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Ministère de l’alimentation Fonds spécial et aides à la réorganisation de la filière doivent redonner leur place aux vins français

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La France, redevenue en 2009 le premier producteur mondial de vin, reste à la peine sur le marché mondial en raison de ses difficultés à s’adapter aux goûts des consommateurs. Pour remonter la pente, Bruno Le Maire, ministre de l’Alimentation et de l’agriculture promet la création d’un fonds pour promouvoir les vins français, une mesure qui doit s’accompagner d’une réorganisation de la profession pour mieux défendre ses intérêts.

« Cela fait des années que la viticulture du Languedoc souffre », par exemple, parce que les viticulteurs « n’arrivent plus à exporter et à commercialiser leurs produits », a ainsi déclaré le ministre devant les sénateurs la semaine passée. Pour lui, « la solution c’est de gagner des parts de marché à l’exportation », à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union européenne. Par exemple, sur le marché britannique, longtemps principal débouché des vins français mais sur lequel la production hexagonale est désormais en perte de vitesse, la Grande-Bretagne représentait encore 22% des exportations françaises en 2004-2005, mais en 2008-2009 elles sont retombées à 18%, selon les chiffres de FranceAgriMer.
Le ministre regrette l’absence de vin de cépage dans la production française. Très prisé des nouveaux consommateurs, le vin de cépage est réalisé à partir d’une seule variété et, en France, ce sont surtout les distributeurs qui vendent ce type de vin sous leur propre marque (MDD). « La demande mondiale est une demande de vins de cépage, c’est ainsi que les vins du Nouveau monde ont réussi à mieux se commercialiser à l’étranger. Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose ? », s’est interrogé le ministre.

La France perd des parts de marché
Avec une production de plus de 45 millions d’hl, la France est repassée en 2009 premier producteur mondial de vin, doublant sa rivale, l’Italie, mais le bilan est moins brillant pour l’Hexagone en ce qui concerne les exportations.
Alors que l’Italie a mis en place une politique commerciale offensive qui lui permet de progresser sur les marchés internationaux, la France ne cesse de se faire distancer. Sa part de marché s’érode tant en valeur qu’en volume. Elle ne représente plus que 17% des volumes et 34% de la valeur du marché mondial, contre respectivement 25% et 51% au début des années 90.

Production mondiale stable, mais marché en baisse
La crise mondiale a pesé sur le marché. La production mondiale 2009 (268 millions d’hl) devrait rester quasiment stable par rapport à la saison précédente mais la consommation devrait, elle, continuer à chuter, prévient Federico Castellucci, directeur général de l’OIV.
Une situation tendue qui oblige les pays producteurs à être de plus en plus compétitifs avec des prix à la baisse, a souligné M. Castellucci.
Sur les six premiers mois de l’année, les exportations de vins français se sont encore dégradées. Elles ont baissé de 12% en volume et surtout de 26% en valeur, selon des chiffres du ministère. Sur la campagne août 2008/août 2009, les exportations ont chuté de 12% en volume, à 12,7 millions d’hectolitres, et de 18% en valeur, à 5,8 milliards d’euros, a indiqué de son côté FranceAgriMer.
Auparavant, devant la profession viticole, Bruno Le Maire avait stigmatisé le trop grand nombre d’interprofessions : « Cela fait des années que tout le monde est d’accord » sur la nécessité de réorganiser la filière, a fait valoir le ministre avant d’ajouter : « Maintenant, je dis stop, on prend les décisions ». « On ne peut pas à la fois bénéficier du plan d’aides » à l’agriculture annoncé récemment par le président de la République « et ne pas apporter des réponses structurelles » pour juguler la crise, a-t-il dit.
La viticulture n’est pas la seule à être touchée par cette restructuration: toutes les productions agricoles devront s’organiser autour d’interprofessions plus fortes pour mieux défendre leurs intérêts, estime-t-on au ministère.
A l’issue de la réunion avec leur ministre, les viticulteurs ont qualifié ce plan d’« incomplet » alors que les difficultés économiques du secteur s’accumulent depuis 4 ans et qu’elles ont empiré avec la crise mondiale. Les producteurs vont bénéficier de plusieurs mesures comme l’exonération de la taxe sur le foncier non bâti ainsi qu’une exonération des cotisations patronales sur les emplois saisonniers et des cotisations sociales dues à la mutuelle sociale agricole (MSA). Ils bénéficieront également des prêts à la trésorerie.

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