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Fin de la castration des porcelets : le champ des possibles s’élargit

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Un temps écartées, l’anesthésie générale et l’immunocastration sont à l’étude pour répondre à l’arrêt de la castration à vif des porcelets. Deux pistes potentielles à moyen terme, l’anesthésie locale restant la première solution disponible début 2022.

Alors que l’anesthésie locale concentrait jusque-là l’attention, l’immunocastration et l’anesthésie générale sont désormais étudiées pour répondre à l’interdiction de la castration à vif des porcelets en 2022. « Le conseil d’administration d’Inaporc (interprofession porcine, NDLR) a demandé à rouvrir le dossier de l’anesthésie générale », indique son président Thierry Meyer à Agra Presse le 7 octobre, confirmant une information de l’Association pour le bien-être porcin. Une décision réclamée par les filières du sud (notamment Fipso et l’interprofession Porc Montagne), précise-t-il, qui ont besoin de porcs castrés pour la fabrication de charcuterie sèche.

Pratiquée dans un caisson à l’aide d’un gaz (isoflurane), l’anesthésie générale a été « mise de côté » dans un premier temps, rappelle M. Meyer, faute d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’isoflurane, et parce qu’elle nécessite la présence d’un vétérinaire. Cette solution est « utilisée à 45 % en Allemagne », via un vaste plan de subventions, rappelle celui qui est aussi responsable porc du groupe Bigard. Et d’appuyer : « On ne pouvait pas ignorer ce qui est fait en Allemagne. »

L’isoflurane, peut-être « à moyen terme »

Dans un courrier envoyé au conseil d’administration d’Inaporc le 7 octobre, l’Association pour le bien-être porcin critique l’anesthésie générale, selon elle « certainement la moins accessible, la plus coûteuse et la plus inutile » des solutions. L’usage de l’isoflurane « présente un risque pour les opérateurs (éleveurs et leurs salariés) », rappelle l’organisation présidée par Jean-Jacques Riou, ancien président du Marché du porc breton (MPB). « Je n’ai pas eu connaissance d’accidents graves en Allemagne », rétorque Thierry Meyer. « Si le dossier va au bout, nuance-t-il, ce ne sera qu’à moyen ou long terme. » Mais la direction est donnée, selon le président d’Inaporc : « Nous avons besoin d’élargir fortement nos horizons. » Depuis le début des travaux sur la castration, la position d’Inaporc et de la FNP (éleveurs de porcs, FNSEA) a toujours été de laisser un maximum de portes ouvertes.

Quant à l’immunocastration (vaccin), les charcutiers industriels de la Fict et des ONG welfaristes sont « en train de travailler d’arrache-pied pour utiliser cette solution à l’avenir », d’après Bernard Vallat, président de la Fict. « On met beaucoup d’espoirs dans ce procédé, qui n’entraîne pas de mutilation et qui pourrait satisfaire certains marchés », a-t-il affirmé en conférence de presse le 7 octobre. La Fict mène deux chantiers distincts, précise son directeur Fabien Castanier à Agra Presse. D’un côté, des échanges avec CIWF et Welfarm pour que les ONG « puissent communiquer largement sur l’immunocastration », afin de lever le frein de l’acceptabilité sociale. Le deuxième travail est technique et consiste en « des études avec l’Adiv sur la qualité de la viande et des gras issus des mâles immunocastrés ». « Il y a aussi un sujet de monopole », note Fabien Castanier, qui relève que le seul produit disponible est l’Improvac de Zoétis.

Lire aussi Castration des porcelets : le projet du ministère tend la filière

À court terme, l’anesthésie locale restera la première solution disponible. « Deux protocoles ont été validés, indique Thierry Meyer d’Inaporc à Agra Presse. Ce sera soit la lidocaïne, soit le tri-solfen. » Deux produits qui ne disposent pas encore d’AMM en France pour le porc, mais dont les autorisations sont attendues début 2022 (1). « Il reste à mettre en place le plan de formation » pour tous les éleveurs d’ici la fin de l’année, précise-t-il.

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Vers un éclatement de l’offre de porcs ?

« Comment va s’organiser le marché, dans les prochains mois ? C’est une vraie question », pour Fabien Castanier. Selon le directeur de la Fict, les charcutiers auront le choix entre « quatre catégories de produits : des porcs mâles entiers, des porcs mâles castrés avec anesthésie, des porcs mâles immunocastrés, et des porcs femelles ». Concernant les porcs mâles, les charcutiers industriels (qui absorbent 75 % de la production) avaient chiffré leurs besoins à 50 % de porcs entiers et 50 % de porcs castrés.

« Nous sommes pour développer le porc mâle entier si possible », rappelle Fabien Castanier, tout en appelant à la « prudence ». L’arrêt pur et simple de la castration est la piste privilégiée par l’amont de la filière, notamment dans l’Ouest. « Un rééquilibrage est en train de se faire, et on s’en félicite », analyse le directeur de la Fict. Selon lui, les éleveurs sont aujourd’hui plus sensibles qu’auparavant aux « contraintes technologiques » des maillons abattage et transformation. « Avec dix ans d’expérience dans le porc mâle entier, la Cooperl arrive à 2 ou 3 % de carcasses odorantes, estime-t-il. Mais si on imagine un basculement massif, avec des éleveurs qui n’auront peut-être pas immédiatement les bonnes pratiques, la bonne génétique et la bonne alimentation, on peut monter à 7 ou 8 %. »

Menace d’un recours aux importations

Le dossier castration reste enfin bloqué par l’épineuse question de la répercussion du surcoût. « Nous sommes favorables à ce que les éleveurs ne supportent pas le coût de la castration, mais les charcutiers non plus », résume M. Castanier. Entre l’acte de castration avec anesthésie et de meilleures performances zootechniques, un porc mâle entier coûte une dizaine d’euros de moins à produire qu’un porc castré.

Les modalités envisagées pour répercuter ce surcoût posent aussi problème à la Fict. D’après un projet d’arrêté, la poursuite de la castration ne pourrait se faire que dans le cadre de signes de qualité ou de contrats entre abatteurs et éleveurs. Dans ce deuxième cas, l’abattoir devrait justifier de la nécessité de castrer pour ses débouchés et demander une attestation préfectorale. « Sur quels critères un préfet peut-il évaluer la nécessité de castrer ? », s’interroge Fabien Castanier, redoutant des « contraintes administratives qui risquent de pénaliser l’approvisionnement en mâles castrés ». Lors de sa conférence de presse du 7 octobre, la Fict a agité la menace d’un « recours aux importations ». Une hypothèse crédible dans un marché européen engorgé, notamment par la viande espagnole.

Deux protocoles validés pour l’anesthésie locale, selon Inaporc

« Rééquilibrage » de la position des éleveurs