La filière française des fleurs coupées est scindée entre grandes exploitations et petits floriculteurs rarement sur la même longueur d’onde. Les rangs des petits ont été garnis ces dernières années par des « fermes florales » lancées par des non-issus du milieu agricole, et souvent vues d’un mauvais œil par les gros producteurs et les grossistes. Chez les producteurs classiques, l’individualisme serait de mise, regrette le syndicat Verdir.
Dominées sur leur marché par les importations, les exploitations floricoles ne sont guère nombreuses (moins de 300 exploitations spécialisées en 2021, 500 au total), et leur nombre continue de chuter depuis le Covid. « L’embellie des ventes pendant la période du Covid-19 s’est estompée. C’est une situation compliquée pour les producteurs avec des hauts et des bas difficiles à gérer », explique Marie Levaux, présidente de Verdir (producteurs horticoles).
Peu nombreuses, elles sont pourtant divisées, selon une étude sur la filière fleurs coupées menée par l’Institut Agro Rennes Angers en 2023, pour le compte d’Excellence Végétal. « Les plus grands producteurs déplorent une trop grande opposition entre petits floriculteurs diversifiés et gros floriculteurs spécialisés. Or, ils défendent la nécessité d’une présence et d’une cohabitation entre toutes les typologies de productions en France ».
D’un côté donc, on retrouve quelques grosses exploitations. Seules 25 % des exploitations ont plus de 4,4 ETP, avec un maximum recensé de 210 ETP. La plus grande exploitation détient 68 hectares. Et en face de ces grosses structures, la moitié des entreprises travaillent sur une surface inférieure à 1,1 ha et notamment 25 % des entreprises travaillant sur 0,5 ha.
Les rangs des petits ont été garnis ces dernières années par le développement des « fermes florales ». Leurs exploitants viennent souvent du maraîchage (diversification). Et ce sont plutôt des personnes non issues du monde agricole, arrivées à l’agriculture par réorientation professionnelle. Pour les auteurs, « ce mouvement s’inscrit dans la pensée selon laquelle il n’est plus possible de continuer sur les anciens modèles de production basés sur de la monoculture en très gros volume ».
Ces nouveaux opérateurs sont diversement appréciés dans la filière – « le taux de pérennisation à 5, 6 ans est faible », assure Florent Moreau, président de Valhor – mais pour Marie Lavaux, ce modèle favorisant par ailleurs le circuit super court, « est le bienvenu ».
Très fort individualisme
Cette atomisation de la production pose la question de la structuration de la filière longue. Dans l’étude de l’Institut Agro Rennes Angers, ce besoin est exprimé par les grossistes prêts à se fournir auprès de plusieurs petits producteurs à proximité. Mais « sans regroupements de producteurs ou de réseau logistique, cela est compromis et très chronophage, notamment pour le transport des marchandises ».
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C’est aussi l’avis de la ministre de l’Agriculture. Dans une réponse écrite à une question du député LR Julien Dive, Annie Genevard a encouragé la filière « à mettre en place des organisations de producteurs pouvant déposer un programme opérationnel cofinancé pour moitié avec des aides européennes ». Et de lister les avantages de la formule : organisation et ajustement de la production à la demande, en quantité comme en qualité, meilleure répartition de la valeur, soutien aux investissements des producteurs.
« Nous sommes tout à fait en phase avec cette proposition du ministère, abonde Marie Levaux, présidente de Verdir. Cependant, ce n’est pas simple : dans notre filière, il existe un très fort individualisme des entreprises. Il est difficile de faire bouger les lignes. Du coup cette nécessaire structuration a du mal à se mettre en marche. Pourtant, si on veut penser développement, il faut aussi penser volumes. Et canaux de distribution. »
Pour l’horticultrice, l’arrivée de nouveaux profils de producteurs est une opportunité. « Cela changera peut-être avec les nouvelles entreprises qui s’installent, en veillant, de notre côté, qu’une organisation de producteur ne soit pas confondue avec une caisse enregistreuse. » Mais elle appelle surtout l’aval de la filière à s’engager. « Structurer la filière sera la clé de la réussite, mais les producteurs ne pourront pas l’accomplir seul. »
Une première étape a été franchie à l’interprofession Valhor, avec la création d’un groupe de travail sur la structuration. Elle ne promet pas de lendemains qui chantent, notamment sur la question des importations. « Le recours aux fleurs d’importation, issues de fermes floricoles certifiées et labellisées, est nécessaire pour disposer d’une offre répondant à la demande des consommateurs. Il n’est pas question d’opposer les deux origines. Si l’intérêt pour une fleur locale, de saison, produite de manière responsable est croissant, le facteur prix reste le premier critère des consommateurs », rappelle Florent Moreau.
Un très fort individualisme des entreprises
« sans regroupements de producteurs, cela est compromis »
Une production française très diversifiée
La production de fleurs coupées se retrouve dans de nombreux territoires : les principaux bassins de production se situent dans les régions Paca (50 % des surfaces) et Pays de la Loire. Les cinq principales variétés produites en France sont la pivoine (18,8 millions de tiges), l’anémone (16,8), le gerbera (12,2), la rose (8,8) et la renoncule (8,6). Mais, 64 % des volumes concernent d’autres variétés : il existe une très grande diversité de fleurs produites en France, ce qui la différencie d’autres pays producteurs exportant sur l’Hexagone, plus axés sur la mono culture (la rose en particulier pour l’Afrique et l’Amérique centrale). Le maintien d’une production diversifiée et étalée sur toute l’année (la pivoine du Var est réputée pour son aspect « primeur » sur le marché européen), majoritairement en production extensive permet à la production française de se démarquer : c’est l’axe retenu pour la relance de la filière.