La Fédération générale des travailleurs de l’agriculture, de l’alimentation, des tabacs et des services annexes Force ouvrière (FGTA-FO) prévoit la disparition de plusieurs dizaines de milliers d’emplois dans la grande distribution pour 2006. La fédération, majoritaire dans le secteur, explique cette évolution par une nouvelle recherche de gains de productivité. Alors que la guerre des prix et l’intégration à venir des marges arrière devraient pousser les grandes enseignes de cette branche à se restructurer, le développement du hard-discount et des nouvelles technologies comme la RFID est également pointé du doigt. 5 000 emplois seraient menacés chez Auchan selon la FGTA-FO ; un chiffre démenti par le groupe qui précise que « 2 500 postes doivent être supprimés au total entre 2002 et 2008, selon un accord de gestion prévisionnelle, sans licenciement économique et sur la base du volontariat ».
Force ouvrière tire la sonnette d’alarme : « Plusieurs dizaines de milliers d’emplois risquent d’être supprimés en 2006 », a déclaré devant la presse Dejan Terglav, responsable de la Fédération générale de travailleurs de l’agriculture, de l’alimentation, des tabacs et des services annexes Force ouvrière (FGTA-FO). Pour le syndicat, majoritaire dans le secteur, il s’agit de « pertes pures et simples d’emplois », imputables aux politiques de réorganisation mises en place par les quelques grandes enseignes qui constituent l’essentiel de cette branche employant environ 600 000 salariés. Ces groupes « réorganisent, regroupent et externalisent des pans entiers de leurs activités », de l’administratif à l’informatique, en passant par la comptabilité, souligne le syndicat. Une recherche de gains de productivité qui passerait également par un développement du hard-discount, nécessitant moins de main d’œuvre.
Guerre des prix
Les causes de cette « crise de l’emploi » dans la grande distribution ne s’arrêtent pas là. La FGTA-FO met en cause l’application de la nouvelle loi Jacob/Dutreil. L’effet négatif de l’intégration des marges arrière inciterait d’ores et déjà les enseignes à réduire leur masse salariale, tout comme la « guerre des prix » les pousserait à se restructurer. Ainsi, Dejan Terglav rappelle dans le communiqué du syndicat « l’exemple hollandais, (qui) l’an dernier nous a appris qu’une baisse des prix de 2 % pouvait provoquer la suppression de 17 000 emplois ». Et l’atonie de la consommation n’arrange rien.
En cause également, l’évolution technologique. Le développement de la RFID (radio frequency identification) « appauvrit » les métiers de la grande distribution en automatisant l’identification du produit et rendant inutile « toute action humaine sur la gestion des stocks » selon la FGTA-FO.
« 5 000 emplois menacés chez Auchan »
Le développement des « caisses minutes », où le client scanne lui-même les codes-barres, inquiète évidemment les syndicats, notamment chez Auchan. Dans cette enseigne, qui mise également sur le développement du hard-discount dans ses propres rayons, la suppression de « 5 000 emplois en 2006 », sur un total de 65 000 salariés, serait à attendre, indique Christian Crétier, responsable FO au sein du groupe. Un chiffre démenti par la direction d’Auchan, qui précise que « 2 500 postes doivent être supprimés au total entre 2002 et 2008, selon un accord de gestion prévisionnelle, sans licenciement économique et sur la base du volontariat ».
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Déjà, entre la fin novembre et début décembre, la CGT annonçait des licenciements dans le secteur : une réorganisation profonde de la logistique et des services informatiques d’Intermarché concernerait 1 500 à 2 000 emplois d’ici 2010, et 1 700 postes pourraient être supprimés sur deux ans dans les sites administratifs de Carrefour, qui emploie 130 000 personnes en France.
Une réalité difficile à évaluer
« C’est très difficile d’évaluer exactement les pertes d’emplois, car les grandes enseignes ne font pas d’annonces officielles. Beaucoup d’emplois supprimés sont dilués, difficiles à comptabiliser », a reconnu Dejan Terglav. Les chiffres de pertes d’emplois en 2005 n’ont pas encore été rendus officiels par la branche de la grande distribution, a-t-il ajouté. Les derniers chiffres remontent à 2004, où le secteur a perdu 1 100 emplois.
« Nous ne sommes pas contre toutes les évolutions, nous demandons des vrais accords de gestion prévisionnelle des emplois, et des moyens pour la formation, dans le but de pouvoir reclasser les salariés touchés », a conclu le syndicaliste. La fédération demande à être reçue par le ministre de l’Emploi, Jean-Louis Borloo, et par les responsables patronaux de la branche.