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Fièvre aphteuse de retour en Europe, premières restrictions

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Moins d’une semaine après l’annonce de cas de fièvre aphteuse près de Berlin, le Royaume-Uni a interdit les importations en provenance d’Allemagne. De leur côté, Paris et Varsovie ont renforcé les contrôles.

Plus de treize ans après sa disparition du Vieux continent, la fièvre aphteuse est de retour en Europe. Un foyer a été détecté en Allemagne sur des buffles d’eau à Hoppegarten, près de Berlin, ont annoncé le 10 janvier les autorités. Selon les autorités régionales, trois buffles d’eau sont atteints. Il s’agit des premiers cas outre-Rhin depuis 1988, et des premiers dans l’UE depuis 2011 (en Bulgarie), rappelle la plateforme française Épidémiosurveillance en santé animale (ESA) dans une note dédiée. D’origine virale, c’est l’une des maladies animales les plus contagieuses pour les animaux sensibles – elle ne se transmet pas à l’homme. Elle touche de nombreuses espèces (bovins, ovins, caprins et porcins), d’où un impact économique qui peut être considérable. En particulier, « les porcins – notamment les sangliers – sont assez résistants à la maladie et peuvent donc la transmettre sans montrer de signes cliniques », explique David Ngwa Mbot, vétérinaire conseil à GDS France, à Agra Presse. Selon l’Anses, le virus « se transmet directement d’animal à animal ou par contacts indirects » (matériel contaminé, produits animaux, interventions humaines, etc.).

Alors que l’enquête épidémiologique est toujours en cours, « à ce jour, l’origine de la contamination n’est pas connue », indique la plateforme ESA. Le séquençage a montré qu’il s’agit du sérotype O de la maladie. Selon le bulletin hebdomadaire de la plateforme française, « l’analyse génétique du virus suggère une similarité avec des souches du Moyen-Orient et d’Asie », où la maladie est endémique.

Les éleveurs allemands demandent le vaccin

En Allemagne, les trois animaux contaminés sont décédés et les onze autres bêtes du troupeau ont été abattues préventivement. Par ailleurs, deux autres élevages ont été dépeuplés préventivement, selon ESA : un « cheptel de 170 porcs situé à 800 m du foyer » et « un autre cheptel en lien épidémiologique avec le foyer, situé à 18 km » (chèvres, bovins). L’Allemagne a multiplié les mesures destinées à stopper toute propagation du virus, craignant également pour ses exportations agricoles. Une interdiction du transport d’animaux d’élevage a été prolongée jusqu’au 15 janvier dans la région du Brandenbourg qui entoure Berlin, a annoncé le ministère régional de l’Agriculture. Les bovins, moutons et chèvres seront absents du salon de l’agriculture allemand, la « Grüne Woche », qui s’ouvre le 17 janvier à Berlin. La capitale a fermé ses deux zoos pendant le week-end.

« Les marchés d’exportation vont disparaître » si la fièvre aphteuse se propage, a alerté le président du DBV (syndicat agricole majoritaire) Joachim Rukwied dans une interview au journal Rheinische Post. « La vaccination peut être un moyen » et la production de vaccins peut être « mise en place très rapidement », a ajouté le porte-parole, mais ce sont les Länder allemands qui en décident, avec l’aval de la Commission européenne.

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Londres ferme ses frontières

Quelques jours plus tard, les premières restrictions aux échanges ont vu le jour, au Royaume-Uni : « L’importation de bovins, porcins et ovins en provenance d’Allemagne sera interdite pour protéger les agriculteurs et leurs moyens de subsistance », a annoncé le ministère de l’Agriculture britannique le 14 janvier. Dans un communiqué, les autorités indiquent qu’elles ne délivreront plus de certificats sanitaires « pour les animaux sensibles à la fièvre aphteuse, y compris tous les animaux vivants et la viande fraîche ».

Le ministère de l’Agriculture britannique appelle les éleveurs à « rester vigilants aux signes cliniques de la FMD » (Foot and mouth disease, nom anglais de la maladie), tout en étant « absolument rigoureux au sujet de la biosécurité ». Lors d’une précédente épizootie de fièvre aphteuse en 2001, le Royaume-Uni avait été particulièrement touché, avec « jusqu’à 10 millions d’animaux » abattus et un impact économique d’environ 8 Md£ (soit 9,5 Md€), selon l’AFP.

Contrôles renforcés en France

Dans l’Hexagone, « nous renforçons drastiquement les contrôles et enquêtes auprès des filières animales concernées », a indiqué le ministère français de l’Agriculture dans un message à la presse le 15 janvier. « En France, on a vérifié les flux d’animaux arrivés potentiellement d’Allemagne », précise David Ngwa Mbot, de GDS France, à Agra Presse. « On a cherché si des animaux venaient de la zone concernée : il n’y en a pas. » La Rue de Varenne « est en état d’alerte », a aussi précisé le cabinet de la ministre. De son côté, le ministère polonais de l’Agriculture a aussi instauré des « contrôles stricts […] sur les transports d’animaux sensibles à la maladie entrant en Pologne ». Les foyers déclarés en Allemagne sont situés à « environ 70 km de la frontière polonaise », rappelle le ministère dans un communiqué.

Au sens de la réglementation européenne, la fièvre aphteuse est classée comme « normalement absente de l’Union européenne » et « à éradication immédiate » (catégorie A + D + E). Une catégorie qui comprend par exemple l’influenza aviaire. Tout nouveau foyer entraîne la mise en place d’un zonage d’où les animaux sensibles ne peuvent pas sortir. Mais, en raison du marché unique, « un État membre ne peut pas interdire les introductions d’animaux en provenance d’un autre État membre », explique David Ngwa Mbot. Seule exception : en cas de suspicion d’introduction de la maladie (signes cliniques observés sur un animal importé par exemple). Un levier qui n’est jamais utilisé dans les faits, selon l’expert.

Une maladie très contagieuse et touchant de nombreuses espèces

Pas d’animaux issus de la zone contaminée présents en France