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Groupama veut créer un pool de co-assureurs à l’espagnole

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Parmi les sujets discutés dans le cadre de la réforme de la gestion des risques agricoles, Groupama soutient l’idée qu’il faudrait s’inspirer de l’Espagne en créant un pool de co-assureurs. Les explications de la directrice du marché agricole de Groupama, Delphine Létendart.

Quelle est l’importance de l’assurance agricole en Espagne ?

Le système espagnol d’assurance agricole existe depuis quarante ans. Il a connu plusieurs évolutions et, aujourd’hui, les assureurs et les pouvoirs publics considèrent que c’est un outil essentiel pour améliorer la résilience des exploitations face au changement climatique. Le gouvernement espagnol a fait le choix de l’assurance agricole subventionnée comme outil unique en matière de gestion des risques climatiques.

Par conséquent, les agriculteurs espagnols, en particulier ceux des filières fragiles, sont fortement assurés. Près de 80 % des producteurs de fruits (pêches, abricots, pommes, poires) le sont, et bénéficient d’une offre adaptée à leurs productions. Les agriculteurs choisissent leur assureur en fonction de la qualité de service offerte, mais le produit technique est le même et c’est le pool de co-assureurs Agro Seguro qui organise les expertises et gère les contrats. C’est donc un modèle très différent du système français.

Dans quelle mesure souhaitez-vous mettre en œuvre ce modèle en France ?

En Espagne comme en France, ce sont des assureurs privés qui distribuent et qui portent le risque en première intention. La particularité du modèle espagnol réside dans la place très forte qu’occupent les pouvoirs publics puisqu’ils réassurent en grande partie le dispositif et en organisent la gouvernance.

En France, on n’a pas besoin de réassurance publique pour les risques agricoles. La capacité financière des réassureurs privés est aujourd’hui suffisante pour accompagner le développement du marché français de l’assurance agricole, ce n’est donc pas une demande de notre part. Quand nous disons que nous voudrions mettre en place un système à l’espagnole, c’est pour la partie gouvernance et la mutualisation des risques entre assureurs.

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En quoi consiste cette gouvernance et cette mutualisation des risques que vous voulez mettre en place ?

Face au dérèglement climatique, nous considérons que le socle de mutualisation est très insuffisant (seules 30 % des surfaces en grandes cultures et en vignes sont assurées, moins de 5 % en arboriculture). Le principal risque est de ne plus être en mesure, à l’avenir, d’assurer les cultures ou alors à des coûts tellement élevés que les agriculteurs ne pourront pas les financer. C’est d’ailleurs ce que l’on commence à observer avec l’arboriculture. En permettant la mutualisation, on réduit la volatilité des risques, à l’instar de ce qui a été fait en Espagne, et on favorise le développement de l’assurance récolte.

Nous proposons donc, dans le cadre du Conseil de l’agriculture française (CAF), de créer un pool associant les assureurs et les réassureurs privés afin de mutualiser les portefeuilles de risques, tout en maintenant un environnement concurrentiel. Les pouvoirs publics, au travers de la Caisse centrale de réassurance (CCR) par exemple, joueraient le rôle de tiers de confiance. Ils seraient également le référent sur la tarification technique des polices d’assurance : l’idée serait, comme le fait l’Espagne, d’établir un barème des primes techniques, ce à quoi chaque assureur ajoute ses frais de gestion. Ce dispositif dans sa globalité permettrait de constituer une capacité financière suffisante pour faire face aux aléas les plus importants. En effet, le sinistre majeur estimé par l’Association des professionnels de la réassurance en France (APREF) est de 3,5 Mrd€.

« En Espagne, près de 80 % des producteurs de fruits sont assurés »

« Établir un barème des primes techniques, ce à quoi chaque assureur ajoute ses frais de gestion »