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Janusz Wojciechowski va devoir passer au rattrapage

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Le candidat polonais, Janusz Wojciechowski, désigné pour devenir le prochain commissaire européen à l’Agriculture, n’a pas vraiment convaincu les parlementaires européens qui l’ont entendu le 1er octobre à Bruxelles. Les responsables de la commission de l’Agriculture du Parlement européen ont décidé de le soumettre à une nouvelle série de questions, écrites, afin qu’il clarifie sa vision de l’agriculture européenne. Sur de nombreux points ses réponses ont été jugées trop vagues (Pac, agriculture bio, budget agricole...). Il a surtout insisté sur sa volonté de défendre les petites exploitations familiales – déclarant qu’il « ne soutiendrait pas l’agriculture intensive » – et de veiller au bien-être animal. Janusz Wojciechowski a également annoncé qu’il souhaitait préparer une stratégie à long terme pour l’agriculture européenne sans que les députés comprennent vraiment ce que cette stratégie allait recouvrir.

Trop vagues, pas assez concrètes, parfois contradictoires, les réponses apportées par le candidat polonais au poste de commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, lors de son audition, « très faible » à en croire plusieurs groupes politiques, le 1er octobre par les eurodéputés n’ont pas convaincu. Les coordinateurs des principaux groupes politiques de la commission de l’Agriculture du Parlement européen ont décidé de demander un certain nombre de clarifications à Janusz Wojciechowski, avant de donner – ou non – leur feu vert à sa nomination. Une série de sept questions lui ont été adressées sur : comment la stratégie à long terme pour l’agriculture européenne qu’il veut mettre en place s’intégrera à la réforme en cours de la Pac ; le rôle de l’agriculture biologique ; les nouvelles biotechnologies de sélection ; sa position sur une convergence totale des paiements par hectare dans les États membres ; la résistance aux antimicrobiens et le bien-être animal ; ses propositions concrètes pour améliorer le projet actuel de réforme de la Pac ; son point de vue sur la réduction des dépenses de la Pac prévue dans le cadre financier pluriannuel pour 2021-2027 ; ou encore son avis sur le prochain règlement transitoire. Sur la base de ces réponses écrites, attendues dès le 4 octobre, les eurodéputés décideront s’il est nécessaire de lui faire passer une seconde audition (plus courte) qui pourrait se tenir autour du 14 octobre.

Contre « l’agriculture intensive »

Janusz Wojciechowski a ouvert son audition ont brossant un tableau très pessimiste de l’agriculture européenne : disparition de 4 millions d’exploitations agricoles en 10 ans, suicide en milieu rural… « Le temps de cette audition, plus de 100 exploitations vont disparaître. Un drame » contre lequel il a promis de lutter en présentant une stratégie à long terme pour l’agriculture en Europe. Il a particulièrement mis en avant sa volonté de défendre les petites et moyennes exploitations familiales en répartissant mieux les aides en leur faveur. Et d’affirmer : « En tant que commissaire européen je ne soutiendrai pas l’agriculture intensive ». Il a annoncé que l’une de ses premières actions, s’il est confirmé à son poste, serait de préparer un rapport spécial sur l’état des lieux de l’agriculture européenne. Et, sur cette base, de présenter une stratégie à long terme pour l’agriculture européenne dont les principaux axes seront : la protection de l’environnement et du bien-être animal (une question qui lui tient « particulièrement à cœur ») et la préservation des exploitations familiales.

« Ouvert » sur la Pac

Il s’est dit ouvert à discuter des propositions mises sur table pour la future Pac qui « ne sont pas gravées dans le marbre ». Selon lui, ces propositions ne vont pas assez loin en matière de rattrapage des niveaux des aides directes dans les États membres. Il a plaidé en outre pour une approche flexible en matière de dégressivité et de plafonnement des aides aux grandes entreprises, « pour permettre aux États membres de décider ». Alors que la Commission a proposé un plafonnement obligatoire des soutiens. Sur les risques de renationalisation de la Pac, Janusz Wojciechowski a indiqué, là aussi, qu’il se montrerait « ouvert aux échanges pour trouver des solutions », précisant que la renationalisation n’était pas la solution et qu’il faudrait « peut-être davantage de contrôles » de la part de Bruxelles.

Il estime également qu’« aujourd’hui les outils d’intervention en place pour faire face aux crises de marché ne suffisent pas. Ce sera l’un des grands défis de mon mandat de les renforcer ». Se montrant bien plus ouvert sur ce point que ne l’était son prédécesseur Phil Hogan.

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Sur les questions environnementales, le candidat au portefeuille de l’Agriculture a insisté sur le rôle de « l’agriculture verte » pour répondre aux défis de l’agriculture, notamment des petites exploitations, et aux demandes des citoyens. Ancien président de l’intergroupe du Parlement européen sur le bien-être des animaux, il a par exemple assuré qu’il allait aider les petits agriculteurs qui utilisent leur propre fourrage au lieu d’importer du soja brésilien et qu’il souhaitait améliorer les normes en matière de densité des animaux (dans les élevages porcins en particulier).

Des réponses qui sont loin d’avoir emporté l’adhésion des eurodéputés. Janusz Wojciechowsi, est, sur le fond des dossiers – en dehors de questions de conflits d’intérêts –, le commissaire désigné qui a le plus laissé les parlementaires sceptiques. Il va devoir se montrer plus convaincant.

Wojciechowski blanchi

L’Office européen de lutte antifraude (Olaf) a blanchi le 27 septembre le candidat polonais au poste de commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, concernant certains remboursements excessifs de frais de déplacement lorsqu’il était eurodéputé. « L’Olaf a conclu le dossier en adressant des recommandations au Parlement européen pour le recouvrement de 11 243 euros auprès de M. Wojciechowski et pour le renforcement des règles administratives relatives au remboursement des frais de voyage et au paiement des indemnités journalières », indique l’office, qui avait lancé l’enquête en juillet 2016. Par contre, aucune recommandation disciplinaire ou judiciaire n’est faite, Janusz Wojciechowski ayant déjà remboursé la somme dans sa totalité.

Calendrier serré

Les auditions parlementaires des futurs commissaires européens vont se poursuivre jusqu’au 8 octobre mais celles de deux candidats doivent encore être fixées : ceux de la Roumanie et de la Hongrie que la commission des Affaires juridiques du Parlement européen a jugés inaptes à siéger au sein de la prochaine Commission, présidée par Ursula von der Leyen, en raison de conflits d’intérêts. La Hongrie a proposé, en remplacement de László Trócsányi, le nom de son représentant permanent à Bruxelles Oliver Varhelyi. Et en Roumanie, le président a annoncé que son nouveau candidat, à la place de Rovana Plumb, serait l’eurodéputé Dan Nica ou, si une femme est « nécessaire », Gabriela Ciot, secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères. La Commission européenne assure que le calendrier fixé qui prévoit un vote du Parlement européen en plénière le 23 octobre pour valider l’ensemble du futur exécutif reste tenable si les auditions des deux nouveaux venus se tiennent autour du 14 octobre. Et si un nouveau report du Brexit est décidé, au-delà de la date butoir du 31 octobre, le Royaume-Uni devra désigner un candidat pour siéger au sein de la nouvelle Commission.