est l'objectif de Pierre-Marin et Vincent Fabry, deux éleveurs dans l'Aveyron avec leur engrais Fertilaine, composé à 100% de laine. Cette solution leur a permis de valoriser 40 tonnes de laine l’an dernier. 

Producteurs de yaourts au lait de brebis sur la ferme familiale au cœur de l’Aveyron depuis 6 générations, Pierre-Marin et Vincent Fabry ont créé Fertilaine avec l’objectif de valoriser la laine de mouton. Les éleveurs, qui tondent leurs bêtes une fois par an au moins pour leur bien-être, ne savent plus quoi faire de cette laine. Encore considérée comme une matière noble par certains, elle est aujourd’hui classée comme un sous-produit animal de catégorie 3, ni plus ni moins qu'un déchet d’abattoir, selon la réglementation européenne déchet en France. La laine brute est donc interdite en déchèterie et ne peut être ni brulée ni enterrée. Avant la crise de la Covid, plus de 80% de la laine brute française partait en Asie pour être lavée et transformée avant de revenir sous forme de produits finis. 

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« Notre but est d’apporter une solution locale en France en recréant de la valeur autour d’un produit vertueux. Nous sommes les seuls en France à proposer un engrais issu à 100% de la laine de mouton, explique Vincent Fabry. La laine a une action bénéfique sur les plantes grâce à la kératine contenue dans ses fibres. Cette protéine naturelle se compose d’azote qui permet le développement des plantes, et de potassium pour la fructification. La laine agit en outre comme une éponge et permet également la rétention d’eau et donc des arrosages moins fréquents. La plante vient puiser dans la laine ses besoins en eau et en engrais. » Comparé à d’autres engrais qui, compte tenu du lessivage, nécessite d’être renouvelés tous les 2 à 3 mois, celui de Fertilaine laisse 6 mois de tranquillité aux utilisateurs. Outre la laine de son exploitation, Fertilaine source sa matière première auprès des éleveurs voisins « situés entre 15 et 20 km autour de notre ferme que nous leur achetons à 200€ la tonne », détaille Vincent Fabry. Sur 1 kg de laine brute récoltée, qui est ensuite déshydratée, broyée et pressée, Fertilaine obtient 800g de produit fini sous forme de granulés, sans utilisation d’eau ni de produits chimiques. L’an dernier, la solution de Fertilaine a permis de valoriser 40 tonnes de laine

Créer un outil de transformation

A la suite d’essais réalisés avec les ingénieurs de Purpan, l’engrais de Fertilaine, comparé à des engrais chimiques, obtient les mêmes résultats, voire meilleurs. Mais « nous ne sommes pas compétitifs actuellement par rapport à d’autres engrais chimiques ou organiques pour démarcher de gros volumes, en raison des coûts de fabrication que nous ne maitrisons pas, souligne le dirigeant. Notre priorité actuellement porte sur le développement commercial auprès des particuliers. » L’engrais Fertilaine, un monoproduit universel qui s’utilise aussi bien pour le potager que pour les fleurs, est vendu en jardinerie et via son site internet. Pour 2025, la société vise un chiffre d’affaires proche de 100 000 euros (contre 50 000€ en 2024) avec 200 points de vente. 

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Une fois ses réseaux de distribution mis en place, la société ambitionne à moyen terme d’internaliser sa production en créant un outil de transformation en Aveyron, au cœur du gisement de la production de laine en France. « Le bassin de Roquefort à cheval sur l’Aveyron, le Tarn et la Lozère, produit 1500 tonnes de laine tous les ans, soit 10% de la production nationale », précise Vincent Fabry. Un développement industriel qui nécessitera alors de procéder à une levée de fonds. La société souhaite également élargir sa gamme de produits, avec la mise au point d'un engrais plus ciblé, pour les tomates ou les agrumes par exemple, répondant aux besoins des clients. 

Initialement autofinancée, la société a levée des fonds sur Miimosa en 2023. Fertilaine bénéficie aujourd’hui du soutien de la Pépinière d’entreprise Rodez Agglomérations, de Bpifrance, de la Région Occitanie et d’une bourse de la French Tech, en plus de son activité commerciale.