La commission de l’agriculture du Parlement européen a voté un rapport sur l’huile de palme et la déforestation des forêts tropicales humides qui fera l’objet d’un vote en session plénière dans le courant de l’année 2017. Elle y dénonce notamment la surconsommation de cet ingrédient qui présente des risques pour la santé et qui fait peser de graves dangers sur l’environnement. Les eurodéputés plaident donc pour la mise en œuvre d’un étiquetage spécifique de cette huile végétale sur les produits alimentaires.
« Par ce vote, nous dénonçons, d’une part, la surexploitation de l’huile de palme qui tend à faire peser un grave danger pour la biodiversité et l’environnement et la surconsommation de ce produit qui mène à des risques importants pour la santé. Nous réclamons la mise en place de la législation de 2014 sur l’étiquetage spécifique pour l’huile de palme », a indiqué Marc Tarabella (Social-Démocrate, Belgique), membre de la commission de l’agriculture du Parlement européen. Selon lui, « 66 millions de tonnes d’huile de palme sont produites chaque année, ce qui en fait l’huile végétale la plus produite au monde. Son prix très bas et ses propriétés qui conviennent parfaitement à la transformation industrielle des aliments sont énormément vantés par les industriels. Mais cela ne doit pas nous faire oublier le côté nettement plus sombre de ce produit dangereux à bien des aspects ». Et pourtant, rappelle le député belge, « en décembre 2014, nous avons voté la réglementation européenne sur l’étiquetage alimentaire, fruit de trois années de travail et de négociations. Obligation de mentionner les allergènes, l’origine des graisses et des huiles végétales (huile de palme notamment) : notre objectif était clairement de contraindre les marques à mieux informer le consommateur européen. Nous estimons que les États membres doivent faire appliquer cette législation sans concession aucune ».
Atteintes à l’environnement
Selon le rapport de la commission de l’agriculture, la production d’huile de palme est un facteur important de déforestation dans les zones tropicales. 40 % de la déforestation seraient causés par la conversion en plantations de monocultures d’huile de palme, et dans des conditions de travail souvent pénibles. Par ailleurs, près de la moitié des importations d’huile de palme dans l’Union européenne serait consommée sous la forme d’agrocarburants. En 2015, les véhicules diesel auraient consommé plus de 3 millions de tonnes d’huile de palme, soit près de la moitié de l’huile de palme utilisée dans l’Union européenne. Les membres de la commission de l’agriculture réclament donc l’abandon progressif de tous les biocarburants dérivés de l’huile de palme, qui contribuent à la déforestation et rivalisent avec la production alimentaire pour l’utilisation des terres ou qui ne permettent pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
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Une question de prix de revient
La présence d’huile de palme concerne de nombreux aliments de nos supermarchés et notamment les produits du chocolat comme le fameux Nutella, crème de noisette rendue célèbre par la marque Ferrero. Cette société a sans cesse vanté le rôle fondamental de l’huile de palme pour obtenir le goût et la texture du produit, mais l’affirmation se heurte fortement avec les dernières recherches menées au niveau européen sur la cancérogénicité de l’huile de palme. En effet, une étude menée par l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) n’a fait que confirmer les doutes : les auteurs indiquent que l’huile dérivée du palmiste contient plus de contaminants cancérigènes que les autres huiles végétales quand elle est raffinée à des températures supérieures à 200°C. L’huile de palme est soumise à des températures élevées (plus de 200°C) pour enlever notamment la couleur rouge naturelle et neutraliser l’odeur. Les industriels du chocolat estiment que préparer du Nutella sans huile de palme conduirait à un produit de qualité inférieure et qu’utiliser d’autres huiles végétales modifierait fortement le caractère du Nutella. Mais ce que ces industriels ne disent pas c’est que l’élément prix a aussi son importance : l’huile de palme est la moins chère parmi toutes les huiles végétales. Pour la société Ferrero, utiliser un autre ingrédient que l’huile de palme signifierait dépenser annuellement environ 10 millions d’euros en plus.