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Importations ukrainiennes : un accord imminent sur le transit avant de débloquer la réserve agricole

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Suite à sa proposition, la Commission européenne a indiqué aux ministres de l’Agriculture de l’UE qu’un accord était proche sur la clause de sauvegarde relative au transit de certains produits agricoles ukrainiens au sein des pays d’Europe de l’Est. Plusieurs États membres préviennent toutefois que le versement du second paquet d’aides de la réserve agricole à ces pays doit être conditionné à la levée des interdictions unilatérales des importations ukrainiennes. D’autres délégations demandent de débloquer ces fonds pour soutenir leur propre secteur agricole.

Pour freiner l’afflux de produits agricoles ukrainiens, le commissaire européen, Janusz Wojciechowski a indiqué à l’issue du Conseil des ministres de l’Agriculture de l’UE le 25 avril, qu’un accord était sur le point d’être trouvé avec la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie pour activer la clause de sauvegarde exceptionnelle autorisant uniquement le transit de céréales et d’oléagineux (maïs, blé, colza, semences de tournesol et huile de tournesol) sur leur territoire. En revanche, la mesure ne couvrira pas les autres produits demandés notamment par la Hongrie et la Pologne, à savoir la volaille, les produits laitiers, le miel ou le sucre. « Ils ne sont pas aussi sensibles que les céréales et oléagineux étant donné qu’ils représentent que 10 % du total importé », s’est justifié le commissaire.

La clause de sauvegarde ne pourra entrer en vigueur qu’à partir du 5 juin, date à laquelle expire la suspension de tous les droits de douane et contingents tarifaires sur les produits ukrainiens importés dans l’UE. Les États membres doivent procéder la semaine prochaine au vote pour approuver le renouvellement de cette suspension. Les eurodéputés de la commission du Commerce international ont, eux, déjà adopté un projet de résolution dans lequel ils donnent leur feu vert pour prolonger d’un an cette mesure. Le Parlement européen réuni en plénière du 8 au 11 mai devrait l’approuver définitivement.

Une aide conditionnée

Suite à cette réponse européenne, Bruxelles demande donc à la Pologne, à la Hongrie, à la Slovaquie et à la Bulgarie de retirer immédiatement leurs interdictions prises unilatéralement, d’importer des produits agricoles ukrainiens. Plusieurs ministres se sont d’ailleurs montrés critiques envers ces décisions qui fragilisent l’intégrité du marché intérieur. C’est notamment le cas de ceux d’Espagne et du Portugal, qui ont appelé à faciliter le transit de céréales et d’oléagineux ukrainiens indispensables pour leur secteur de l’alimentation animale très dépendant des importations. Quant au ministre français de l’Agriculture, Marc Fesneau, il a averti qu’« il ne pouvait pas y avoir de solidarité des Vingt-sept en faveur de cinq ou six pays » en débloquant des fonds de la réserve agricole et « qu’en même temps certains d’entre eux prennent des décisions unilatérales ». La Commission avait proposé le 19 avril d’allouer aux cinq pays limitrophes de l’Ukraine affectés par l’afflux de céréales et d’oléagineux ukrainiens un second paquet de 100 M€ issus de la réserve agricole, pouvant être complété par des fonds nationaux à hauteur de 200 %.

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Ruée sur la réserve agricole

Marc Fesneau a rappelé qu’« il y avait d’autres marchés un peu plus loin des frontières ukrainiennes sur lesquels il faut également documenter les choses et voir les besoins ». Outre les quelque 200 M€ déjà dépensés au titre de la réserve agricole (sur une enveloppe initiale de 450 M€ en 2023), plusieurs États membres ont en effet appelé la Commission européenne à l’activer une nouvelle fois pour soutenir d’autres secteurs. La Lettonie et la Lituanie ont notamment réitéré leur demande d’aides pour leurs producteurs laitiers affectés à la fois par une baisse des prix et une hausse des coûts de production. Le ministre tchèque de l’Agriculture, Zdenek Nekula, a également demandé un soutien financier lors d’une rencontre bilatérale avec le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski. L’Espagne qui subit actuellement un épisode de sécheresse inédit, a aussi exhorté l’UE à activer la réserve agricole pour compenser les pertes de récoltes de céréales et d’oléagineux. Interrogé en conférence de presse sur ce point, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski s’est contenté d’indiquer que « la Commission allait analyser la situation pour disposer de toutes les données et évaluer le total des pertes ».

 

Sécheresse : l’Espagne sollicite la réserve agricole de la Pac

Dans une lettre du 25 avril, le gouvernement espagnol a officiellement demandé à la Commission européenne d’activer la réserve agricole de la Pac, sans préciser de montant, pour aider ses agriculteurs, frappés par une sécheresse. « Nous faisons face à une situation exceptionnelle » qui nécessite une réaction rapide de la Commission européenne, a justifié le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, lors d’une conférence de presse à l’issue du Conseil des ministres à Madrid. Parallèlement à cette demande, l’Espagne a annoncé une série de coups de pouce fiscaux pour ses agriculteurs, dont une baisse de 25 % de l’impôt sur le revenu, qui devrait profiter à 800 000 exploitations. Les agriculteurs espagnols sont touchés depuis plusieurs mois par une sécheresse prolongée, qui s’est aggravée cette semaine avec l’arrivée d’une vague de chaleur exceptionnellement précoce dans le pays. Selon l’agence météorologique, les températures pourraient frôler les 40°C dans le sud du pays dans les prochains jours. Et, selon le ministère de la Transition écologique, les réservoirs du pays qui stockent l’eau sont seulement à 50 % de leur capacité, voire un quart dans certains territoires, comme la Catalogne.