A l'approche de la 2e journée nationale de lutte contre le gaspillage ali-mentaire, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, de l'alimentation et de la forêt a lancé un appel à projets à l'adresse de tous, particuliers et professionnels, intitulé « Et vous quel sera votre acte anti-gaspillage le 16 octobre ? » 1,3 milliard de tonnes de nourriture est perdu ou gaspillé dans le monde chaque année. En France, le gaspillage représente 20 kg par personne et par an. Des initiatives fleurissent ici et là, pour limiter les déchets et pour faire prendre conscience à tous, qu'il existe des solutions.
En marge des débats sur la loi d'avenir pour l'agriculture, Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Forêt a officiellement lancé l'appel à projets contre le gaspillage alimentaire. Initié en juin 2013 par Guillaume Garrot, l'ancien ministre délégué à l'agroalimentaire, le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, dont la deuxième journée nationale aura lieu le 16 octobre, vise à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d'ici à 2025. « Récupération d'invendus, opérations “zéro gaspi” dans les cantines scolaires et d'entreprises, évènements festifs dans les quartiers, ateliers de cuisine de restes, sensibilisation aux bonnes pratiques… », le ministère énumère quelques-unes des pistes à explorer. Tout le monde est invité à participer, qu'il s'agisse des « citoyens, comme des professionnels ». Chaque porteur de projet doit se faire connaître avant le 30 septembre sur un site dédié (1). Les projets labellisés recevront un kit de communication, figureront au programme officiel des manifestations et pourront ainsi participer au Prix Antigaspi. Déjà 29 signataires ont rallié le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire depuis son lancement en juin 2013.
UN ENJEU INTERNATIONAL
« Chaque Français jette l'équivalent de 20 kg de nourriture par an – dont 7 kilos encore parfaitement emballés –, un gâchis qui représente une perte de 400 euros par an et par foyer », rappelle le ministère de l'Agriculture. Dans le monde, c'est un tiers de la production alimentaire qui est jeté, selon les estimations de la FAO, sensibilisée au problème dès 1974. Pourtant, la lutte contre le gaspillage alimentaire n'est devenu un enjeu international que depuis quelques années seulement. En 2012, la Commission européenne a proclamé 2014 « Année Européenne de lutte contre le gaspillage alimentaire ». C'est à cette date que la Fondation Louis Bonduelle a commencé à travailler sur ce sujet. À l'issue des rencontres annuelles qu'elle a organisées en mai dernier, autour du thème « Comportements alimentaires et gaspillage : pertes alimentaires, déni et contradictions », la Fondation Louis Bonduelle vient de publier une monographie intitulée Le gaspillage alimentaire : enjeux, causes et réalités. Cette étude permet de dresser un constat sur ce fléau mondial et de « montrer les enjeux transversaux qu'il représente à toutes les étapes de la chaîne alimentaire ».
LE CONSOMMATEUR EST DANS LE DÉNI DU GASPI
Au-delà du fait de savoir comment les gens mangent, un sujet qui intéresse l'entreprise Bonduelle en premier lieu, « la fondation s'est inscrite dans l'optique de savoir pourquoi les gens gaspillaient autant », explique Laurence Depezay, nutritionniste à la Fondation Louis Bonduelle, en charge de la publication de cete monographie. « Avant toute chose, précise cette dernière, il faut savoir que le gaspillage est difficile à quantifier parce qu'il est difficile de lui donner une définition précise. En effet, toute la question est de savoir ce que l'on inclut dans le gaspillage ». Une constante toutefois, le gaspillage intervient à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, de la production agricole à la distribution, en passant par la restauration hors domicile, les entreprises agroalimentaires et le consommateur, à des degrés divers toutefois. Ainsi, le consommateur final est un gros gaspilleur, bien qu'il n'en ait pas vraiment conscience. « Les deux tiers des Français estiment être en-dessous de la moyenne nationale des 20 kg de déchets gaspillés par personne et par an, selon un sondage TNS Sofres « les Français et le gaspillage », daté de 2012, et une majorité (54 %) pense que le gaspillage est une priorité contre laquelle il faut lutter. Ils sont dans une sorte de déni de leur propre gaspillage, conclut l'enquête qui montre que les denrées les plus jetées sont celles qui se conservent le moins (restes de repas, plats non terminés), 21 % jettent des fruits, 19 % des légumes et 28 % du pain une fois par mois.
