Réunis les 13 et 14 mai à Stuttgart (Allemagne), les ministres de l’Agriculture du G7 se sont engagés à poursuivre l’approvisionnement alimentaire en Ukraine et à soutenir son agriculture. Ils appellent aussi à améliorer la surveillance des prix des denrées alimentaires et à maintenir les marchés ouverts. En parallèle, ils se sont alarmés du blocage par l’Inde de ses exportations de blé, craignant une nouvelle hausse des prix.
En raison de l’invasion russe en Ukraine, « nous nous engageons à poursuivre l’approvisionnement alimentaire des Ukrainiens et à aider leurs agriculteurs à accéder aux intrants essentiels, notamment le carburant, les engrais, les aliments pour animaux et les semences », ont déclaré dans un communiqué final les ministres de l’Agriculture du G7 à l’issue de leur réunion des 13 et 14 mai à Stuttgart. En parallèle, ils ont aussi indiqué qu’ils aideront l’Ukraine à reprendre ses exportations agricoles. Une initiative notamment proposée par l’UE depuis le 12 mai à travers un plan d’action pour « les voies de solidarité UE-Ukraine ». « 20 Mio t de céréales doivent quitter les silos d’Ukraine d’ici trois mois avant la prochaine récolte », selon le ministre ukrainien Mykola Solsky invité à participer à la réunion.
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Les ministres se sont également engagés à surveiller les prix des intrants et des denrées alimentaires, qui devraient augmenter à la suite de la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, ils demandent au Système d’information sur les marchés agricoles (AMIS) du G20, à la FAO et à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de fournir des analyses et des recommandations pertinentes, notamment sur les répercussions relatives à la sécurité alimentaire, la volatilité des prix des denrées alimentaires et les niveaux des stocks alimentaires. Et d’indiquer qu’ils allaient s’efforcer d’élargir la base des donateurs de l’AMIS afin d’obtenir des moyens de financer cette initiative. Sur les marchés des intrants, les ministres de l’Agriculture du G7 soulignent la nécessité de travailler étroitement avec le G20 afin de fournir des données en temps utile et des informations complètes et transparentes.
Maintien des marchés ouverts
Les ministres ont convenu qu’il était crucial de stabiliser les marchés en évitant de stocker excessivement des produits agricoles. À cette fin, ils se sont prononcés contre le blocage des exportations et ont appelé à maintenir les marchés ouverts. Sur ce point, ils condamnent fermement les restrictions à l’exportation injustifiées (enjeu qui sera au centre des débats lors de la douzième conférence ministérielle de l’OMC des 12 et 15 juin) imposées par la Russie, tout comme ils s’insurgent contre le vol et la confiscation des biens et des céréales dans l’est de l’Ukraine menés par Moscou. « C’est une manière particulièrement répugnante de mener la guerre », avait réagi lors d’un point presse le 13 mai, le ministre allemand de l’Agriculture (qui préside le G7), Cem Özdemir.
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Inquiétudes autour du blé
En outre, les ministres du G7 se sont alarmés du risque d’aggravation de la crise alimentaire mondiale suite à la décision de l’Inde (deuxième plus grand producteur de blé au monde mais n’exportant que 7,21 Mio t en 2021 dont la moitié est destinée au Bangladesh) d’interdire les exportations de blé. Une mesure qui pourrait engendrer une volatilité des prix accrue, alors que le marché du blé est déjà sous forte tension en raison de la guerre en Ukraine. Confrontée à une grave sécheresse depuis deux mois, New Delhi explique que « ces conditions climatiques allaient entraîner, pour la première fois en six ans, une baisse de la récolte de blé, d’au moins 5 % par rapport à 2021 ». Quelque 110 Mio t avaient été récoltées l’an dernier. La mesure ne concerne que les exportations futures et non les contrats conclus avant le décret. Une décision surprenante alors que le pays avait indiqué vouloir porter ses exportations annuelles de blé, à compter du 1er avril, de 7 à 10 Mio t. Des délégations devaient même se rendre dans plusieurs pays d’Afrique du Nord, en Turquie, au Vietnam, en Thaïlande ou encore au Liban afin d’étudier des plans de renforcement des exportations de blé depuis l’Inde. Après l’annonce de ce décret, le cours du blé a battu un nouveau record le 16 mai, en atteignant 435 € t. De son côté, les États-Unis ont indiqué le 16 mai qu’ils espéraient que New Delhi revienne sur cette mesure qui « accentue la pénurie de cette denrée dans le monde ».
Dans ce contexte, les ministres de l’Agriculture du G7 ont « recommandé » d’évoquer cette mesure lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement du G7 en juin, où l’Inde sera présente en tant qu’invitée.
Faim dans le monde : les Nations Unies appellent à des actions urgentes
Pour lutter à court terme contre l’insécurité alimentaire mondiale, « il est crucial de réduire la pression sur les marchés en augmentant l’offre de nourriture et d’engrais. Il ne devrait y avoir aucune restriction sur les exportations, et les excédents doivent être mis à la disposition de ceux qui en ont le plus besoin » a déclaré le 18 mai à New-York, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, à l’occasion d’une réunion ministérielle sur la faim dans le monde. Avant d’ajouter que « le financement est essentiel. Les pays en développement doivent ainsi avoir accès à des liquidités afin de pouvoir offrir une protection sociale à tous ceux qui en ont besoin. Il n’y a pas de réponse à la crise alimentaire sans réponse à la crise financière ». Il a également appelé les gouvernements « à soutenir la production agricole et investir dans des systèmes alimentaires résilients qui protègent les petits producteurs de denrées alimentaires ». Sur le plan humanitaire, il exige que « toutes les opérations doivent être entièrement financées pour prévenir la famine et réduire la faim ». Sur ce point, le directeur général de la FAO, Qu Dongyu a rappelé que leur besoin financier était « de 1,5 Mrds $ pour aider 50 Mio de personnes en 2022 grâce à des interventions agricoles urgentes pour lutter contre la faim aiguë ».