Dans le Sud-Ouest et les Pays de la Loire, les canards des zones les plus denses recevront une troisième dose de vaccin contre l’influenza aviaire. Le ministère cherche à « garantir la meilleure protection possible », à l’heure où la France dénombre quatre foyers et où les cas se multiplient en Europe.
Jouer la carte du vaccin à fond, alors que la pression de l’influenza aviaire va croissant. Dans un document envoyé à la presse le 6 décembre, le ministère de l’Agriculture a annoncé la mise en place d’une troisième dose de vaccin contre l’influenza aviaire pour les canards mulards (élevés pour leur foie gras) dans les zones les plus denses en élevages du Sud-Ouest et des Pays de la Loire. Cette troisième dose interviendrait à l’âge de 56 jours dans les 73 communes du Plan Adour et les 45 communes du Plan Vendée militaire, selon un projet d’instruction technique envoyé aux professionnels consulté par nos confrères de Réussir Volailles (à l’heure où ces lignes sont écrites, le texte n’est pas paru au Bulletin officiel). Les communes ciblées sont celles déjà visées dans l’année par des mesures de dédensification. Les canards des autres communes des ZRD (« zones à risque de diffusion », soit les zones denses) pourraient aussi recevoir une troisième dose sur une base volontaire. Idem autour des sites stratégiques (sélection et multiplication).
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Depuis le lancement de la campagne de vaccination en octobre, les canards reçoivent une dose à l’âge de 10 jours, puis une à 28 jours. Au 19 novembre, quelque 6,89 millions de canards ont reçu leur première injection et 3,57 millions en ont eu une deuxième. Pourquoi une troisième dose ? En raison des « nouvelles connaissances scientifiques », explique le ministère, le but étant de « garantir la meilleure protection possible et éviter toute flambée épizootique ». Le projet d’instruction technique fait état de nouveaux essais montrant un « léger bénéfice » pour cette troisième dose, car à l’âge de 11 semaines, « l’animal ne contrôle plus suffisamment l’infection pour garantir la non-propagation du virus sauvage ». C’est pourquoi le projet d’instruction technique préconise d’abattre les canards de Barbarie mâles (à rôtir) « au plus tard à 11 semaines ».
Stratégie vaccinale évolutive
« Cette stratégie pourra de nouveau être adaptée en fonction des nouvelles connaissances scientifiques », ajoute la Rue de Varenne. En particulier, des résultats du monitoring sérologique (surveillance des animaux vaccinés) sont attendus « pour mi-décembre », précise le projet d’instruction. Le texte mentionne aussi des « évolutions potentielles des ATU » (autorisations temporaires d’utilisation) et « des travaux menés sur l’application au couvoir ».
En une semaine, la France a vu apparaître trois nouveaux cas d’influenza aviaire en élevage. Au 6 décembre, l’Hexagone comptait donc quatre foyers confirmés, tous sur des dindes. Trois d’entre eux se trouvent dans le Morbihan, à Grand-Champ (premier foyer le 27 novembre et un second le 2 décembre en lien épidémiologique) et à Moréac (5 décembre). Le quatrième a été observé dans la Somme, dans un élevage de 26 400 dindes.
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Forte augmentation des cas en Europe
Plus au nord, la Belgique a déclaré son premier foyer en élevage, sur des dindes également, à Dixmude (à une douzaine de kilomètres de la frontière avec la France et à une trentaine de kilomètres de Dunkerque), d’après un communiqué de l’AFSCA (agence sanitaire) du 1er décembre. Le Plat pays n’avait pas connu de cas en élevage depuis février et en faune sauvage depuis deux mois. Mais « l’évolution des dernières semaines dans les pays voisins […] montre que le virus circule toujours dans le nord-ouest de l’Europe », relève l’agence. Après les Pays-Bas et le Danemark, l’Allemagne a aussi connu ses deux premiers cas domestiques, le 24 novembre sur des dindes, dans les Länder de Mecklembourg-Poméranie et de Schleswig-Holstein (nord).
Dans son bulletin hebdomadaire du 5 décembre, la plateforme française ESA dénombre 107 foyers en élevage dans 14 pays européens depuis le 1er août (début de la saison 2023-2024), ainsi que 270 cas en faune sauvage (23 pays) et 13 sur des oiseaux captifs. Des chiffres en forte augmentation sur la semaine (+30 en volailles, + 98 en faune sauvage).
La France bascule en risque « élevé »
Comme attendu, après une semaine en risque « modéré », le ministère de l’Agriculture a relevé le niveau de risque pour l’influenza aviaire à « élevé », via un arrêté paru le 5 décembre. Une décision prise en raison de la « dynamique d’infection dans l’avifaune sauvage migratrice et de foyers en élevage dans les pays voisins et sur le territoire métropolitain », explique la notice du texte. Le relèvement du niveau de risque implique l’obligation de mise à l’abri pour toutes les volailles sur l’ensemble du territoire métropolitain. Comme l’indique un communiqué du ministère, des mesures supplémentaires s’appliquent dans les ZRD : « dépistage […] lors de mouvements de lots de palmipèdes prêts à engraisser entre deux élevages, restriction d’accès, désinfection des véhicules ». Autres mesures applicables partout : le bâchage obligatoire des camions de transport de palmipèdes et l’interdiction des rassemblements d’oiseaux.
Troisième dose à 56 jours en zones Plan Adour et Vendée militaire
Toutes les volailles doivent être mises à l’abri
Indemnisations économiques 2022-2023 : le solde déployé en janvier, taux inchangés
Dans un communiqué du 7 décembre portant sur les indemnisations des pertes économiques dues à l’influenza aviaire pour la saison 2022-2023, le ministère de l’Agriculture annonce que « le dispositif pour le solde de l’aide sera déployé au cours du mois de janvier 2024 ». Contrairement aux indemnisations sanitaires (abattage des foyers et dépeuplement préventif), les aides économiques couvrent les pertes de non-production liées aux restrictions sanitaires (allongement des vides sanitaires). Les éleveurs concernés seront indemnisés sur la base de leur marge brute journalière selon les barèmes annoncés en février : à hauteur de 90 % des pertes durant les restrictions sanitaires (I1), puis à hauteur de 50 % après la levée des restrictions (I2), dans le cas général. Concernant les indemnisations I2, les pertes liées au repeuplement progressif dans le grand Ouest seront compensées à hauteur de 90 %. Enfin, les pertes liées au « Plan Vendée militaire » (dédensification dans le grand Ouest cet été) le seront à 80 %. La Rue de Varenne précise que, entre août et octobre, 42 M€ d’avances ont été versées à « près de 3 000 éleveurs ». Lors du dernier épisode (du 1er août 2022 au 1er août 2023), l’Hexagone a enregistré 402 foyers en élevage (pour 10 millions de volailles abattues).