Depuis la résurgence surprise de début mai, pouvoirs publics et professionnels tentent de circonscrire l’épizootie d’influenza aviaire dans le Sud-Ouest. Dans les Pays de la Loire, les incubations de canetons ont été mises en pause par prudence.
Après son retour fracassant début mai dans le Gers, l’influenza aviaire continue sa progression dans le Sud-Ouest : le 16 mai, la zone comptait 34 nouveaux foyers confirmés (contre une vingtaine la fin de semaine précédente), selon Marie-Pierre Pé, directrice de l’interprofession du foie gras (Cifog), qui cite des données des Draaf. Le Gers reste le département le plus touché (24 cas), devant les Landes (8) et les Pyrénées-Atlantiques (2). Quant au dernier bilan du ministère de l’Agriculture, arrêté au 17 mai, il faisait état d’un foyer supplémentaire.
Interdictions des mises en place, des mouvements d’animaux, dépeuplements préventifs : une large zone est placée sous cloche pour tenter de circonscrire la maladie. En complément des mesures annoncées par le ministère le 12 mai, les professionnels ont ainsi instauré une « ligne de démarcation » afin d’éviter la propagation de l’épizootie vers la Dordogne et le Quercy. Celle-ci court le long de l’autoroute A62 (Bordeaux-Montauban) et de la limite Est du Gers ; y sont interdits « tout flux d’animaux, d’aliment et d’intervenants » de part et d’autre, explique Marie-Pierre Pé.
« Tout le monde a été pris de court »
De son côté, le ministère de l’Agriculture a annoncé, dans un communiqué du 12 mai, la création d’une « barrière sanitaire » autour des cas confirmés. Dans le détail, « toute nouvelle remise en place de palmipèdes est interdite » dans une « zone réglementée supplémentaire » (ZRS) mise en place dans un rayon de 10 à 20 km autour des foyers. Les mouvements d’animaux y sont « très limités et encadrés », et des « dépistages réguliers dans tous les élevages » y sont prévus.
Décidées « en concertation avec les filières professionnelles », ces mesures visent à « contenir la contamination » et « permettre une détection précoce ». Par ailleurs, comme le rappelle le ministère, « outre l’abattage des volailles dans les élevages atteints, un dépeuplement préventif des palmipèdes a été décidé » dans les zones réglementées autour des foyers confirmés. Et « les mises en place de nouvelles bandes et les mouvements de volailles sont interdits dans la zone de surveillance » (10 km autour des foyers).
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Devant cette flambée inattendue pour un mois de mai, le ministère de l’Agriculture appelle à la « mobilisation générale de tous les acteurs ». La résurgence de la maladie « a déclenché une réponse immédiate des services de l’État », affirme la Rue de Varenne. « Les foyers sont éradiqués dans les temps, avec la présence de plusieurs équipes de GT Logistics » (prestataire du ministère), confirme Marie-Pierre Pé. Mais cette vague printanière « a pris tout le monde de court », reconnaît-elle, malgré le « succès » du plan Adour cet hiver, qui avait « permis aux professionnels de reprendre confiance ».
Concernant l’origine de cette nouvelle vague, l’hypothèse d’une résurgence à partir des cas hivernaux tiendrait la corde : « Le virus est très similaire à celui retrouvé l’hiver dernier dans le même territoire », note la directrice du Cifog, rappelant que les investigations ne sont pas achevées. Selon elle, il pourrait y avoir eu des « introductions multiples », car « aucun lien épidémiologique n’a été mis en lumière à cette heure (le 16 mai, NDLR) » entre les premiers élevages touchés. « Ce qui est inquiétant, c’est que cela pourrait être le signe d’une endémisation dans le Sud-Ouest, à la manière de ce qu’on a observé dans les Pays de la Loire. »
Incubations en pause dans les Pays de la Loire
Dans les Pays de la Loire, justement, les professionnels suivent avec inquiétude l’évolution de la situation chez leurs collègues sudistes. Comme le rappellent nos confrères de Réussir Volailles (article payant), « les premières mises en place de canetons ont démarré dans les 45 communes denses en palmipèdes, qui avaient été volontairement décalées » par rapport aux autres. « Elles devraient se poursuivre la semaine prochaine si la situation sanitaire ne change pas. »
Du côté des couvoirs, les œufs déjà en incubation « continuent leur développement ». Mais « les œufs n’ont pas été mis en incubation cette semaine, signifiant qu’il n’y aura pas de mises en place en semaine 25 (du 19 au 23 juin). » D’après Réussir Volailles, « les professionnels vont réévaluer leur stratégie chaque semaine, en fonction de l’évolution sanitaire ». De son côté, Marie-Pierre Pé indique que le Cifog échange avec le Cicar (canards à rôtir) sur cette question. « Il faut réfléchir à une mise en incubation différée pour ne pas surcharger la zone », plaide-t-elle.