À l’occasion de la centième session du Comité de l’agriculture de l’OMC, plusieurs membres ont exprimé leurs plus vives inquiétudes concernant les perturbations de la chaîne d’approvisionnement et la hausse des prix des denrées alimentaires qui pourraient découler de l’invasion russe de l’Ukraine. Plusieurs organisations internationales (FAO, PAM, OCDE) ont aussi alerté des risques de pénurie alimentaire, notamment dans les pays en développement.
En raison de la guerre en Ukraine, plusieurs membres de l’Organisation mondiale du commerce (Ukraine, Canada, Union européenne, Japon, Nouvelle-Zélande, Suisse, Royaume-Uni, États-Unis) ont exprimé, lors de la centième session du Comité de l’agriculture de l’Organisation mondiale du commerce des 15 et 16 mars, de sérieuses inquiétudes quant aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement et aux augmentations des prix des aliments, du carburant et des engrais. L’UE a notamment rappelé que « la mer Noire fournit 12 % des calories alimentaires échangées dans le monde et que le conflit armé dans la région aura un impact significatif sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire ». « La seule façon de limiter les dégâts est d’arrêter l’invasion », a-t-elle prévenu. Par ailleurs, ils ont souligné que le conflit russo-ukrainien nuit aussi gravement aux pays en développement importateurs nets de produits alimentaires.
Vulnérabilité des pays en développement
L’Égypte, un des plus grands pays en développement importateurs de céréales, a déclaré qu'« elle commandait la plupart de ses céréales notamment le blé d’Ukraine et de Russie ». En conséquence, elle a fait part « de ses profondes inquiétudes quant à la hausse des prix des denrées alimentaires » et a indiqué « le besoin croissant d’aide alimentaire ». De leur côté, le Canada, le Japon et le Royaume-Uni ont rappelé la déclaration des ministres de l’agriculture du G7 du 11 mars, qui invitait tous les pays à s’abstenir de toute mesure restrictive à l’exportation et à maintenir l’ouverture des marchés agricoles. Les membres ont également examiné la communication écrite de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans laquelle elle explique qu’« un arrêt complet des exportations de blé de la Russie et de l’Ukraine entraînerait de graves pénuries dans de nombreuses économies de marché émergentes et en développement ». Avant de prévenir qu’« il y aurait un risque aigu non seulement de crise économique dans certains pays, mais aussi de catastrophe humanitaire, avec une forte augmentation de la pauvreté et de la faim ». « Les difficultés dans la fabrication des engrais risquent de rendre ces perturbations plus durables, en mettant sous pression l’approvisionnement agricole des années suivantes. Dans de nombreuses économies du Moyen-Orient, les importations de blé en provenance de Russie et d’Ukraine représentent environ 75 % des importations totales de blé » avertit-elle.
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Maintenir les marchés ouverts
Présente lors cette réunion, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a souligné que « ce conflit a aggravé les retombées économiques de la pandémie et a fait grimper les prix alimentaires internationaux à des niveaux record (augmentation de 21 % par rapport à 2021), les pays en développement étant les plus touchés ». Elle a suggéré de « tirer parti d’outils politiques tels que les programmes de protection sociale, les aides alimentaires et les transferts de fonds pour aider à maintenir la production et la consommation dans les pays en développement importateurs nets de produits alimentaires ». À cette fin « elle a exhorté les membres à maintenir les marchés alimentaires mondiaux ouverts et à veiller à ce que les chaînes d’approvisionnement soient pleinement opérationnelles ». De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) a qualifié le conflit de « catastrophe par-dessus la catastrophe » puisque 50 % des céréales utilisées par le PAM sont achetées en Ukraine et en Russie. La hausse des coûts alimentaires et de l’énergie, conséquence directe de la crise ukrainienne, a par ailleurs, alourdi le coût des opérations internationales du PAM de 63,3 millions d’euros par mois. Quant au Conseil international des céréales, il a également réitéré l’importance de l’Ukraine dans le commerce agricole (par exemple, blé, maïs, graines oléagineuses, engrais), et a déclaré que « ses principaux partenaires commerciaux, tels que l’UE, sont confrontés à de graves défis causés par les incertitudes de la production agricole et du commerce de l’Ukraine ». Il a également souligné que « les restrictions à l’exportation appliquées par plusieurs pays récemment ont endommagé les marchés et augmenté les prix des denrées alimentaires ».