Isigny-Sainte-Mère, spécialiste des produits laitiers, sort d’un exercice difficile qui s’est achevé sur une perte de 6 millions d’euros, à cause de la hausse du prix du lait et de la baisse des cours mondiaux des coproduits industriels. Cela n’empêche pas la coopérative, qui a réalisé 200 millions d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière (+7 %), d’être active. Cette année, Isigny-Sainte-Mère multiplie les investissements, innove et revient dans l’AOC Camembert de Normandie.
La coopérative laitière d’Isigny-Sainte-Mère (Calvados), spécialisée dans l’élaboration de beurres, de crèmes, de fromages haut de gamme et de laits infantiles, a réalisé 200 millions de chiffre d’affaires l’année dernière, soit une hausse de 7 %, et est en perte de 6 millions d’euros contre un million de bénéfice l’année précédente. « Ce résultat est dû à la hausse du prix du lait, dont nous n’avons pu répercuter qu’une partie et à l’effondrement des cours mondiaux de la poudre de lait et des excédents laitiers », explique Luc Le Sénécal, directeur général adjoint en charge de la commercialisation. C’est la première fois que l’entreprise est en perte depuis 1932. Sa forte présence à l’export (38 % de son chiffre d’affaires, une présence dans toute l’Europe et dans 40 pays extra-européens) ne l’a pas aidé à redresser la barre. « Nous n’avons pas mieux réussi à l’étranger qu’en France », confirme Luc Le Sénécal.
Multiplier les investissements
Ces difficultés n’empêchent pas la coopérative de multiplier les investissements. Isigny-Sainte-Mère vient d’investir 7 millions d’euros pour la construction d’une chaudière biomasse lui permettant de réduire sa consommation d’énergie et d’éviter le rejet de l’équivalent de 6000 véhicules par an, soit près de 20 000 tonnes de gaz carbonique. De plus, la coopérative investit en ce moment 6 millions d’euros pour construire une nouvelle tour de lait infantile (inaugurée en juillet 2009) qui va lui permettre d’augmenter sa production de 7000 tonnes, pour atteindre un total de 20 000 tonnes, son ancienne tour étant arrivée à saturation. Isigny-Sainte-Mère se permet d’investir, car la coopérative reste confiante en son avenir. « Nous abordons l’avenir avec un certain optimisme », affirme Luc Le Sénécal.
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Retour dans l’AOC Camembert de Normandie
Pour résister à la conjoncture, Isigny-Sainte-Mère compte également sur ses innovations et notamment sur son retour dans l’AOC Camembert de Normandie. La coopérative avait remplacé ce produit par du camembert au lait micro-filtré en mai 2007, car à l’époque elle ne pouvait pas suffisamment contrôler la qualité du lait. Isigny-Sainte-Mère s’est depuis dotée d’un outil d’analyse utilisant la PCR, un système permettant de détecter immédiatement la présence de bactéries dans le lait. La coopérative commercialise donc à nouveau du camembert AOC, à la coupe, en libre service et en crémerie. « Nous avons choisi une vingtaine de producteurs qui répondent au nouveau cahier des charges de l’AOC Camembert de Normandie », précise Luc Le Sénécal.
D’autres innovations
Globalement, Isigny-Sainte-Mère souhaite insister sur toutes ses familles de produits, et ne pas favoriser un segment plus qu’un autre. La coopérative réalise 20 % de son chiffre d’affaires en fromage, 20 % en beurre, 20 % en crème et le reste en lait infantile. Elle compte lancer d’autres innovations cette année, notamment des crèmes et beurres aux truffes pour les fêtes de fin d’année. Par ailleurs, Isigny-Sainte-Mère peut profiter de l’engouement actuel pour le bio, puisque la majorité de ses produits, notamment les camemberts et le lait infantile, sont disponibles en bio. Isigny-Sainte-Mère reste donc actif, malgré sa situation. « Il est trop tôt pour préjuger de la sortie de crise et tout dépendra du prix du lait et des poudres. Quoi qu’il en soit, nous resterons une coopérative indépendante », souligne Luc Le Sénécal, qui précise que les emplois de la société ne sont pas menacés.