L’Union européenne se mobilise pour tenter de limiter les conséquences de l’augmentation des prix des denrées alimentaires. Le 19 mai à Bruxelles, la plupart des ministres de l’Agriculture de l’Union ont insisté sur la nécessité de préserver l’outil agricole européen et de rechercher, parallèlement, des solutions, par le biais des politiques de développement, pour que les pays pauvres puissent promouvoir leur production agricole. La Commission européenne, pour sa part, appelle les Etats membres à élaborer une réponse européenne unique face à ce défi mondial.
Dans une communication adoptée le 20 mai, la Commission européenne appelle les Etats membres à élaborer une réponse européenne unique pour faire face à l’augmentation des prix agricoles et des denrées alimentaires. Ce document sera examiné lors du Conseil européen des 19 et 20 juin. « L’Union européenne a réagi rapidement à la poussée soudaine des prix des denrées alimentaires », a déclaré le président de la Commission, José Manuel Barroso. « Nous sommes confrontés à un problème qui a des origines multiples et de nombreuses répercussions. Nous devons donc agir sur plusieurs fronts simultanément », a-t-il précisé.
Mettre à profit le bilan de santé de la Pac
Pour tenter de limiter les conséquences de l’augmentation des prix des denrées alimentaires, la Commission européenne souligne que plusieurs mesures proposées dans le cadre du bilan de santé de la Pac devraient contribuer à réduire la pression sur les prix. Il s’agit notamment du découplage renforcé des aides directes, de la suppression définitive de l’obligation de mise en jachère des terres arables, de la suppression progressive d’ici 2015 du régime des quotas laitiers, de la réduction de l’intervention dans le secteur des céréales ainsi que des solutions plus efficaces prévues pour le secteur bioénergétique.
Pour le plus long terme, la Commission évoque des initiatives visant à accroître l’offre de produits agricoles et à assurer la sécurité alimentaire, notamment la promotion de critères durables pour les biocarburants et le développement de nouvelles générations de biocarburants en Europe et au niveau international. Avec ou sans l’objectif d’atteindre 10 % de biocarburants dans l’Union, la production mondiale de carburants d’origine agricole continuera d’augmenter, note-t-elle. L’Europe, poursuit la Commission, doit s’efforcer de tout mettre en œuvre pour montrer qu’un programme viable peut fonctionner et pour assurer une transition rapide vers la nouvelle génération de biocarburants. Actuellement, dans le secteur des transports, constate la Commission, les biocarburants sont la seule solution alternative aux combustibles fossiles non durables. Par ailleurs, la Commission entend privilégier le renforcement de la recherche dans le domaine agricole et la diffusion des connaissances, en particulier dans les pays en développement.
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Prendre part à l’effort mondial
Enfin, la Commission veut s’engager à contribuer à l’effort mondial de lutte contre les effets des augmentations des prix sur les populations pauvres. Elle préconise pour cela : une réaction internationale mieux coordonnée face à la crise alimentaire, en particulier dans le cadre de l’ONU et du G8 ; la poursuite d’une politique commerciale ouverte offrant un accès préférentiel au marché de l’UE pour les pays les plus pauvres du monde ; une réaction rapide aux besoins humanitaires à court terme ; le ciblage de l’aide au développement sur des projets à plus long terme afin de revitaliser l’agriculture dans les pays en développement.
Rejet des accusations britanniques
Lors du Conseil agricole, le 19 mai à Bruxelles, la plupart des ministres de l’Agriculture de l’Union ont rejeté les accusations du Royaume-Uni selon lesquelles la Pac serait en partie responsable de la flambée des prix et des crises alimentaires dans le monde. « Il y a beaucoup de raisons expliquant la hausse des prix des denrées alimentaires, c’est pourquoi je ne ferais pas de lien direct avec la Pac pour expliquer le phénomène », a déclaré à la presse le ministre slovène de l’Agriculture, Iztok Jarc, qui préside les travaux du Conseil de l’UE. « Il s’agit d’une question intersectorielle importante à laquelle nous devons répondre de manière collective et continue au niveau de l’UE », a insisté M. Jarc, dans un rapport remis à ses collègues. Dans ce document, la présidence passe en revue les causes à l’origine de la crise, à savoir : les changements climatiques, la demande croissante en denrées alimentaires dans les pays en voie de développement, l’accroissement démographique mondial, la production des biocarburants et la hausse des prix des combustibles.
Pour sa part, Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, s’est montrée relativement optimiste sur l’évolution des prix. Selon elle, « les conditions climatiques ayant contribué à la situation actuelle reviennent à la normale et les niveaux records atteints ces derniers mois ne devraient pas persister ». La commissaire a notamment fait référence aux prévisions du Conseil international des céréales et du département américain de l’agriculture qui tablent sur une récolte mondiale de 650 millions de tonnes, en hausse de 50 millions par rapport à 2007. Cela signifie, a poursuivi Mme Fischer Boel, que « nous pouvons espérer la reconstitution des stocks et le retour à des échanges commerciaux plus conformes à ce qu’ils étaient avant la flambée des prix ». A moyen terme, a toutefois précisé la commissaire, les prix devraient fluctuer à des niveaux plus élevés que ceux enregistrés ces trois dernières décennies.