Grêle, gel, tempête, sécheresse … Depuis trois ans, les aléas climatiques s'enchaînent et les agriculteurs en pâtissent. De fait, les assurances jouent leur rôle. François Schmitt, président de Groupama grand Est, s'inquiète de la situation qui fait perdre plusieurs millions d'euros dans ce domaine au groupe et demande un signal positif des pouvoirs publics.
Pouvez-vous dresser un bilan de l'année 2013 au niveau climatique ?
En 2013, 48 % des indemnisations climatiques sont le fait de la grêle. Toutes les régions ont été impactées ainsi que tous les secteurs : l'arboriculture, la viticulture et les grandes cultures. Avec un impact deux fois plus important en moyenne qu'il y a trente ans. L'année 2013 a été exécrable sur le plan climatologique. On a versé 290 millions d'euros d'indemnités alors qu'on a encaissé 240 millions d'euros. Le problème c'est que 2013 suit 2012 et 2011, deux mauvaises années. J'espère juste que c'était un cycle de trois années très défavorables et que cette année sera meilleure.
Justement pour cette année, il fait beau depuis plusieurs semaines, quels sont les impacts ?
La campagne 2014 est déjà globalement bien avancée au niveau des cultures, on a quinze jours à trois semaines d'avance sur le cycle végétatif. Le premier risque, c'est celui du gel. Il fait actuellement sec et chaud sur une grande partie du pays. Même si les nappes sont reconstituées, après un hiver très arrosé, les cultures qui ont des enracinements de mauvaise qualité vont être très sensibles au chaud. On a besoin de pluviométrie régulière.
L'assurance fourrage est un sujet datant de plusieurs années, où en est Groupama dans cette réflexion ?
On a démarré une expérimentation en 2006-2007 puis on a modifié le modèle pour passer à de la surveillance par photo satellite. Aujourd'hui, les derniers travaux du groupe de travail (constitué par le ministère de l'agriculture l'année dernière) et tous les assureurs ont trouvé que le marché n'était pas tout-à-fait prêt, qu'il fallait attendre 2018 pour permettre des subventions. L'objectif du gouvernement est de pouvoir proposer un dispositif sûr, utilisable pour protéger toutes les productions.
Certains viticulteurs, par exemple, ne veulent pas s'assurer, pourquoi ? On est en droit de se demander si les produits proposés par l'assurance sont adaptés…
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Les produits de l'assurance grêle sont disponibles depuis plusieurs décennies. Si on prend les vignobles du Vouvray par exemple, on se rend compte que seulement 15 % des viticulteurs sont assurés contre la grêle. Aujourd'hui, compte tenu de la violence et de la fréquence des évènements climatiques, c'est difficile de comprendre l'argument des tarifs. Le taux de couverture multirisque est de 35 % pour les grandes cultures et de 18 % pour la viticulture avec une hétérogénéité sur le territoire. Ce taux de couverture se développe régulièrement et doucement. En 2013, un contrat sur deux de multirisque climatique a fait l'objet de déclaration de sinistre, ce qui prouve que nos produits sont adaptés. Pour un agriculteur sur deux, le climat a impacté leur production.
Se pose également la question de l'assurance obligatoire, à quelle condition pourrait-on l'imaginer ?
Quand on regarde ce qui se passe dans le monde, il n'y a pas d'exemples de pays qui ont su développer un dispositif assurantiel sans subvention forte des pouvoirs publics. A minima, c'est les deux tiers, et en Chine, la subvention va jusqu'à 80 %. Ce n'est pas ça qu'on demande. Nous demandons une base de cotisation assez large pour pouvoir garantir une mutualisation. La pérennité du système dépend également de la stabilité des souscriptions, ce qui ne sera possible qu'avec une enveloppe de subventions suffisante et pérenne. Dans le cas contraire, il existe un fort risque d'opportunisme et d'anti-sélection avec un achat d'assurance pour les exploitants les plus exposés. Ce qui remettrait en cause l'atteinte de l'équilibre technique.
Comment Groupama envisage l'avenir pour l'année 2014 ?
Début avril, le ministère a fait état de l'enveloppe des cotisations : il y a un besoin de 105 millions de subventions mais il n'y en a que 77 millions disponibles. De fait, le stabilisateur budgétaire va être mis en œuvre. Cela se traduit par une réduction des subventions, notamment pour les grandes cultures. Notre inquiétude porte sur le fait que l'enveloppe sera seulement de 80 millions d'euros jusqu'à 2018. Nous, on est inquiets de voir une partie de nos assurés quitter le dispositif et ne plus se couvrir en multirisque climatique. C'est un très mauvais signal envoyé par les pouvoirs publics. J'ai peur qu'on aille jusqu'à la mort technique du dispositif. On ne continuera pas à perdre des dizaines de millions tous les ans.
DANS un communiqué du 16 avril, la Fédération des producteurs d'oléo-protéagineux (Fop) affirme sa « stupeur » devant la baisse des soutiens publics à l'assurance récolte. Ces soutiens, qui ont été annoncés en début de mois, passent, selon elle, de 65% des cotisations à 43% « laissant en moyenne 29 €/ha à la charge des agriculteurs. « Seuls les producteurs de grandes cultures sont concernés par l'application de ce stabilisateur », insiste la Fop. À l'heure où il est question de mettre en place un système de gestion des risques, « il me semble indispensable que le ministre de l'Agriculture intervienne pour obtenir l'affectation d'un budget spécifique complémentaire », affirme Gérard Tubéry, président de la Fop.