Abonné

Influenza aviaire : « Un changement de paysage depuis quelques années »

- - 4 min

Jean-Luc Guérin, responsable de la chaire de biosécurité aviaire à l’école vétérinaire de Toulouse, observe une augmentation de la fréquence et de la gravité des épisodes de grippe aviaire en Europe, aux États-Unis et en Asie. Concernant le cas qui touche le Sud-Ouest, la persistance du virus dans la zone Gers-Landes-Hautes Pyrénées n’est pas éclaircie. Rien ne dit que le facteur principal soit le transport, mais il existe d’importantes marges de progrès sur ce maillon, estime le chercheur.

Le virus H5N8 est apparu en élevage dans le Tarn via les oiseaux migrateurs et a été diffusé par camion dans trois départements limitrophes. Que sait-on par la suite de la façon dont il a continué à se disséminer ?

A ce jour, il faut assumer une part d’inconnue actuellement. De manière classique chez ces virus, le rôle de l’avifaune est important, en particulier pour le H5N8. Mais il reste beaucoup de zones d’ombre. On sait que des pies ou des goélands ont été retrouvés morts. Il y a donc peut-être des relais, des oiseaux non migrateurs touchés. Mais nous n’avons que des éléments parcellaires, qui ne nous permettent pas de cerner l’ampleur du risque lié à cette avifaune. On ne sait pas s’il y a suffisamment d’animaux infectés et d’interactions avec les élevages pour que ce soit dangereux. Ce n’est sans doute pas le vecteur principal.

Par ailleurs, ces virus sont excrétés essentiellement par les matières fécales et vont souiller le matériel ou bien les hommes qui sont en contact avec ces matières. On sait qu’il y a un rôle du transport, par le matériel et le personnel d’intervention, d’attrapage ou de vaccination. Mais nous n’avons pas d’éléments de preuve permettant d’incriminer tels ou tels professionnels. Des mesures ont été prises récemment pour circonscrire ces risques. En fait, je ne pense pas qu’il y ait une cause majeure pour ce virus, mais plusieurs causes : le transport, les relais de l’avifaune, les transmissions de proximité (aérosols, plumes, poussières).

La persistance de ce virus marque-t-elle l’échec des mesures de biosécurité prises cet été ?

Il faut d’abord dire que le virus H5N8 est complètement différent de ceux qui ont touché le Sud-Ouest l’année dernière, et que le vide sanitaire de cet été a permis de faire disparaître les précédents virus, ce qui était l’objectif. Concernant les mesures de biosécurité, elles ont permis de ralentir la diffusion de ce nouveau virus. Mais la montée en charge du dispositif n’est pas complètement aboutie. Il faut rappeler qu’un plan d’investissement doit se dérouler sur les cinq années à venir. Finalement, nous avons été pris de court par un virus à très forte contagiosité, qui touche tous les pays européens et en particulier les canards. Il faut savoir que des élevages à très haut statut sanitaire ont été contaminés en Allemagne. Mais dire que les mesures de biosécurité n’ont servi à rien, c’est faux. C’est un acquis pour le futur, cela va nous servir pour le moyen-long terme.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Hautes-Pyrénées
Suivi
Suivre

Le Modef pointe du doigt les transporteurs…

Quand on augmente l’échelle et le nombre de maillons, on augmente les points de fragilité. Il faut mettre à niveau les pratiques aux risques en filière longue. Il y a sûrement un retour d’expérience à faire sur cet épisode.
Un très gros travail a été fait sur les transports. Mais dire que tous les professionnels du transport ont totalement joué le jeu, non. Il y avait des trous. Il y a une marge de progrès importante en transport. En revanche, on ne peut pas aller beaucoup plus loin en élevage, une fois que les investissements auront été faits.

Y a-t-il une hausse des cas de grippe aviaire en Europe ? Si oui, pourquoi ?

Depuis quelques années au niveau mondial, nous assistons à un changement de paysage, nous observons une augmentation de la fréquence et de la gravité des épisodes d’influenza aviaire, aux États-Unis, en Europe et en Asie. Nous vivons sûrement dans un changement de paradigme, l’influenza aviaire étant considérée il y a quelques années encore comme une maladie exotique. Cette augmentation ne peut pas s’expliquer uniquement par l’augmentation de la production. Nous risquons d’avoir une exposition de plus en plus forte à l’influenza, même si je ne peux pas croire que cela arrivera tous les ans.