Réunis à Colmar du 19 au 21 octobre, une quarantaine de représentants des Jeunes agriculteurs (JA) ont travaillé sur la prochaine Pac. Jérémy Decerle, président du syndicat, explique les grandes conclusions de ce séminaire. Des positions qui seront défendues auprès des candidats aux présidentielles et développées lors du congrès des JA, les 6, 7 et 8 juin 2017 à Dunkerque. Le président des JA résume les orientations demandées en expliquant que « la démographie agricole doit arrêter de diminuer ». Il évoque notamment « une assurance agricole obligatoire dans le parcours à l’installation ».
Quel est le regard de JA sur la Pac actuelle ?
La Pac n’a plus de stratégie agricole et encore moins de stratégie commune. C’est une multitude d’actions mises en place par les États membres. Elle n’est qu’une somme d’argent distribuée aux paysans et chaque État se débrouille avec cette somme, tout en respectant le règlement européen. La Pac et l’Europe ne défendent pas leurs agriculteurs, alors que d’autres pays le font très bien comme les États-Unis ou le Brésil. Il n’y a pas plus libéraux que les Américains et pourtant ils protègent particulièrement bien leur agriculture. L’Europe a pris le parti de l’ultra-libéralisme.
Vous semblez « remonté »… C’est la récente signature du Ceta ?
Le Ceta, c’est l’inverse de là où il faudrait aller. Cet accord a été négocié en catimini, en faisant encore de l’alimentation une variable d’ajustement. On continue de négocier des avions de chasse contre des produits agricoles, alors que l’alimentation est un besoin de première nécessité. C’est comme pour le TAFTA, la société est vent debout contre l’utilisation d’hormones de croissance, les OGM et pourtant, l’Europe, par ce traité nous l’imposerait. C’est un non-sens.
Quelles ont été les conclusions du séminaire de Colmar ?
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Nous sommes partis sur trois axes de travail. Tout d’abord, pour avoir une stratégie politique, il faut savoir ce que l’on défend ! Je parle du type de modèle agricole et sur quoi il se base. Pour les JA, les hommes et les femmes sont au cœur de ce modèle. Aussi, l’Europe doit redéfinir ce qu’est un actif agricole. Nous sommes bien conscients qu’entre la France et la Roumanie, cette définition sera différente, mais nous sommes convaincus qu’il peut exister un cadre commun. Le revenu et le temps de travail sur l’exploitation sont, pour nous, de bons critères pour définir l’actif agricole. De même, le prince Charles ou le prince de Monaco tout comme les retraités ne doivent plus pouvoir toucher les aides Pac… ce qui nécessite d’avoir des retraites plus importantes et de retravailler sur le sujet des retraites agricoles !
Et les deux autres axes ?
Nous avons aussi mis en avant la nécessité de développer des aides contracycliques et des mesures assurantielles dans la prochaine Pac. Aux États-Unis, le système assurantiel a fait ses preuves. À nous de l’adapter, ce qui nécessitera une augmentation du budget Pac et un rééquilibrage des aides entre les deux piliers. Nous sommes bien conscients qu’il faudra de l’argent pris ailleurs mais ces aides-là devraient être plus pertinentes. Et puis, pour la France, cela nous demande d’avoir déjà des dispositifs à même d’être opérationnels. Nous réfléchissons au niveau des systèmes assurantiels à rendre les assurances obligatoires dans le parcours à l’installation. Plus il y aura de monde à cotiser, plus cela sera attractif. Le dernier axe, c’est l’environnement.
L’environnement ? Pourtant, il y a déjà des actions sur ce thème…
La question de l’environnement et du climat est centrale en agriculture. Mais là il s’agirait d’engager un verdissement sur des objectifs de résultats et non de moyens. Il s’agit d’être plus logique, plus pertinent. Par exemple, des aides conditionnées au nombre de fleurs dans un champ, c’est difficilement applicable et acceptable ! Surtout quand on connaît l’emploi du temps et les contraintes des agriculteurs. Pour moi, derrière ces normes et ces législations, la vraie question, c’est : est-ce qu’on arrête de perdre des paysans ou pas ? Si, à une époque, restructurer n’était pas forcément un mal, aujourd’hui, la démographie agricole doit arrêter de diminuer. L’installation doit redevenir prioritaire et les pouvoirs publics doivent donner leur avis là-dessus. Soit on continue comme cela, soit on arrête de perdre des paysans. À passer son temps à opposer deux modèles, les 1 000 vaches et les 10 vaches, on tue le modèle le plus présent, celui des 70 vaches !