Plombé par la crise sanitaire et un concept essoufflé, le vaisseau amiral d’Agapes Restauration a été placé sous procédure de sauvegarde. Il devrait céder une soixantaine de ses 161 restaurants intégrés et supprimer 1 300 emplois parmi ses 4 893 collaborateurs.
Vendredi 29 janvier, le tribunal de commerce de Lille Métropole a accepté l’ouverture d’une procédure de sauvegarde demandée, deux jours plus tôt, par Flunch. « L’entreprise a présenté les garanties nécessaires pour y prétendre, c’est la seule décision pour avoir une chance de relancer [l’activité] », a déclaré Grégory Dubois, délégué CFDT, en sortant de l’audience. « Je suis très heureux et satisfait de cet avis qui va nous donner du temps pour travailler à la réouverture le plus vite possible de nos restaurants », a prolongé Thierry Bart, recruté comme directeur général de Flunch il y a tout juste un an pour tenter de redresser une entreprise à la dérive. Il faut dire que le vaisseau amiral d’Agapes Restauration, branche RHD de l’Association familiale Mulliez, est en très grande difficulté. Il subit le double effet de la Covid-19 qui, comme pour l’ensemble de la restauration, l’a lourdement pénalisé, mais aussi d’un concept aujourd’hui dépassé. Après plus de six mois de fermeture administrative, l’enseigne a vu son chiffre d’affaires en 2020 reculer de 212 M€, soit une baisse de 57 % sur un an.
D’une durée de six mois renouvelable et lui permettant de suspendre ses créances, cette procédure de sauvegarde concerne potentiellement la cession d’une soixantaine de ses 161 restaurants intégrés (son parc compte également 66 franchises) et, dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) à faire valider la suppression de 1 300 postes sur un effectif total de 4 893 salariés. Les enjeux de cette restructuration ont été présentés le 2 février au matin à l’ensemble des représentants des salariés.
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Trop d’attentisme
Alors que l’AFM a décidé il y a quelques jours de réinjecter 29 M€, Flunch doit donc réformer son concept de grandes cafétérias qui a bien – trop ? – vécu. Majoritairement situées dans des centres commerciaux de périphérie et servant, à l’époque faste, jusqu’à « 55 millions de repas par an », elles ont perdu de leur superbe et de leur audience. Covid-19 ou non, les tendances de consommation privilégient depuis plusieurs années déjà des modèles plus intimistes que des selfs de plusieurs centaines de couverts. À peine nommé en janvier 2020 et alors qu’il vient de recruter deux managers spécialisés respectivement dans le food court et le click and collect, Thierry Bart a lancé la transformation de Flunch. Baptisée « Cap à 5 ans », elle prévoit notamment la mise en place d’une offre plus modulaire avec des kiosques thématiques dans l’esprit des food courts et de la vente à emporter, testée notamment dans l’établissement de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais). Pour l’instant, confinement oblige, il est impossible de mesurer l’impact de ces transformations. Mais surtout, une question demeure : pourquoi cette remise en question n’a-t-elle pas été opérée bien plus tôt ? Certains salariés dénoncent l’attentisme des précédents dirigeants, à l’image de la mise en place très tardive (décembre 2020) de l’activité traiteur à emporter.