Deux mois après la fin du vide sanitaire, les gavages sont sur le point de débuter dans le Sud-Ouest et les premiers abattages sont attendus pour la mi-août. Environ 90 % des élevages de foie gras ont relancé leur production. Parallèlement, trois nouveaux cas ont été découverts à l’occasion du plan de surveillance du ministère de l’Agriculture. Ils ne surprennent pas les services mais inquiètent les professionnels soucieux que la France puisse retrouver son statut indemne avant les fêtes de fin d’année.
Après le choc du vide sanitaire, la filière foie gras du Sud-Ouest redémarre, mais dans un climat de légère inquiétude générée par les récents cas de grippe aviaire observés en Dordogne et en Aveyron. Dans les campagnes, la grande majorité de la production est repartie et « les premiers canards entreront en gavage la semaine prochaine », rapporte Pierre Peres, président du syndicat des conserveurs à la ferme du Gers. Selon les chiffres de l’interprofession du foie gras (Cifog), 90 % des élevages ont relancé leur production. « Les autres ont des travaux à effectuer, ou ont pris un retard dans la désinfection », relate sa déléguée générale Marie-Pierre Pé. Les premiers abattages, qui bénéficient de dérogations, sont prévus pour le 8 août, et la majorité d’entre eux reprendront à partir du 15 août.
Une baisse de production de 20 % pour 2016
On sait déjà que la production 2016 sera significativement amputée, d’environ 20 % des volumes au niveau national, avec des différences entre régions ; une enquête de la Chambre d’agriculture des Landes auprès des coopératives du département prévoit une baisse de 40 %. Trois raisons principales à cette baisse au niveau national : tout d’abord le vide sanitaire total de cinq semaines imposé par le ministère, ensuite le retard d’une partie des éleveurs à redémarrer leur atelier après le vide sanitaire (travaux, désinfections…), et aussi une baisse des productions individuelles, de 10 à 15 %, selon le Cifog, liée aux nouvelles règles de biosécurité qui sont entrées en vigueur après le vide sanitaire.
Moins de production par élevage
Pourquoi une telle baisse par élevage ? Elle tient à l’obligation de conduire ses animaux en bandes uniques, c’est-à-dire, de n’élever que des animaux du même âge par unité de production. Cette conduite nécessite plus de place, et la construction de nouveaux bâtiments pour les éleveurs qui veulent maintenir leur volume de production. Par ailleurs, d’autres mesures changent l’organisation du travail ; par exemple, l’obligation de désinfecter ses équipements entre chaque unité de production : « En élevage, la tendance est de s’orienter sur le moins de bandes possible, car cela permet de diminuer le travail, témoigne Pierre Peres. Chez nous, on avait six âges différents, on en rentrait tous les quinze jours. Désormais nous avons deux âges différents. Nos bandes sont passées de 2 000 à 6-8 000 d'un coup, et on fait un vide sanitaire par an ».
Des cas détectés après le vide sanitaire
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Alors que la production s’apprête à reprendre, trois cas de grippe aviaire ont été détectés, un dans l’Aveyron et deux en Dordogne, dans le cas du plan de surveillance du ministère, qui vise à contrôler l’efficacité du vide sanitaire et des désinfections. « Ça nous inquiète, même si les scientifiques disent qu’ils s’y attendaient », rapporte Pierre Peres. Ce qui est confirmé au ministère. Si l’origine de ces cas n’est pas encore connue, le ministère met en avant des pistes comme un mauvais nettoyage des installations, ou un mauvais confinement des animaux d’élevages non professionnels. « Ça n’a rien d’inquiétant, explique Marie-Pierre Pé. C’était évident que l’on allait pas avoir 20/20. Et nous allons avoir d’autres cas ».
Inquiétude pour les exportations des fêtes de fin d’année
L’interprofession est toutefois inquiète lorsqu’elle regarde l’agenda de fin d’année. Pour regagner son statut « indemne de grippe aviaire », sésame pour reprendre les exportations vers de nombreuses destinations, la France doit attendre trois mois après le dernier cas de grippe aviaire confirmé sur le territoire. Le dernier cas, détecté dans un élevage de 24 000 canards de Dordogne, a été confirmé le 25 juillet, ce qui reporte l’obtention du statut indemne jusqu’à la fin octobre. Le scénario d’un nouveau cas qui surviendrait après le mois de septembre mettrait la filière dans une situation très délicate, la privant très probablement des volumes importants exportés lors des fêtes de fin d’année, notamment vers sa première destination hors UE, le Japon.
Erratum : Grippe aviaire : risque faible de recontamination… par l’avifaune sauvage
Contrairement à ce que nous avons écrit par erreur dans le précédent numéro d’Agra Presse Hebdo, l’avis de l’Anses publié le 19 juillet portait sur le risque que l’avi-faune sauvage recontamine les élevages après le vide sanitaire, et non sur le risque global de recontamination des élevages après le vide sanitaire.