DES COMPORTEMENTS ALIMENTAIRES COMPLEXES
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Sandrine Costa, de l'UMR Marchés et organisations institution stratégies d'acteurs (MOISA), de l'Inra de Montpellier s'est penchée sur les processus parfois complexes qui entourent la mise au rebut d'un produit qu'un consommateur a pourtant acheté volontairement. Outre la fait qu'un plat puisse être raté, ou préparé en trop grande quantité, Sandrine Costa a mis l'accent sur le fait qu'un consommateur « qui a le choix pour son dessert entre un produit particulièrement appétant et un fruit qu'il n'affectionne pas particulièrement, mais qu'il sait bon pour la santé, préférera se faire plaisir ». En clair, il mangera une crème dessert avec une date de conservation lointaine, plutôt qu'une poire qui sera blette dans trois jours et qu'il finira donc par jeter. Autant de mécanismes du comportement qu'il faudrait réussir à casser pour avancer dans la lutte anti gaspi.
Pour autant, moins de gaspillage ne veut malheureusement pas dire moins de faim dans le monde. Le gaspillage ne survient pas au même stade du système alimentaire d'une région à l'autre. Globalement, dans les pays du sud, les pertes surviennent après la récolte, alors que dans les pays du nord elles surviennent majoritairement au stade de la distribution, de la restauration et de la consommation. « Même si les systèmes alimentaires sont de plus en plus connectés à l'échelle mondiale, ils ne fonctionnent pas en vases communicants. De plus, ce n'est pas la disponibilité qui pose problème, mais son accessibilité à des populations qui n'ont pas les moyens de l'acheter », prévient Barbara Redlingshöfer, ingénieur d'études à l'Inra. Depuis deux ans, l'institut est partenaire du projet européen Fusions, qui s'achève en 2016 et dont l'objectif est de définir la notion de gaspillage, quantifier les pertes et harmoniser les mesures publiques et privées de réduction « en s'appuyant notamment sur des innovations sociales », note la chercheuse.
DES INITIATIVES FLEURISSENT
De son côté la Fondation Bonduelle soutient différents projets depuis sa création en 2004 visant à aider les individus à améliorer leurs habitudes alimentaires. En 2013, sur le thème du gaspillage alimentaire, elle a apporté son soutien à plusieurs projets en France, mais également à l'international, au Liban, au Bénin et au Canada. Parmi les projets phares en France, notons la Brigade des compotes (des cueilleurs bénévoles récoltent de fruit chez des particuliers donateurs pour les distribuer aux plus démunis), la Soupe aux cailloux (ateliers de cuisine pour apprendre à cuisiner et utiliser les restes) et la Tente des glaneurs de Grenoble (récupération de produits auprès des commerçants et redistribution de manière équitable). Des initiatives qui sont loin d'être isolées en France.
(1) http: //alimentation.gouv.fr /journee-antigaspi-appel-a-projets
– 1/3 des denrées alimentaires produites au niveau mondial est gaspillé
– Les pertes interviennent tout au long de la chaîne alimentaire
– En France : les déchets alimentaires représentent 79 kg / personne / an dont 20 kg de nourriture gaspillée « évitable » : 13 kg de restes de repas, de fruits et légumes abîmés, du pain... et 7 kg sont des denrées qui n'ont jamais été déballées
– 1er contributeur : le consommateur par manque connaissance ou de savoir-faire au niveau du rangement, des méthodes de conservation et de la préparation des restes
– 3 groupes d'aliments concernés : fruits & légumes, racines & tubercules, viande & poisson.
*source : Monographie Le gaspillage alimentaire : Enjeux, causes et réalités (Fondation Louis Bonduelle)