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Produits laitiers General Mills, Lactalis : les grandes manœuvres

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Le secteur laitier n’a pas fini de se consolider. Alors que PAI Partners et Sodiaal ont annoncé des négociations exclusives avec General Mills, ce qui ouvre à ce dernier de nouveaux marchés dans les produits laitiers frais (il n’était jusque là présent qu’aux Etats-Unis dans ce secteur), Lactalis, candidat éconduit, s’est tourné vers Parmalat, dont il a pris 29 % du capital. Le groupe italien offre à Lactalis des têtes de pont au Canada, en Australie et en Amérique du Sud, zones où il n’est pas présent.

La fin du feuilleton Yoplait semble proche. General Mills est en négociation exclusive pour reprendre les 50 % de PAI Partners, avec une offre qui valorise Yoplait à 1,6 Md EUR, soit plus de dix fois le résultat d’exploitation (150 M EUR selon Les Echos). Le groupe américain doit également reprendre 1 % de la participation de Sodiaal, pour une somme qui reste à déterminer. Un pacte d’actionnaire doit être signé dans les prochains jours. Comme prévu, Sodiaal resterait donc un actionnaire de référence de la société opérationnelle et garderait le co-contrôle de la société détentrice des marques. L’opération aura été juteuse pour PAI Partners, qui avait acheté la moitié de Yoplait pour 71 M EUR en 2002 et indique avoir investi 200 M EUR depuis. Pour rappel, en 2009/2010 Yoplait pesait 4,6 Mds EUR en ventes consommateurs (1 Md en propre et 3,6 Mds via les franchises).

Yoplait : les intérêts de Sodiaal garantis

General Mills est le principal franchisé de Yoplait, marque qu’il a amenée au rang de leader aux Etats-Unis. Son projet industriel pour Yoplait prévoit « un renforcement de ses positions en Europe de l’Ouest ainsi qu’une accélération de son développement à l’international, notamment dans les marchés émergents où General Mills possède des activités autour de marques fortes, comme en Chine avec Häagen-Dazs ou en Inde avec Pillsbury », indique un communiqué. Yoplait avait remis en cause son contrat de franchise avec General Mills l’an passé, estimant les royalties perçus trop faibles. Une opération qui a pu être destinée à inciter General Mills au rachat. Un nouvel accord a en tout cas été trouvé sur ce sujet. La candidature de Nestlé, un temps cité comme favori, a pu être évincée du fait de la présence de Lactalis, majoritaire de la joint-venture Lactalis Nestlé Produits Frais. Quant à l’opération séduction de Bright Food, à l’origine de l’offre la mieux disante, elle n’aura pas suffi. La proposition de General Mills a été approuvée à l’unanimité par le conseil d’administration de Sodiaal, chez qui on indique avoir toutes les garanties requises quant à la nationalité de l’entreprise ainsi que le maintien du siège et de la R & D en France. Sodiaal aura un droit de veto sur toutes les décisions stratégiques, précise-t-on par ailleurs. Enfin, le management devrait rester en place.

Le FSI toujours sur les rangs

La réaction de Christine Lagarde et de Bruno Le Maire ne s’est pas faite attendre. Ils indiquent dans un communiqué que le gouvernement « sera attentif à la mise en place par les actionnaires d’un plan industriel de développement favorable à l’emploi, à l’innovation et aux producteurs de lait » et rappellent que « le FSI examine pour sa part l’opportunité d’accompagner ce projet d’investissement dans Yoplait ». D’après Les Echos, « une des pistes à l’étude serait à terme pour le FSI et Sodiaal de créer une holding commune intégrant éventuellement d’autres partenaires français. Cette structure porterait les 49 % de Sodiaal dans la société opérationnelle de Yoplait. Elle pourrait ainsi souscrire à hauteur de sa part aux augmentations de capital qui devraient avoir lieu pour financer le développement international de Yoplait. » Cette solution éviterait ainsi la dilution des intérêts français lors du développement en propre de Yoplait.

General Mills est encore très américain

En 2009/2010, General Mills a généré un chiffre d’affaires de 14,8 Mds de dollars, ce qui en fait le sixième groupe agroalimentaire mondial. L’essentiel des ventes (10,3 Mds de dollars) est réalisé auprès de la grande distribution aux Etats-Unis, où Yoplait pèse 15 % de l’activité. La boulangerie et le foodservice pèsent, eux, 1,8 Md de dollars et l’international 2,7 Mds de dollars. Les joint-ventures, Cereal Partners Worldwide avec Nestlé et Häagent-Dazs Japan pèsent 1,2 Md (dont 85 % pour CPF). General Mills est notamment connu pour les marques Wheaties, Cheerios, Géant Vert, Old el Paso et Häagen-Dazs. Son activité dans les produits laitiers frais se cantonne jusqu’à présent à la licence Yoplait aux Etats-Unis. En France, General Mills a notamment une usine Häagen-Dazs à Arras (80 % de la production est exportée) et a un partenariat avec Euralis pour Géant Vert.

