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OMC Front agricole euro-japonais contre un excès de concessions

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Les dirigeants des organisations agricoles du Japon et de l’UE ont signé à Bruxelles une déclaration conjointe dans laquelle ils attirent l’attention des décideurs politiques et du public sur les dangers que font peser sur le monde agricole les récentes évolutions des négociations à l’OMC. Selon eux, l’orientation actuelle de ces négociations entraînerait immanquablement une réduction de la production agricole de l’UE et du Japon et accroîtrait davantage la dépendance des consommateurs vis-à-vis des importations.

Nous craignons que les nouvelles propositions présentées à l’OMC rendent impossible la prise en compte des principales préoccupations des citoyens de l’UE, du Japon et de nombreux autres pays », affirme la déclaration commune des dirigeants agricoles européens du Copa-Cogeca et japonais du Ja Zenchu. Celle-ci rappelle que l’UE est déjà le plus grand importateur mondial pour ce qui est de ses besoins alimentaires et qu’elle deviendrait encore plus dépendante des importations pour une série de denrées alimentaires de base telles que la viande bovine, la viande de volaille, la viande porcine, le beurre, le sucre, les fruits et légumes et les œufs. Rien que pour la viande bovine, avertit-elle, la production européenne chuterait de près de 800 000 tonnes, soit l’équivalent de la production totale de viande bovine d’un pays tel que le Royaume-Uni. Les signataires constatent une volatilité plus forte des prix des produits agricoles sur les marchés mondiaux, tendance que le changement climatique ne fera qu’accentuer et à laquelle « un accord à l’OMC ne fera que nous exposer davantage ». Concernant le Japon, les dirigeants agricoles relèvent que son taux d’autosuffisance alimentaire a chuté à 39 % seulement alors que les producteurs de riz ont été obligés de mettre en jachère un tiers de la superficie totale de leurs champs de riz paddy. « Ce taux d’autosuffisance », estiment-ils, ne pourra être augmenté que si « la capacité des producteurs japonais à fournir des aliments de base n’est pas mise à mal par l’ouverture des marchés ».

Non aux propositions Falconer

S’ils reconnaissent que l’ouverture des marchés peut contribuer à promouvoir la croissance et l’emploi dans le monde et à faire reculer la pauvreté et la famine dans les pays en développement en particulier, les dirigeants agricoles euro-japonais ne sont pas prêts à accepter les dernières propositions de Crawford Falconer, le Président des négociations agricoles à l’OMC. « Il propose maintenant des réductions de droits de douane s’élevant en moyenne à 54 % et qui pourront même se monter à 85% pour certains produits. Ces diminutions sont excessives et pourraient provoquer d’énormes dégâts ».

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Les syndicalistes agricoles affirment par ailleurs qu’un tel accord agricole menacerait également la production dans les pays en développement les plus pauvres. Les agriculteurs se verraient confrontés à une concurrence croissante de la part des grandes exploitations et des opérateurs multinationaux du Brésil et des Etats-Unis.

Sécurité alimentaire et stabilité mondiale

« Les récentes évolutions sur les marchés mondiaux pour les produits de base agricoles suscitent de véritables préoccupations en matière de sécurité alimentaire et de stabilité. J’en veux pour preuve l’initiative prise récemment par le Premier ministre britannique qui a enjoint le G8 Etats-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada et Russie à agir sur ces questions » , estime pour sa part Jean-Michel Lemétayer, le président du Copa. Un G8 que préside cette année le Japon, lequel a déjà annoncé qu’il organiserait deux réunions entre dirigeants gouvernementaux sur deux priorités, le développement en Afrique et le changement climatique, en marge du sommet du G8 en juillet prochain. Pour le premier de ces sommets parallèles, sur l’Afrique, le Japon a invité les dirigeants de huit pays du continent (Afrique du Sud, Algérie, Egypte, Ethiopie, Ghana, Nigeria, Sénégal et Tanzanie) outre les membres du G8. A ce propos, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a écrit à son homologue japonais pour lui demander de préparer des propositions visant à améliorer la situation alimentaire en Afrique.