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IG : Bruxelles envisage de reconnaître le Prosek, l’Italie vent debout

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La Commission européenne pourrait accorder une appellation d’origine au vin doux croate Prosek. Une consultation publique est ouverte jusqu’à la mi-novembre. Les eurodéputés italiens s’opposent fermement à cette décision, considérant le terme de Prosek bien trop proche de leur Prossecco local.

Consciente du caractère particulièrement explosif du dossier, la Commission européenne avait, au moment de l’adhésion de la Croatie à l’UE en 2013, mis au frigo le sujet de la reconnaissance du vin croate Prosek en tant qu’appellation d’origine. Mais elle a finalement ressorti le dossier en admettant mi-septembre la recevabilité de la demande d’inscription de ce vin doux déposée par la Croatie. Une décision jugée inadmissible en l’Italie où cette annonce a déclenché de vives réactions en raison de la proximité du mot Prosek avec le Prossecco local – même si les deux produits n’ont rien à voir : un vin doux, ambré et tranquille commercialisé en bouteille de 50 cl d’un côté, et un vin pétillant et blanc de l’autre. À ce stade, la Commission européenne assure qu’elle n’en est qu’au recueil des avis des parties prenantes et qu’elle n’a pas encore pris sa décision. Une consultation a été ouverte le 22 septembre pour soixante jours. Ce n’est qu’à l’issue de ce processus que Bruxelles, décidera – ou non – de présenter un acte d’exécution aux États membres.

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« Nous demandons le soutien de tous les États membres afin qu’ils expriment leur opposition et nous renouvelons notre demande au commissaire européen Wojciechowski d’intervenir pour empêcher la protection de la mention traditionnelle "Prosěk" », écrivent dans une note conjointe du 26 octobre les eurodéputés italiens Paolo De Castro et Herbert Dorfmann, coordinateurs des groupes S & D et PPE au sein de la commission de l’Agriculture. Leur principale crainte : l’affaiblissement de la position des appellations européennes au niveau international notamment « dans le cadre des négociations commerciales avec les pays tiers, y compris celles en cours avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Chili, qui sont déjà opposés à la protection complète du "Prosecco" ». Ils rappellent que le terme Prosek n’est rien d’autre que la traduction du nom Prosecco en slovène, et que le règlement OCM établit que les appellations et indications géographiques « doivent être protégées contre tout abus, imitation ou évocation, même lorsque la dénomination protégée est traduite dans une autre langue ».

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Simple homonymie

Comme le commissaire européen Janusz Wojciechowski avant lui, le directeur général adjoint de l’Agriculture, Michael Scannell, se protège derrière « le droit européen ». Il a rappelé le 26 octobre aux eurodéputés de la commission de l’Agriculture que « la seule homonymie ne pouvait constituer une raison suffisante » pour repousser la demande, arguant que les deux produits sont par ailleurs très différents et ne peuvent donc pas tromper les consommateurs.

« Il ne s’agit pas seulement de tromper les consommateurs, mais avant tout de diluer et d’exploiter la réputation et la reconnaissance construites par une IG », rétorque, dans un communiqué du même jour, l’association européenne des vins d’origine (Efow) qui craint que cette décision ne compromette à long terme le système européen des IG. Celui-ci « doit être renforcé et non fragilisé de l’intérieur », conclut Efow alors que la Commission européenne est en train de mener un examen de la législation en place en vue de la renforcer et de la moderniser.

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