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Jean Jouzel, climatologue

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Le climatologue Jean Jouzel, membre du Giec (Groupe d’experts international sur l’évolution du climat), a présenté ses travaux sur le lien entre réchauffement climatique et ressources en eau, lors du comité de pilotage des Assises de l’eau le 9 novembre. À cette occasion, il a alerté sur la perturbation du cycle de l’eau par le réchauffement, et sur la multiplication des sécheresses, fortes pluies et inondations qui en découlera.

Quelles sont les conséquences du réchauffement climatique sur le cycle de l’eau ?

L’augmentation des températures réchauffe les océans. La conséquence est une hausse de l’évaporation. L’eau qui s’évapore retombe, et il y a donc, en moyenne, un phénomène d’augmentation des précipitations sur la planète.

Le même phénomène a lieu dans les terres. Il y a davantage d’évaporation, et donc des pluies plus intenses, dans les endroits où il y a des réserves d’eau. Dans certaines régions dépourvues d’eau, ou déjà très peu humides, les phénomènes d’évaporation et d’augmentation des températures vont amener des sécheresses.

Finalement, on a une augmentation des précipitations dans les régions où il y en avait déjà pas mal, et une diminution là où il y en avait peu. L’augmentation moyenne des précipitations n’a donc globalement aucun intérêt, sauf celui d’augmenter le risque d’inondation.

À quoi peut-on s’attendre en France ?

Cela dépend des régions. Dans le nord de l’Europe, on va connaître une augmentation en moyenne des précipitations. Au contraire, dans le pourtour méditerranéen, les précipitations vont diminuer drastiquement.

Les hivers plus doux vont être beaucoup plus fréquents, ce qui va encourager l’évaporation et donc les pluies, notamment sur la façade atlantique. Au contraire, les étés chauds encouragent des sécheresses plus longues et plus fortes, particulièrement dans le Sud.

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On voit ces évolutions avec les fleuves. Leur étiage pourrait diminuer de 70 % par rapport au niveau actuel. Dans l’extrême inverse, les crues éclair vont être plus fréquentes, notamment dans le Sud, où le réchauffement de la Méditerranée pourrait conduire à de fortes pluies soudaines, dans un contexte plus global de sécheresse. C’est ce qui s’est passé dans l’Aude, ou dans le Var, ces derniers mois.

La fonte des neiges devrait par ailleurs arriver plus tôt, au printemps, ce qui diminue les réserves pour l’été.

Comment s’adapter à cette nouvelle donne ?

Les hydrologues conseillent, au maximum, de laisser l’eau entrer dans les nappes. Les infrastructures de stockages d’eau à l’extérieur sont intéressantes, mais il y a un risque d’évaporation.

Mon message de climatologue est le suivant : il faut faire attention à l’utilisation faite de la ressource en eau. Nous devons adapter notre utilisation en eau au réchauffement climatique, tout en espérant qu’il soit le plus limité possible, car plus il sera fort, plus les phénomènes que je décris seront puissants.

Mais j’ai trouvé, lors du comité de pilotage, qu’une prise de conscience des entreprises et du monde agricole se voit sur ces sujets.