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GuaTecs en quête de 8 M€ pour produire du latex issu du guayule de France

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Les fabricants de gants médicaux sont un débouché potentiel pour GuaTecs. Crédits : © Pixabay/Van3ssa_

Le français GuaTecs veut développer la culture du guayule en France pour en extraire le latex, et affranchir ainsi l’Europe de sa dépendance à l’hévéa asiatique. La société cherche des fonds pour se doter d’un démonstrateur. Ses premiers échantillons permettent de confectionner des gants en latex non-allergisant.

Et si l’Europe s’affranchissait de sa dépendance totale du latex issu des plantations d’hévéa d’Asie pour être souveraine dans cette matière première essentielle à des pans entiers de l’industrie ? C’est un peu le rêve de Michel Dorget, président fondateur de GuaTecs, société montpelliéraine détentrice d’un brevet permettant d’extraire le latex du guayule. Or cette plante qui pousse habituellement dans le sud de l’Arizona ou au nord du Mexique, typique des zones semi-arides et des terres pauvres, s’acclimate aux terrains de ce type en France. « Avec le réchauffement climatique et la sécheresse, certaines parties de l’Occitanie sont bien adaptées pour cultiver le guayule. Et c’est de que nous avons commencé à faire avec 6 hectares, chez différents agriculteurs aux alentours de Montpellier », explique Michel Dorget.

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La plante d’outre-Atlantique, petit buisson dont on peut moissonner la partie supérieure deux ans après sa plantation, représente une source de latex. « Le latex, enfermé dans l’écorce du guayule, est extrait grâce à un process en phase aqueuse, sans solvant et seulement grâce à de l’eau : il s’agit donc d’une éco-extraction très vertueuse d’un point de vue environnemental », poursuit-il. La technologie d’extraction est protégée par un brevet déposé par le Cirad et le CTTM (Centre de transfert technologique du Mans) dont GuaTecs détient la licence exclusive et mondiale.

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L’atelier pilote situé à Montpellier permet ainsi d’extraire 1 litre de latex par heure, et des coproduits comme la résine (comparable à la résine de pin) et la bagasse qui peut être valorisée sous forme de panneaux de bois thermo-compressés.

Le latex non allergisant, idéal pour les gants médicaux

« Le latex que nous obtenons présente plusieurs avantages : il n’est pas allergisant, contrairement au latex d’hévéa, et il est plus souple et solide que les gants synthétiques qui ne sont pas allergisants, ce qui est essentiels pour les gants chirurgicaux ou médicaux », explique Michel Dorget. En effet, on estime à environ 10% des médecins allergiques au latex d’hévéa, sans compter les patients. C’est pourquoi GuaTecs envisage de s’adresser d’abord aux fabricants de matériel médical intéressés pour trouver des alternatives aux gants actuellement sur le marché, et prêts à assumer un surcoût financier pour cela.

Aujourd’hui, GuaTecs est en phase de levée de fonds et cherche à mobiliser 8 millions d’euros d’ici la fin de l’année 2024. « Nous avons déjà mobilisé une partie des fonds, environ 5 millions d’euros, et nous cherchons un investisseur qui assurera le rôle de lead pour cette opération », indique Michel Dorget. L’objectif de la levée consiste à se doter d’un démonstrateur d’une capacité 10 à 100 fois supérieure que l’atelier actuel, au plus près des plantations. Mais avant cela, il faut mettre en place une filière, tâche à laquelle s’emploie Michel Dorget en se rapprochant de coopératives occitanes capables de mobiliser de nombreux agriculteurs dont la production alimentera l’usine. Selon Michel Dorget, 5000 à 10 000 hectares de guayule permettraient de satisfaire la demande européenne en latex.