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Fin de partie pour la ferme verticale Jungle France

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Les salades Jungle poussaient dans la ferme verticale de Château-Thierry. Crédits : © Jungle

Placée en redressement judiciaire le 11 avril 2024, l’agritech spécialiste des cultures verticales vient d'être liquidée, faute de projets de reprise jugés viables. La hausse des coûts énergétiques fait partie des causes de cet échec.

Les levées de fonds même record n’empêchent pas les projets jugés porteurs de faire banqueroute. Les exemples ne manquent pas en France et à l’international, avec notamment Agricool et Infarm. Et c’est aujourd’hui le cas de Jungle France et Jungle Corp, sa holding, dont les liquidations judiciaires ont été prononcées par le Tribunal de commerce de Soissons jeudi 27 juin 2024. 

Créée en 2019 à Épaux-Bézu (Aisne), par Gilles Dreyfus, président, et Nicolas Séguy, co-fondateur et directeur général, Jungle France avait été placée en redressement judiciaire le 11 avril, alors qu’elle était en cessation de paiement depuis le 26 mars. Trois projets de reprise d’activité auraient été présentés au mandataire judiciaire, mais aucun n’a convaincu visiblement. Sollicité par Agra Innovation, Gilles Dreyfus n’a pas répondu à nos demandes d’interview.

Flambée du coût de l’électricité

C’est évidemment une grande désillusion alors même qu’il y a encore un an la start-up de l’agritech était régulièrement citée dans la presse. Testée sous forme de ferme pilote au Portugal dès 2016, Jungle est passé à un échelon industriel de production végétale en continu avec de l’éclairage par leds horticoles et de l’hydroponie pour des cultures de plantes aromatiques pour des débouchés dans la grande distribution, le food service et l’industrie agroalimentaire. Elle a ainsi ouvert sa première ferme verticale en 2019 sur 4 000 m2 et 12 mètres de haut dans l’Aisne à côté de Château-Thierry. 

Lire aussi : Le "farming as a service", une activité en plus pour Jungle

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Les premiers contrats de fourniture d’herbes aromatiques (basilic, coriandre…) et de salades sont signés avec Monoprix, puis Intermarché et Grand Frais entre 2021 et 2022. En 2021, après avoir produit plus de 50 000 unités de végétaux l’année précédente, Jungle France concrétise une levée de fonds de 42 M€ (35 M€ en dettes et 7 M€ en equity), avec le projet de faire passer sa production à 10 millions d’unités dès 2022 et en visant 2 000 points de vente en grande distribution à fin 2023. Malheureusement, ses projets ne se sont pas concrétisés. 

Alors qu’elle prévoyait un CA de 10 M€ dès 2022, Jungle France (25 salariés fin 2021) n’a réalisé que 602 k€ pour 4,2 M€ de pertes. « Pourtant la grande distribution était vraiment demandeuse et le concept très prometteur mais l’augmentation du prix de l’électricité pour une technologie, qui en consomme sans doute encore trop, a plombé radicalement Jungle », explique un des investisseurs qui souhaite garder l’anonymat. 

Parmi, les autres raisons expliquant cet échec, une croissance trop rapide et donc mal maîtrisée, des solutions technologiques trop énergivores et difficiles à rentabiliser dans le contexte de flambée des coûts énergétiques et vu le prix d’achat très bas des plantes aromatiques et autres salades par les centrales de la grande distribution. Des débouchés dans le secteur des cosmétiques et de la santé auraient sans doute permis de commencer à dégager de vraies marges, mais Jungle n’en a pas eu le temps.