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Dominique Potier, député socialist « Je ne veux pas d’une méthanisation anti-sociale »

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La méthanisation risque de se déconnecter de son utilité agronomique et de devenir prédatrice de matières premières nécessaires à l’élevage, alerte Dominique Potier, député PS de Meurthe-et-Moselle et agriculteur. En 2019, il avait proposé la mise en place d’un label « méthanisation verte »

Dans une question écrite au gouvernement en juin 2019, vous avez attiré l’attention du ministre de l’Agriculture sur la nécessité d’encadrer la méthanisation agricole. Quel est l’enjeu ?

La méthanisation agricole a initialement été conçue comme une contribution positive à la transition énergétique, dans une dimension circulaire, d’équilibre agronomique et de souveraineté alimentaire. Or on constate que certaines entreprises captent des ressources végétales vers la méthanisation au détriment de l’alimentation animale et humaine. C’est un non-sens. On voit aussi qu’une nouvelle génération de méthaniseurs à partir de 2017 détermine ses investissements non plus en rapport avec les gisements de matières premières et des besoins agronomiques des régions mais simplement parce qu’ils sont puissants sur le plan économique. Ainsi, la carte des réalisations et des projets correspond davantage à la sociologie des acteurs qu’à celle des ressources territoriales, notamment en effluents d’élevage. Je ne veux pas d’une méthanisation anti-sociale.

Quels sont les signes de ces dérives sur le terrain ?

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La plus banale des dérives observées est le non-respect, et le non-contrôle, du plafond de 15 % d’apport de cultures végétales en tonnage total des intrants dans les méthaniseurs. On peut voir ainsi des opérateurs proposer d’acheter du maïs-ensilage à des prix sans commune mesure avec l’économie de l’élevage laitier, faisant au passage monter les prix du foncier. Cet effet inflationniste sur les matières premières végétales exacerbe les tensions avec le monde de l’élevage, notamment dans le cas des pénuries de fourrage liées aux épisodes de sécheresse. La méthanisation est née pour être le prolongement de l’élevage. Le comble serait que par une déformation de sa vocation initiale la méthanisation contribue à le fragiliser. De complémentaire, elle risque de devenir prédatrice.

Quelle serait selon vous une bonne méthanisation ?

Je suis pour le développement du biogaz dans le mix énergétique. Un bon projet de méthanisation doit de l’avis des scientifiques respecter quatre critères : améliorer le bilan écologique en tenant compte de l’ensemble cycle du vivant, améliorer la fertilité du sol au long cours, participer à l’équilibre et à la sécurité des approvisionnements alimentaires et énergétique, enfin créer des emplois. Elle devrait être naturellement favoriser les systèmes de polyculture-élevage. Bref un développement de la méthanisation à la ferme et non de firme. Seule cette forme d’énergie renouvelable doit être autorisée, bénéficier d’aides publiques et avoir un tarif de rachat de l’énergie qui rende compétitifs les projets à taille humaine.