Les 16 et 17 septembre, le Modef devait réunir sa deuxième université d’été dans une petite commune près de Paimpol (Côte-d’Armor). Une occasion, pour le syndicat, d’inviter bon nombre d’élus politiques et professionnels ou encore des économistes pour réfléchir aux conséquences des négociations internationales en cours. Le thème : « Souveraineté alimentaire et rémunération du travail paysan. » Pour Xavier Compain, président du Modef, la prochaine réunion OMC à Hong Kong laisse prévoir le pire. « Je ne désespère pas d’une démarche (syndicale) commune avant la réunion de Hong Kong, » explique-t-il, pour éviter que la Pac ne soit remise en cause. Interview.
Pourquoi cette université d’été du Modef ?
Depuis 2000, le Modef organisait une rencontre de rentrée. La nouvelle équipe en place depuis 2003 a voulu renforcer ce rendez-vous. C’est l’occasion de marquer la rentrée syndicale, même s’il n’y a pas de rupture dans la lutte syndicale en été. Surtout, c’est devenu une occasion de rassembler les militants, en dehors du congrès, pour creuser des thèmes précis, pour s’ouvrir aussi sur le monde qui nous environne, inviter des personnalités politiques, syndicales et des économistes, par exemple. Il nous faut une réponse politique aux luttes paysannes, alors tout naturellement il nous faut rencontrer les politiques. L’an dernier, nous avons planché sur la loi d’orientation agricole ; cette année nous abordons un thème plus large avec la souveraineté alimentaire et la rémunération du paysan.
Quel lien faites-vous entre ces deux thèmes, celui de la souveraineté alimentaire et celui de la rémunération de l’agriculteur ?
Ce sont des enjeux qui vont être très directement concernés par le rendez-vous de l’OMC à Hong Kong mi-décembre. Mais ils sont aussi concernés par la fâcherie que l’on a observée avant l’été entre Tony Blair et Jacques Chirac à propos de la place de l’agriculture dans l’Union européenne. L’agriculture européenne est attaquée de toutes parts. Voyez la viande bovine qui pourrait être importée d’Argentine ou du Brésil, ou encore le lait qui pourrait provenir de Nouvelle Zélande. De plus, on n’a pas à confier aux États-Unis l’arme alimentaire alors que toute analyse géopolitique montre à quel point cette arme va devenir importante.
L’Europe doit garantir sa souveraineté alimentaire en organisant ses marchés. Nous souffrons de l’inorganisation des marchés alors que ceux-ci ont un potentiel énorme. Au Modef, nous ne sommes ni des apôtres de la vocation exportatrice de la France ni des ayatollahs du zéro restitutions. Mais nous estimons que l’Europe doit maintenir sa souveraineté alimentaire, organiser ses marchés de manière à permettre au paysan d’être rémunéré par des prix agricoles. S’il n’y a pas de prix, il n’y a pas de revenu. Des experts ont montré que si on augmente de 1% les prix alimentaires au détail, on peut augmenter de 25% les prix agricoles. Il y a donc des marges de progression. C’est pour cela qu’il faut un Grenelle des prix agricoles : une table ronde rassemblant les consommateurs, distributeurs, industriels, coopératives et agriculteurs pour analyser les marges de chaque maillon de la filière et redonner du sens aux prix agricoles.
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Il s’agit d’un problème européen, ne comptez vous pas développer, sur cette base, des collaborations avec d’autres syndicats ?
Nous avons, évidemment, invité la Coordination paysanne européenne (CPE) mais les rapprochements peuvent se conduire en France même. On peut convenir, avec d’autres syndicats, un socle sur lequel on ne lâchera pas. Par exemple, le syndicalisme FNSEA-JA pourrait être d’accord sur le maintien des budgets européens pour l’agriculture. Avec la Confédération paysanne, on pourrait évoquer la réforme de la Pac. Je ne désespère pas d’une démarche commune avant la réunion de Hong Kong. L’objectif serait de faire en sorte qu’on ne lâche rien de la Pac. Je l’ai dit récemment à Dominique Bussereau, le ministre de l’Agriculture.
Et sur le plan européen ?
Travailler avec la CPE, c’est bien mais cela ne suffit pas. Il faut aussi envisager de travailler avec le Copa, appeler à des rassemblements, des convergences pour éviter l’irréversible c’est-à-dire, notamment, la remise en cause de la préférence communautaire. L’enjeu est français, européen et mondial. Il faut une grande ambition pour l’agriculture. Au-delà des quelques millions annoncés par Dominique de Villepin au Space, je n’ai pas vu cette grande ambition qui permette de restaurer notre souveraineté alimentaire et de rémunérer le travail paysan.