Abonné

Questions sociales Fraises espagnoles et atteintes aux droits des travailleurs

- - 3 min

Selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, le système espagnol de recrutement dans leur pays d’origine de milliers de saisonniers employés pour la récolte des fraises, en Andalousie notamment, et le cadre juridique peu protecteur qui leur est appliqué, sont à l’origine d’« atteintes aux droits des travailleurs ».

À Huelva, en Andalousie, la culture intensive de la fraise, destinée à être exportée de manière précoce vers les marchés européens, fait appel pendant quelques mois de l’année à une main-d’œuvre temporaire abondante (plus de 50 000 personnes), principalement constituée de travailleurs migrants, explique un rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) intitulé Main-d’oeuvre importée pour fraises exportées. Dans le but à la fois de subvenir aux besoins en main-d’œuvre, et de réguler les flux migratoires, le gouvernement espagnol a mis en place le système de la contratación en origen visant à recruter « à la source» dans leur pays d’origine quelques milliers de personnes qui seront convoyées puis réparties dans les plantations où elles travailleront jusqu’à la fin de la saison de la fraise, s’engageant à revenir dans leur pays dès la fin de leur contrat. « Avec l’entrée dans l’Union européenne de la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie, le recrutement à la source concerne désormais des travailleuses marocaines, poursuit la FIDH. Ce système original est souvent érigé en exemple des avantages de la migration circulaire, un modèle promu par les institutions de l’Union européenne afin de pourvoir aux besoins en main-d’œuvre de l’Europe tout en garantissant la non-installation des migrants sur son sol ». Pourtant, « conjugué à un cadre juridique peu protecteur pour les travailleurs agricoles saisonniers en Andalousie, ce système induit des atteintes aux droits des travailleurs ».

Situation de dépendance

Pour l’ensemble de ces travailleurs, les jours non travaillés n’étant pas rémunérés, il n’existe pas de garantie de revenu minimal, précise le rapport. Par ailleurs, les règles de représentation syndicale empêchent tout type de représentation des saisonniers agricoles qui ne peuvent quasiment jamais répondre aux conditions d’ancienneté requises. La mission de la FIDH a pu aussi constater que les conditions de logement (réservé en général aux travailleurs migrants) sont très variables, un problème récurrent étant leur éloignement des centres urbains et l’absence de système de transport. Le rapport s’inquiète particulièrement des conditions de travail et de vie des femmes marocaines, recrutées selon des critères discriminatoires et qui pour la majorité, ne parlent pas du tout espagnol, et se trouvent totalement dépendantes de leur employeur sans lequel elles ne pourront revenir pour une autre saison en Espagne. Enfin, note le rapport, le contrat de travail n’incluant pas de date de fin, celui-ci peut être interrompu à tout moment et les travailleuses recrutées à la source renvoyées dans leur pays, leur droit de séjour étant lié au contrat de travail. La FIDH adresse donc des recommandations aux autorités espagnoles afin de renforcer la protection des travailleurs saisonniers agricoles, d’intensifier les inspections du travail et d’offrir un meilleur accompagnement social des migrants. Elle demande à l’Espagne de ratifier la Convention internationale sur les droits des travailleurs migrants et les membres de leur famille.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.