Le 19 octobre, le gouvernement a annoncé la mise à l’abri des volailles en Bretagne et dans les Pays de la Loire. Les deux premières régions avicoles françaises concentrent plus des deux tiers des 25 cas d’influenza en élevage de l’Hexagone.
Face à une épizootie d’influenza aviaire plus menaçante que jamais, les aviculteurs du grand Ouest marchent sur des œufs. Dans un communiqué du 19 octobre, le ministère de l’Agriculture a annoncé des « mesures de protection spécifiques » contre l’influenza aviaire – incluant la mise à l’abri des volailles – en Bretagne, Pays de la Loire et dans les Deux-Sèvres. « Une zone de contrôle temporaire (ZCT) est appliquée sur l’ensemble du territoire de ces régions et départements », précise la Rue de Varenne. Dans cette ZCT, « les mises à l’abri sont obligatoires et des tests réguliers en élevage et avant tout mouvement sont mis en place. » Par ailleurs, les mises en place de volailles y seront « conditionnées à la réalisation d’un audit de biosécurité favorable ». Et le ministère de rappeler que, conformément au plan influenza signé en juillet, « une réduction des indemnisations en cas de non-respect par les éleveurs des règles en vigueur sera appliquée ». « Le déploiement de ces nouvelles mesures de prévention est rendu possible par la volonté unanime des filières professionnelles de lutter contre le virus de l’influenza aviaire », précise le gouvernement.
De nombreuses suspicions finalement négatives
Comme le rappelle la Rue de Varenne, la situation sanitaire s’est « dégradée ces derniers jours », en particulier dans le grand Ouest. Sur les 25 cas en élevage recensés entre le 1er août et le 14 octobre, plus des deux tiers (17) se trouvent en Bretagne et Pays de la Loire, les deux premières régions avicoles de France. Avec en première ligne le Maine-et-Loire (cinq foyers) et la Vendée (quatre foyers), qui ont connu des nouveaux cas la semaine dernière. Ce dernier département compte au moins deux cas supplémentaires (non inclus dans le décompte ministériel), a annoncé la préfecture dans un communiqué le 19 octobre. Dans le grand Ouest, « le risque de propagation rapide du virus est renforcé par un nombre élevé d’élevages », note le ministère. Les Pays de la Loire comprennent notamment une « zone à risque de diffusion » (ZRD) dense en élevages. L’Anses préconise dans ces zones « un renforcement des mesures de prévention pour éviter une diffusion rapide du virus une fois un cas déclaré dans la zone ».
Lire aussi Influenza aviaire : la maladie de retour dans les élevages vendéens
L’inquiétude monte sur le terrain, alors que de nombreuses suspicions d’influenza ont été observées en Vendée ces derniers jours. Elles se sont bien souvent « avérées négatives », indique Joël Limouzin, président de la chambre départementale d’agriculture. Dans un entretien à Agra Presse, celui qui est aussi membre du bureau de la FNSEA rappelle que « la surveillance est montée d’un cran » avec le plan influenza signé en juillet. Ce qui se traduit par une multiplication des autocontrôles (dans les bâtiments, avant mouvement d‘animaux et sur les animaux morts) dans les zones à risque et autour des foyers. Une politique qui provoque une multiplication des signalements.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le « desserrage » des volailles en question
Confronté à des cas sporadiques, l’Ouest avicole ne flambe pas encore. « Nous sommes quand même très inquiets », souligne M. Limouzin. « Le virus est présent partout dans l’environnement. L’endémisation de l’influenza aviaire sur laquelle l’Anses nous alertait est aujourd’hui réelle. » Toujours selon le décompte de la Rue de Varenne, au-delà des élevages, 131 cas ont été observés en faune sauvage et 32 chez des particuliers (basses-cours). Et le risque induit par les oiseaux migrateurs va croissant avec l’approche de l’hiver. « Chaque fois qu’il y a un cas sporadique en élevage, c’est à proximité d’un point d’eau », remarque Joël Limouzin. Et l’élu de pointer un facteur de risque supplémentaire : « Les températures assez élevées cette semaine », synonyme de ventilation dans les bâtiments et donc de « plus de risque ».
Dans ce contexte hautement inflammable, le président de la chambre vendéenne appelle à resserrer encore la vis en termes de biosécurité. « Les entreprises de ramassage de volailles doivent arrêter temporairement la pratique du desserrage », qui consiste à vider partiellement un bâtiment de ses animaux. Une méthode porteuse de risques sanitaires, selon lui : d’une part, elle nécessite d’ouvrir le bâtiment et d’y faire entrer du personnel à plusieurs reprises ; d’autre part, elle permet aux entreprises de ramassage de visiter plusieurs exploitations dans la même nuit. « Les équipes de ramassage sont formées à la biosécurité, mais le risque zéro n’existe pas », fait valoir Joël Limouzin. Arrêter le desserrage implique que des ramasseurs concurrents coordonnent leur planning. Mais vu le haut niveau de risque, selon M. Limouzin, « on n’a pas le droit de jouer. »
« L’endémisation de l’influenza aviaire est aujourd’hui réelle »
La ventilation des bâtiments, un facteur de risque supplémentaire
Après les Pays-Bas et la Belgique, le Royaume-Uni renforce sa biosécurité
Alors que le Royaume-Uni fait face à la « plus importante épidémie d’influenza aviaire jamais observée », le gouvernement a instauré une « obligation légale pour tous les détenteurs d’oiseaux de Grande-Bretagne de suivre des mesures de biosécurité strictes », d’après un communiqué du 17 octobre. Après avoir relevé le niveau de risque à « élevé », les autorités ont étendu la « zone de prévention influenza aviaire » – où ces dispositions sont appliquées – à l’ensemble de l’Angleterre, de l’Écosse et du pays de Galles. Les mesures de biosécurité comprennent notamment : l’installation de clôtures autour des parcours de volailles en plein air ; un protocole de nettoyage-désinfection ; la séparation des palmipèdes et des autres espèces ; la protection des points d’eau et d’apport d’alimentation. Le Royaume-Uni a comptabilisé « 190 cas confirmés » depuis un an, dont « plus de 30 » depuis le début du mois. Depuis début août, 28 cas ont été observés en élevages et 36 cas en faune sauvage, selon la plateforme française ESA. « L’est de l’Angleterre a été particulièrement touché avec des cas en volailles et oiseaux captifs », précise le ministère de l’Environnement, de l’alimentation et des affaires rurales.