Le groupe coopératif InVivo va encaisser un milliard d’euros de la vente de Neovia à l'américain ADM pour donner un coup d’accélérateur à son plan stratégique 2025 By InVivo, dont l’échéance pourrait être avancée de deux ou trois ans. Les fonds récoltés vont notamment bénéficier à des opérations de croissance externe dans le bio-contrôle, le vin, la distribution et les start-up, mais aussi à la création d’une place de marché pour les achats d’intrants par les agriculteurs.
Du carburant pour aller plus vite : tel est le message qu’a voulu faire passer InVivo en annonçant le 2 juillet l’entrée en négociations exclusives avec Archer Daniels Midland (ADM) pour la cession de sa fililale dédiée à l’alimentation animale Neovia. InVivo cède ses parts (67,5 %) dans sa filiale, au même titre que les actionnaires minoritaires Eurazeo, Unigrains, Future French Champions et IDIA Capital Investissement. L'offre portant sur 100 % du capital valorise l'entreprise à 1,535 milliard d’euros. ADM précise que l'opération serait « payée comptant ».
La cession est soumise à « la réalisation de conditions suspensives et l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires », précise InVivo, et devrait être effective pour la fin de l’année. ADM prendra donc entièrement les commandes de Neovia, qui a réalisé l'an dernier un chiffre d’affaire de 1,7 milliard d’euros.
« Neovia a réalisé un développement de son activité plus rapide que ce que prévoyions à l’origine », explique Thierry Blandinières, directeur général d’InVivo, précisant que « les objectifs fixés initialement pour 2021 avaient été déjà atteints ». L’activité est désormais réalisée à 80% à l’international et « le lien avec l’agriculture française n’était plus évident », ce qui a décidé de la cession dès cette année. « Toutefois, le lien avec ADM est loin d’être rompu puisque plusieurs sociétés communes partagent leur actionnariat entre des coopératives membres d’InVivo et Neovia », tient à rappeler Thierry Blandinières.
Acquisitions prévues dans l'agriculture, le vin et la distribution
Le milliard d’euros qu’Invivo récupère de cette cession sera mis au service de l’accélération du plan stratégique interne 2025 by InVivo, dont les objectifs pourraient être atteints avec deux ou trois ans d’avance, espère Thierry Blandinières. « Bioline, la branche dédiée au bio-contrôle et aux bio-stimulants, va pouvoir réaliser des acquisitions en France et en Europe et atteindre en 2025 le milliard d’euros de chiffre d’affaires projeté », précise le directeur général d’InVivo. Bioline (issue d’une activité acquise auprès de Syngenta) a réalisé un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros en 2017, et vient de boucler une augmentation de capital de 50 millions d’euros en avril dernier. En agriculture, InVivo nourrit aussi un projet de place de marché pour les achats des agriculteurs coopérateurs qui s’élèvent chaque année à 1,2 milliard d’euros.
Dans le vin, Invivo va rechercher des acquisitions afin de développer ses activités à l’exportation. Après Baarsma Wine aux Pays Bas, d’autres distributeurs pourraient rejoindre InVivo. « Il y a de forts enjeux en Allemagne, aux Etats-Unis et en Asie », signale Thierry Blandinières, qui aimerait bien pouvoir annoncer du nouveau d’ici la prochaine édition de Vinexpo en juin 2019. Un nouveau directeur de pôle, en remplacement de Bertrand Girard parti d’InVivo en juin, devrait arriver d’ici la fin de l’année. En attendant, c’est le directeur général d’InVivo qui assure la direction de la branche.
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Dans la distribution, InVivo compte beaucoup sur le développement de l’alimentaire dans, ou à côté, de ses magasins existants Gamm Vert. Guillaume Darasse, ex-directeur général du groupe Système U, prendra ses fonctions en septembre. Il aura pour tâche de déployer cette nouvelle offre. Mais l’union de coopératives veut aussi aller plus loin en acquérant une chaîne de magasins spécialisés biologiques de niveau régional, notamment pour les emplacements qu’elle pourrait apporter. Un projet qualifié de « piste » par Thierry Blandinières.
Les start-up rassemblées dans le pôle Food&Tech devraient aussi bénéficier de cette nouvelle manne financière, si des opportunités se présentent, en investissant directement ou en co-investissant via les fonds auxquels InVivo a déjà souscrit : Capagro et French Food Capital.
ADM prévoit des ventes à 3,5 milliards de dollars
« La présence mondiale et la capacité d’innovation de Neovia combinées à nos activités en nutrition animale en pleine expansion donneraient naissance à l’un des tout premiers acteurs de la nutrition animale dans le monde. Nous serions en mesure d’offrir des solutions complètes à nos clients du monde entier tout en créant une plateforme idéale pour profiter de la croissance de ce secteur », explique de son côté Juan Luciano, président-directeur général d’ADM, qui prévoit que le nouveau groupe réalisera un chiffre d’affaires annuel de 3,5 milliards de dollars.
Le groupe basé à Chicago veut développer son implantation dans certaines zones où Neovia est présent : Europe occidentale, Amérique centrale, Amérique du Sud et Asie du Sud-Est. « Neovia a une présence limitée aux Etats-Unis et réalise plus de 75% de son chiffre d’affaires en dehors de l’Europe occidentale ce qui est complémentaire des positions commerciales d’ADM », selon un communiqué d’ADM diffusé le 2 juillet. Avec Neovia, qui possède onze centres de R&D dans six pays, ADM se renforce aussi dans les produits et les services à forte valeur ajoutée. « Dans la nutrition animale, ADM s’est doté de capacités dans les prémélanges et l’aquaculture en Asie ; le groupe a construit des installations modernes en Amérique du Nord et est entré dans le snacking pour animaux de compagnie en 2017 », souligne le groupe américain.