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Gel : premières demandes des filières les plus touchées

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Convoquées à une réunion de crise le 12 avril, les filières les plus affectées par le gel ont présenté leurs demandes de soutien au ministre de l’Agriculture. Une deuxième réunion est prévue le 19 avril avec d’éventuels arbitrages à la clef.

Plusieurs centaines de milliers d’hectares de cultures ont été touchés ou détruits par le brutal épisode de gel qui a sévi la semaine du 5 avril, après une forte hausse des températures fin mars. C’est « un épisode d’une extrême violence qui a causé des dégâts extrêmement significatifs. On estime que plusieurs centaines de milliers d’hectares de vignes, d’arboriculture, de grandes cultures ont été impactés ces dernières heures », déclarait le ministre de l’Agriculture en visite le 9 avril dans un vignoble de Parçay-Meslay (Indre-et-Loire), près de Tours.

Trois jours plus tard, le lundi 12 avril, Julien Denormandie réunissait en cellule de crise les filières agricoles et l’APCA pour faire un premier état des lieux et recenser les demandes de chaque filière. Une réunion à laquelle ont aussi participé le secteur assurantiel, le secteur bancaire et la MSA, pour indiquer quel soutien ils peuvent apporter aux producteurs affectés par les gelées. Chaque acteur devait envoyer par écrit au ministère, en début de semaine, un récapitulatif de ses positions d’ici une nouvelle réunion de crise le 19 avril.

Chômage partiel, appui humain et PGE

Côté fruits, la directrice de la FNPF (FNSEA) Stéphanie Prat déplorait le 8 avril « une semaine noire » qui n’a épargné aucun bassin de production et aucune espèce. Côté vignes, le gel a provoqué la perte d’environ un tiers de la vendange à venir (au moins 2 Mrd€) selon le président du conseil viticole de FranceAgriMer, Jérôme Despey.

Les deux filières appellent le gouvernement à mettre en œuvre des mesures de chômage partiel. En parallèle, elles requièrent des « mesures d’accompagnement humain ». « Il faut se rendre compte que la profession a vécu un drame et qu’il y aura un impact psychologique important chez les producteurs », souligne la directrice de la FNPF. Une catastrophe liée au gel conjuguée à la surtaxe américaine qui met à mal les crus français sur les marchés mondiaux, rappelle Jérôme Despey.

Pour soulager les trésoreries, elles demandent la création d’un prêt garanti d’État (PGE) agricole, ou l’assouplissement du dispositif PGE créé durant l’épidémie de Covid-19.

Mesures fiscales et sociales

Aussi, les filières demandent un dégrèvement de la TFNB ainsi qu’une exonération des charges sociales : en 2021 pour l’arboriculture, en 2022 pour la viticulture. L’arboriculture souhaite également « un déplafonnement de la déduction pour épargne de précaution (DEP) et une défiscalisation ». Une demande sur laquelle la profession viticole pourrait prendre position dans les prochains jours lors d’un groupe de travail fiscal, indique la Cnaoc (AOC viticoles).

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Les deux filières demandent aussi le renforcement des contrôles aux frontières pour lutter contre la francisation, étant donné que la production française sera moindre cette année. En outre, elles appellent le gouvernement à « accélérer le mouvement » sur la réforme du système assurantiel – dossier qui traîne en longueur depuis juin 2019.

L’arboriculture veut étendre les calamités

De plus, l’arboriculture a présenté plusieurs demandes spécifiques à la filière. Dans le cadre du régime des calamités agricoles, et au-delà du déplafonnement du FNGRA promis par Jean Castex, elle réclame « une tranche supplémentaire d’indemnisation comme ça a été le cas en 2012 » et « globalement une meilleure indemnisation sur tout le dispositif », indique Stéphanie Prat. Elle souhaite un report des prêts bancaires, notamment pour les jeunes agriculteurs.

Enfin, alors qu’il reste des fonds sur l’enveloppe de 100 M€ ouverte dans le cadre du plan de relance pour aider les producteurs à s’équiper face aux aléas climatiques, la FNPF demande l’assouplissement des critères d’éligibilité. « [Dans le cadre de cette enveloppe] les investissements sont accompagnés à hauteur de 30 % et plafonnés à 40 000 €. Mais en matière de lutte contre les aléas climatiques, les investissements peuvent vite chiffrer à l’hectare. Malheureusement là, avec des trésoreries qui vont être exsangues, on souhaite que l’accompagnement soit renforcé, sinon ça réduira largement les personnes qui pourront y prétendre », explique Stéphanie Prat.

La viticulture veut prolonger le stockage privé

Face aux conséquences de ce gel « pire qu’en 2017 » encore présent dans les esprits, Jérôme Despey a demandé au ministre au nom des viticulteurs, des coopératives et des maisons de négoce, des mesures spécifiques à la viticulture, « qui ne coûtent rien à l’État ». Il s’agit de la prolongation jusqu’au 31 décembre du stockage privé, qui était prévu jusqu’au 30 juin. Prolonger le stockage privé permettrait d’éviter que soient libérés dès juillet des stocks sur le marché, avant la petite vendange qui s’annonce. La libération des stocks à la fin de l’année sera en revanche la bienvenue car l’objectif est « d’éviter de perdre des parts de marché ».

Les betteraviers visent le PSN

La CGB (betteraviers) réclame de son côté « des mesures de soutien exceptionnelles », lors d’une conférence de presse le 12 avril. Et le président Franck Sander d’ajouter : « À moyen terme, bâtissons un dispositif financier pour affronter le risque jaunisse ; à long terme, intégrons dans notre PSN un dispositif ambitieux de gestion des risques économiques, climatiques et sanitaires tel que le permet le règlement omnibus. »

« Lutter contre la francisation »

« Calamités : tranche supplémentaire d’indemnisation »