Les ambitions de Lactalis pour Parmalat

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Dans le même temps, Lactalis, candidat éconduit à la reprise de Yoplait, annonce avoir pris 29 % du capital de Parmalat, devenant ainsi premier actionnaire du groupe italien. Une annonce faite en trois temps, avec d’abord 11,4 %, puis 13,7 %, puis l’annonce d’un accord avec les fonds Zenit Asset Management AB, Skagen AS et Mackenzie Financial Corporation pour environ 15,3 %. Cette transaction, estimée à environ 750 ME, valorise Parmalat à 4,9 MdsE. La semaine passée, Lactalis indiquait par ailleurs ne pas souhaiter monter au capital au-delà de 30 %, ce qui l’obligerait à lancer une OPA, souhaitant seulement devenir l’actionnaire industriel de référence. Il faut dire que les deux groupes pourraient bénéficier de complémentarités produits et géographiques. Lactalis, qui détient déjà une position de leader en Italie depuis la reprise de Galbani, est ainsi bien représenté en Europe de l’Est, tandis que Parmalat réalise une part importante de son activité au Canada et en Australie et est présent en Amérique du Sud, des zones où Lactalis n’est pas présent.
Quel est ce groupe que Lactalis ajoute aujourd’hui à son escarcelle ? Le nom Parmalat est célèbre. Mais il évoque encore, dans les milieux d’affaires, l’ancien Parmalat, Parmalat Finanziaria Spa, dont la banqueroute frauduleuse en 2003, lui a valu d’être comparée, à Enron (version européenne). A l’époque, les autorités découvrent un trou de 18,6 milliards de dollars dans les comptes de la société, présidée par Calisto Tanzi, ce qui a valu à ce dernier d’être condamné à 18 ans de prison.

Un actionnariat divisé

Depuis, la nouvelle société Parmalat, Parmalat Spa cotée à la bourse de Milan depuis 2005, a été restructurée, et remise sur pied par Enrico Bondi dont la stratégie est pourtant remise en cause. Compte tenu de l’entrée en lice surprise de Lactalis, et de la volonté des Pouvoirs Publics italiens de voir émerger une solution italienne, la prochaine Assemblée Générale de Parmalat, le 14 avril, s’annonce riche en rebondissements ! Pour barrer la route à Lactalis et aux fonds, le gouvernement italien a en effet indiqué être « très favorable » à une alliance d’investisseurs de la péninsule. Les banques Intesa-San Paolo et Unicrédit pourraient en être le pivot tandis que le groupe laitier Granarolo et le géant du chocolat Ferrero ont fait part de leur intérêt. Tandis que les Italiens seraient prêts à garder Enrico Bondi en place, la liste de candidats proposée par Lactalis pour le conseil d’administration ne contient pas son nom.
En attendant le jour J, Parmalat se présente aujourd’hui comme un « groupe global actif dans les produits laitiers et les jus de fruits », réalisant un chiffre d’affaires de 4,301 milliards d’euros et dégageant un EBITDA de 377 millions d’euros et un bénéfice opérationnel de 215 millions d’euros.

Le lait liquide cœur de métier

Même s’il ambitionne d’être un acteur clé des « aliments fonctionnels à valeur ajoutée », son cœur de métier reste le lait liquide, aromatisé ou non (lait UHT,…) qui représente 59% de ses ventes (voire plus avec les dérivés). En Italie, il détient par exemple 35% de part de marché du lait UHT, 24,8 % du lait pasteurisé et 34,2 % de la crème UHT. Les jus de fruit ne représentent encore que 6 % de l’activité globale de Parmalat, et les fromages 17 %.
L’équipe en place a considérablement modifié la physionomie du groupe. Elle a clarifié les structures et ramené le nombre de filiales de 171 à 56, dégonflé la dette et les charges financières et mené les multiples procédures en cours sur le plan juridique. Le tout en investissant dans des créneaux plus porteurs (lait aromatisé, produits sans lactose,…), les innovations (26 en 2010) et les marques « globales » (Parmalat et Santàl – jus de fruits), et internationales (Zymil, Lactantia-beurre).

Un groupe international

Sur le plan géographique, le groupe de Parme, reste ancré sur ses terres d’origine puisque l’Italie pèse encore 22,4% du chiffre d’affaires du groupe. Mais il couvre des marchés très variés, du Canada (37,4% du CA) à l’Afrique (Afrique du Sud, Mozambique,…) en passant par l’Australie (17,3 %).
Sans compter qu’il conserve tout de même quelques pépites et beaux vestiges de l’ancien Parmalat, notamment en Amérique Latine, où la marque est présente soit en direct (Venezuela, …) soit par le biais de franchises (au Brésil). Présent directement dans 16 pays dont la Russie, la Roumanie et le Portugal, il est également implanté au travers de franchises sur 10 pays marchés (Chine, Brésil, Chili, République Dominicaine, Mexique, Nicaragua, Uruguay, Espagne, Hongrie, Etats-Unis). Une couverture internationale, qui a de quoi séduire Lactalis, lequel renforce également son portefeuille produit dans… les yaourts, malgré l’échec de l’offre faite sur Yoplait.