Contre toute attente, à six mois de la fin de son mandat, Henri de Benoist, président de l’AGPB a annoncé au bureau de la section spécialisée, le 19 janvier, qu’il souhaitait quitter ses fonctions de président de l’AGPB. Le nouveau président doit être élu en conseil d’administration dès le 26 janvier. Il n’était pas prévu qu’il parte ainsi. Il est vrai qu’il a été profondément affecté l’an passé par sa mise en examen dans le cadre de l’affaire Unigrains. Tout le monde le reconnaît : il n’avait plus la même « pêche » depuis lors. Les relations avec la nouvelle équipe de la FNSEA, l’incertitude sur ses mandats lors du prochain congrès électif de la Fédération l’ont sans doute également incité à tirer sa révérence.
Henri de Benoist est une figure dans le paysage syndical agricole. Agriculteur sur 270 ha à Bouconville-Vauclair, dans l’Aisne, il a été élu à la présidence de l’AGPB en 1986. Il en était le secrétaire général depuis 1976. En tant que président de l’AGPB, il devient alors premier vice-président de la FNSEA et président de la Commission économique de la FNSEA. La même année, il entre au Conseil économique et social. Il crée en 1990 le groupe Céréaliers de France qui a pour but de renforcer les liens entre l’AGPB, l’établissement financier Unigrains et l’ITCF (Institut technique des céréales). Henri de Benoist est alors le président de toute ces structures. « Dans la mesure où les sociétés filiales sont issues de la maison mère, il est nécessaire d’éviter la dispersion des centres de décision », commente Patrick Eveno dans son livre édité en 1999 : AGPB, 75 ans d’histoire du blé. Il va créer deux organismes de promotion des céréales : l’une à l’international (France export céréales) en 1997, l’autre sur le marché intérieur (intercéréales) en 1998. Henri de Benoist est aussi, depuis le début de sa carrière, président du Crédit agricole de son département, puis de sa région. Après des fusions successives, il se retrouve ainsi président de la caisse régionale du Crédit agricole mutuel du Nord-Est. Henri de Benoist est aussi à l’origine de la constitution de l’interprofession céréalière Intercéréales, qui a dû être créée en juin 2001 pour des raisons fiscales et a connu quelques péripéties administratives avant sa reconnaissance par les pouvoirs publics (seulement en janvier 2004).
Un homme incontournable
Bref, Henri de Benoist est incontournable. Un homme brillant, d’une grande prestance, d’une réelle vivacité d’esprit et excellent orateur. Ingénieur de l’INAP-G, comme il aime à le rappeler, il est passionné par les questions des échanges commerciaux internationaux. Il se montrera bon pédagogue, notamment pour dénoncer le mécanisme américain de « deficiency paiement » et du « marketing loan » qu’il juge « diabolique». « Il avait une hauteur de vue et une analyse parfois dérangeantes, commente Didier Marteau, secrétaire général adjoint de la FNSEA. Il aime pousser la réflexion le plus loin possible et est convaincu que l’on peut orienter les décisions politiques ». Il sait séduire son auditoire dans ses discours. Il suscitera des « standing ovation » dans les congrès de la FNSEA et de l’AGPB en 2004, en évoquant la douleur qu’il a ressentie après sa mise en examen.
Rechercher la compétitivité
Au niveau de la filière céréalière, Henri de Benoist sera l’homme qui a prôné la baisse des prix des céréales au nom de la compétitivité sur les marchés intérieurs et internationaux. « L’AGPB doit être ouverte sur les marchés, ce qui signifie qu’il faut arbitrer entre les volumes et les prix ; les betteraviers ont échangé la sécurité sur les prix contre des quotas sur les quantités ; les producteurs des céréales doivent au contraire affronter les réalités du marché, en acceptant des baisses de prix s’ils peuvent compenser par des augmentations des volumes vendus ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Progressivement isolé
Mais, ces dernières années, Henri de Benoist est moins écouté, voire même contesté au sein de sa propre structure, mais aussi à la FNSEA. Lors du prochain congrès de la FNSEA qui aura lieu au Mans en mars 2005, il n’était pas sûr de conserver la présidence de la Commission économique. Quant aux dossiers politiques, les revendications autour de la nouvelle réforme de la Pac ne le passionnent plus vraiment. Il préfère cogiter avec ses confrères du Conseil économique et social. Depuis 2003, il lâche progressivement ses casquettes de président chez Arvalis, au Crédit Agricole puis à France Export céréales. Bref, il juge qu’il est temps pour lui de laisser la place aux jeunes !